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Pourquoi faut-il soutenir la visibilité des femmes artistes au Bastet Festival du 22 au 24 mars ? – Heeboo

Pourquoi faut-il soutenir la visibilité des femmes artistes au Bastet Festival du 22 au 24 mars ?

Mars 22, 2019

Papa Ours

Bastet c’est la déesse égyptienne de la chaleur du soleil, couronnée d’une tête de chat mais aussi protectrice des enfants et des femmes. Elle a donné son nom au Bastet Festival fondé par la danseuse Jihene Grey qui se déroule ce weekend à Paris.

Jihene Grey se décrit comme une slasheuse. Il faut dire qu’elle est multi casquettes : à la fois fondatrice de la compagnie de danse Underground Dance Providers, danseuse, chorégraphe, formatrice et  évidemment organisatrice du Bastet Festival. Le Bastet Festival, c’est un festival de trois jours qui s’efforce de favoriser la représentation et la visibilité des femmes artistes. Les artistes invitées sont donc exclusivement des femmes provenant d’horizons très divers. Au programme, workshops, performances de danse, conférence, mode, musique et djs sets. Le Bastet Festival se déroulera principalement à La Bellevilloise du 22 au 24 mars. En attendant, on le découvre plus en profondeur grâce à sa fondatrice JN Grey.

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Déclinez votre identité

Jihene Slimani aka JN Grey. Fondatrice de la compagnie Underground Dance Providers, danseuse, chorégraphe, formatrice, organisatrice du Bastet Festival et slasheuse bien évidemment.

Le Bastet festival, qui découle de la compagnie de danse Underground Dance Providers, est né quand et comment ?

Cela fait un moment que je souhaite faire quelque chose de fédérateur. Depuis la création de ma compagnie Underground Dance Providers en 2003, dont nous fêtons nos 15 ans cette année, je suis dans une démarche de faire les choses à plusieurs en créant du lien, des connexions. A l’époque, on était cinq copines. Certaines chantaient, d’autres comme moi dansaient. J’étais déjà dans ce truc de réunir danse et musique car pour moi c’était indissociable. Surtout, on a partagé des moments où on s’est retrouvées toutes ensembles à chanter et danser pour au final apprendre les unes des autres.

« Pour moi il était essentiel de créer un espace d’expression et de representation, un rassemblement pour que l’on puisse avoir un temps pour « nous » sans contraintes »

Depuis, la compagnie s’est bien développée avec plusieurs groupes à l’intérieur, issus du modèle de la culture hip-hop. Nous sommes aujourd’hui une vingtaine de danseuses et danseurs. Puis, il y a deux ans, avec mon groupe Ladies At Work nous avons organisé des sessions d’entrainements tous styles confondus réservées aux femmes. L’idée était de créer un espace different au quotidien dans les salles d’entrainements où les femmes sont souvent en minorité. C’était aussi un moyen de passer du temps ensemble plutôt que d’être éparpillées à droite à gauche. Être tout le temps en minorité peut avoir inconsciemment des effets sur la recherche artistique ou sur la recherche de soi-même.

Mon parcours, en tant que femme dans le milieu de la danse, m’a amené à évoluer vers cet engagement féministe que je pense toujours avoir eu. Aujourd’hui il est plus assumé. J’ai passé  beaucoup de temps à réfléchir à ces questions, à faire des bilans et des constats sur l’environnement dans lequel j’évolue depuis 15 ans. C’est donc de mes rencontres, échanges artistiques et discussions avec de nombreuses artistes talentueuses que s’est dessiné et même imposé l’idée du festival.

Ce festival est une des solutions au manque de représentation des femmes artistes dans le paysage de la scene hip-hop à la fois dans la danse et la musique et encore plus quand on est racisée. Pour moi il était essentiel de créer un espace d’expression et de representation, un rassemblement pour que l’on puisse avoir un temps pour « nous » sans contraintes. Surtout, le Bastet Festival est un moyen de mettre en avant des artistes qui sont présentes et actives avec beaucoup de talent mais qui ont un manque de visibilité parce que la scène française est dure, bien souvent misogyne et pas encore assez ouverte niveau diversité (culturelle, de genre et ethnique). Ne vous méprenez pas le festival est ouvert a tous ! Messieurs vous êtes les bienvenus pour venir passer un bon moment devant un parterre d’artistes incroyables !

Pourquoi ce nom là d’ailleurs, Le Bastet festival ?

