Les Nuits Sauvages

Quand Boiler Room se laisse posséder à l’aéroport du Bourget – Heeboo
Mariana Matamoros

Quand Boiler Room se laisse posséder à l’aéroport du Bourget

Décembre 12, 2019

Mariana Matamoros

Samedi 23 novembre dernier, Boiler Room Paris: Possession, du haut de ses 12 heures de son, ne laissait pas la capitale indemne. Encore en ramasse, la nouvelle vient de tomber, l’épisode 2 de cette virée en sheitanie aura lieu samedi 29 août prochain, à l’occasion des 10 ans de Boiler Room. La transe Boiler Room Ten Paris : Possession s’annonce non pas totale, mais au-delà même de tes espérances et vices les plus fous, car ce sera la seule et unique date Boiler Room de l’année à Paris. Leur anniversaire des 10 ans va se fêter toute l’année, dans le monde entier, alors sens-toi privilégié bébé. La fête aura lieu à l’aéroport du Bourget. Décollage garanti, atterrissage non assuré.

Rappelle toi, l’une des meilleures soirées de ton année, pourtant bien bien remplie de fêtes : c’était un samedi 23 novembre comme un autre à Paris, et ta nuit avait pris une tournure des plus excitantes. Parce que c’était Possession. Parce que c’était Boiler Room. Et que l’alliance de l’une des plus grosses communautés techno queer de Paris et du plus gros média et promoteur de soirées – du monde ?- vendait, non pas du rêve, mais la plus alléchante des nuits fantasme.

T’avais suivi les potes, dans ce « secret location » dont t’as l’habitude, tu suis toujours les potes, parce que t’as aucun sens de l’orientation et une mémoire de poisson. Donc tu suis les potes, tu découvres les lieux, avec émerveillement, et la plupart du temps, quand on te demande, t’es clairement incapable de dire où t’as passé la nuit. Ce samedi là, t’avais suivi donc, et tu t’étais retrouvé, comme d’hab, dans l’antre du diable.

La musique était (très) forte, la chaleur était (très) prenante, les gens étaient (très) dénudés, les djs étaient (très) bons, et t’étais, vraiment, fonssdé. Mais tu bois de l’eau, t’es responsable quand il s’agit de t’amuser, même si tu le fais toujours à 600 %. T’avais ta bouteille à la main, et tu te souviens d’un moment, un truc particulier qui t’avait planté là, l’air hagard, immobile au milieu du dancefloor, des flashs dans la gueule à n’en plus pouvoir, et quasiment les larmes au yeux, au point d’en avoir la bave au menton. D’excitation, d’émotion, tu sais plus trop, mais c’était là, le moment était spécial. Un mec avec une p’tite coupe au bol blonde et un collier de chien, dansait à grands coups d’épaules. Il avait l’air tellement présent, là, dans le moment, les yeux fixés, mais tellement ailleurs, perché comme jamais. C’était beau, c’était à la fois robotique et romantique. Il se balançait de gauche à droite, de droite à gauche, d’avant en arrière, d’arrière en avant… t’avais envie de rentrer dans sa tête, et de voir, toute cette lumière, depuis ses yeux à lui. Le temps s’est arrêté, un peu. Et c’était doux dans la violence des basses.

Y’avait ce p’tit mec aussi, qui sautillait comme un enfant. Tu t’es demandé ce qu’il foutait là. Cette meuf, avec son bonnet – ou c’était une casquette en cuir ?-, entre vogue et tektonik, aussi, en hauteur. Tu t’es dit que tu porterais bien la même jupe en sky. Les gens quittaient le haut, le bas, les harnais en cuir pleuvaient, les chaînes en fer s’accrochaient aux épaules, les chemises volaient, les cheveux s’ébouriffaient ; au bout de seulement quelques heures plus personnes ne ressemblaient à rien, mais Mon Dieu, cette beauté ! C’est beau, de ressembler, à rien, parfois. Puis t’es tombé sur ce roux, cette moustache, ce torse, ruisselant, qui balançait ses bras en l’air, dans tous les airs, sur le rythme de la musique ; petits coups de langue, on se caresse la nuque, sourire coquin ; t’étais mort. Jusqu’à ce que tu tombes nez à nez avec ce mec en peignoir rose ras la moule. T’as ri, et tu t’es dit que c’était de loin, le meilleur look de la nuit.

Le reste, tu t’en souviens plus bien. Hormis ce mec et cette nana blond platine qui semblaient tout droit sortis d’un documentaire sur la nuit berlinoise des années 90 -un clip de new wave quoi-, le temps s’est arrêté, et ton cerveau avec. Mais c’est ça la nuit, ta nuit. Celle que tu choisis, qui te choisit aussi un peu, que tu chéris, que tu portes en toi le reste de la journée, celle qui déconnecte tous les mauvais branchements du jour, c’est ta mise à jour, tes retrouvailles en famille, ta façon de te lover dans ta vision du vrai, de faire l’amour à la vie, ton renouvellement à toi, et certaines nuits sont éternelles.

Comme celle que promet d’être le 29 août 2020. Plus que 241 jours à attendre…

crédit photos : © Mariana Matamoros

Adeline Journet

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