Je suis passionnée par la mythologie égyptienne qui m’a toujours intriguée et inspirée. Je cherchais un symbole, une représentation qui allie force, sagesse, féminité et protection. Ce sont pour moi tous les attributs des femmes. Suite à mes recherches, j’ai trouvé le nom Bastet qui est la déesse égyptienne protectrice des femmes, des enfants et qui célèbre la musique et la danse. C’était parfait ! La cerise sur le gâteau : elle a un corps de femme avec une tête de chat et j’adore les chats. Je les trouve mystiques, intelligents, sensibles et indépendants.

Le Bastet Festival c’est quoi ? Quelles thématiques ?

Djs sets -performances de danse – musique – mode – conférence – workshops. L’univers musical c’est hip-hop, house music, soul et afro trap.

La danse occupe une place importante dans le festival. Notamment le waacking et la house dance. Tu peux nous parler de ces courants ?

Le hip-hop est tout aussi présent que le waacking. Toutes ces danses sont des « social dances » venues des Etats-Unis. Il y a un petit descriptif de chaque danse sur le site de Underground Dance Providers.

Quelles ont été tes influences ? Tes sources d’inspirations pour monter ce festival ?

Dans un premier temps, mes amies artistes, dont je connais bien le travail. Puis d’autres choses comme le film Block Party de Dave Chapelle. D’ailleurs, il y a des chances pour que je fasse une édition en plein air en mode Block Party. Dans tous les voyages que j’ai eu la chance de faire, les moments en plein air, avec du bon son, de la bonne graille, de la danse… ont toujours été mes moments préférés. Il y a aussi le Ladies Of Hip Hop porté par Michele Byrd McPhee, un des rares events porté par une femme dans le milieu.

Les artistes présentes lors du festival sont toutes des femmes. Pourquoi ce choix ?

Pour plusieurs raisons. Premièrement car nous sommes nombreuses à avoir du talent. Mais malheureusement trop peu à être visible à notre juste valeur, en raison d’un manque de representation. Le fait d’avoir une programmation féminine permet de rassembler les forces, nos forces, lors d’un seul événement. Et je trouve qu’un simple coup d’oeil à l’affiche permet de confirmer que nous sommes nombreuses, fortes et belles ! Ensuite c’est pour permettre au public d’apprécier toute la diversité, toutes les sensibilités et couleurs artistiques que les femmes artistes ont à offrir. J’espère que les hommes seront là aussi pour soutenir ! Enfin, pour créer un temps de partage entre nous, une experience en commun, de sororité.

Le public du Bastet festival, tu l’imagines comment ?

Je l’imagine mixte à tous les niveaux. Que ce soit des familles, des hommes, des couples ou des enfants. C’est vraiment ouvert à tout le monde.

Tu as invité l’artiste Cheetah fondatrice du média Black Square, destiné à promouvoir la créativité dans la communauté afro-caribéenne. C’est aussi un des objectifs du festival, de contribuer à une meilleure représentation multi-ethnique ?

C’est exactement ça ! Cheetah, comme la plupart des artistes invitées sur le festival, fait partie de ce que j’appelle des « warriors ». Ce sont des femmes qui montent au créneau, qui sont entrepreneuses, multi casquettes (même si en France on aime bien rendre coupable les gens qui ont plusieurs casquettes) et qui mènent à bien leurs projets avec une vision. Par exemple, Karami est Dj, beatmakeuse, Chanteuse ; Nicole Camisole est programmatrice du Mama Shelter Toulouse, Dj et aussi graphiste… Globalement ont est toutes des « slasheuses » dans le Bastet Festival. Donc on peut dire que l’un des objectifs du festival est de contribuer à une meilleure representation multiethniques et multipotentialistes. D’ailleurs dans le cadre du festival, est organisé la Conférence – Femme et artiste le vendredi 22 mars à La Place sur le défi de la conciliation vie pro/perso quand on est une femme artiste.

Good Vibe Production

Quelles icônes femmes et.ou féministes aurais-tu aimer voir venir au Bastet Festival ?

Nina Simone, Erykah Badu, Frida Kahlo, Issa Rae, Michelle Obama, Chimamanda Ngozi Adichie, Jill Scott, Amel Larrieux, Solange, Janelle Monae, Queen Latifah, India Arie, Manthe Ribane, Lauryn Hill et Misty Copeland Marjory Smarth. Egalement toutes mes copines danseuses qui ne pourront pas être là et que j’admire : Nefer Clara, Toyin, Niki. J’en profite pour remercier plus que jamais mes soeurs Ladies at Work (Djena, Carole, Mayvis) pour leur soutien et leur confiance, ainsi que toutes les artistes qui m’ont suivi dans cette aventure !

Emmanuelle Rouault

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