« Petit » dj pour parfait set. Parfait dj pour grand set. C’est un peu ce qui nous vient à l’esprit pendant les warm-up de la Possession. C’est Parfait, aka Naïla Guiguet, qui construit depuis déjà huit ans ses sets comme des films noirs. C’est Parfait qui tient la résidence des soirées queer et straight friendly Possession, depuis déjà la première en septembre 2015, au Gibus. Rappelle toi.

Parfait. Toujours en techno puissante, toujours en maîtrise, pas un cheveu qui dépasse, et pourtant, les cheveux de Parfait ! Parfait comme un chemin ténébreux et bien tenu, une allée pleines de détours malicieux, vers les délices de l’enfer, bien aménagée comme un parfait after de début de soirée. Avant de la retrouver, au côté de The Hacker ou encore Ancient Methods samedi 7 juillet pour une Possession des plus volcaniques, on a voulu en savoir un peu plus sur le mystère Parfait. Ou parfait Mystère. Au choix.

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Quand tu dois te présenter à quelqu’un que tu ne connais pas au beau milieu de la nuit, c’est quoi la première chose que tu balances ?

Un regard gêné. Dans la journée déjà, j’ai du mal à amorcer ou soutenir une conversation avec un inconnu, alors la nuit, à moins d’être d’une humeur d’enfer, c’est encore pire. Je m’éclipse en général après deux mots monosyllabiques.

Un track parfait pour te présenter ?

Freed from desire de Gala. Sans modération.

Pourquoi Parfait ? Comment on choisit un nom de scène ?

À 18 ans, dans le feu de l’action, la veille pour le lendemain et sous pression. Mais je l’aime bien, référence à Godard (côté connard pompeux post ado), dessert glacé, sucré, que tout le monde connaît sans vraiment trop savoir ce que c’est exactement. Mystère. Dans la famille surgelé, je demande la fille.

Une fête ou une nuit parfaite, pour toi, c’est quoi ?

Une Possession, en vrai je sors plus trop ailleurs, emploie du temps oblige. Parfois ça pique, parfois ça glisse, toujours ça nique. Ahahah. Je rigole mais c’est un peu vrai.

Ta Possession parfaite, tu t’en souviens ?

Celle de Garges-Les-Gonnesses était particulièrement dingue. Avec un combo gagnant lieu + artistes + ambiance. Un petit rêve. 🙂

Tu viens d’où ? Tu te souviens de tes premières fêtes ?

Mes premières fêtes étaient plus ou moins semblables à celles que je vis maintenant. Des pédés, des gouines, des gens marrants, de la bonne musique (ou pas) et des potes. J’ai été éduquée par la Mort aux Jeunes, la Flash et les Souffleurs. Première fois en club au Pulp, pour la dernière, je m’en suis rendue compte après coup. C’est un souvenir assez flou, mais inoubliable, bizarrement, comme un souvenir de classe des neiges, pétris de premières fois, de stress, d’amours impossibles, de peur et de baisers maladroits.

C’était quoi le truc à l’époque, qui rendait ces fêtes inoubliables ?

La même chose que maintenant, rien ne se perd, tout se transforme. Et puis c’était y’a pas si longtemps, je suis pas si vieux, faut pas déconner. A part l’âge des gens, à l’époque la moyenne d’âge c’était plutôt 30 que 20 ans, franchement, c’était la même chose. C’est comme tout, on fait semblant d’être à la pointe, mais personne n’invente plus rien depuis longtemps. Ce qui est inoubliable, c’est les souvenirs qu’on garde, les rencontres qu’on fait, et les sensations qu’on éprouve. Si il y a bien une chose sur laquelle on peut compter c’est les rencontres, c’est pour ça qu’on sort, bien plus que pour la musique, l’alcool, la drogue, c’est pour tomber amoureux. De la musique, de la soirée, du barman, du physio, de la pote du pote de ton pote, ou d’un inconnu. Sérieusement, quand tu fermes les yeux et que tu penses à ta dernière soirée, le premier truc que tu vois, c’est des visages.

Tu te souviens de ton premier dj set ?

Dans la cave des Souffleurs, en 2010, la boule au ventre et le sourire aux lèvres. Dans la cave des Souffleurs, j’ai passé que de la musique de merde. Mais c’était ouf. Meilleur dj set de ma vie. Pas en matière de qualité, ni pour les autres, mais j’étais tellement contente de réussir à faire fonctionner les platines que ça valait tout l’or du monde.

Tes premiers amours musicaux, c’était quoi ?

Les Spice Girls, en CM2, première grosse claque, qui m’influence encore à fond. Franchement, Wanabee, dans n’importe quelle soirée, c’est toujours un carton, alors que quand t’y penses, la moitié des gens dans la salle étaient pas nés en 98. Je vais tenter le truc à la Possession, je suis sûre que les gens seront chauds.

C’est quoi ta dernière GROSSE GROSSE découverte en matière de musique ?

Hector Oaks, sans hésitation. Jamais déçue, toujours surprise, et conquise. Je suis ravie qu’on le reçoive le 7 juillet, chacun de ses sets est un petit bijou, chacun de ses morceaux une grosse claque.

Tu as changé ta manière d’écouter de la musique aujourd’hui que tu la joues ?

Non, pas du tout.

Tu te qualifierais de grosse fêtarde, hormis le fait que tu joues ?

Au début non, au milieu oui, et maintenant plus trop. J’ai des trucs à faire.

Pourquoi les gens font AUTANT la fête à Paris aujourd’hui d’après toi ?

Parce qu’ils s’ennuient. Y’a pas grand chose d’excitant dans la vie, franchement.

Y’a un truc, de la façon qu’avaient les gens de faire la fête avant, qui te manque, ou que t’aimerais retrouver, une nostalgie particulière ?

Non. C’est toujours pareil, franchement faut arrêter de croire que les choses changent, c’est faux.

Tu penses qu’on peut faire de la politique avec son son ? Et à contrario, tu penses qu’on peut faire du son sans que ce ne soit jamais politique ?

Avec « du son » non. Avec le discours qui va autour peut-être. Les gens ont déjà du mal à s’exprimer avec des mots, alors avec « des sons ». Si discours il y a, c’est forcément dans l’emballage, ou en tous cas dans ce qu’on en dit, de ce son justement. Faire de la musique c’est une chance, et une forme d’art, l’art est politique, donc oui, en un sens, c’est toujours politique, après ce serait con d’imputer systématiquement et à n’importe quel musicien ou dj une intention politique. Mixer c’est surtout faire danser les gens. Et l’engagement, souvent, vient du public qui se bat en dansant. C’est peut-être le premier pas vers la révolution. On verra bien.

Y’a un côté militant dans ta façon de faire la fête, un truc qui te tient à coeur et que tu défends même si pas toujours ouvertement ?

Ouais, les femmes et les pédés d’abord.

C’est quoi le truc super important qui a changé entre toi à tes débuts, et toi aujourd’hui ?

J’ai des choses à faire.

Il existe un ou des inconvénients dans le fait de faire partie du “monde de la nuit” ?

Je fais pas partie du monde de la nuit, je sors jamais, je mixe pas vraiment à part pour les Possession. Mais je pense pas que ce soit un inconvénient non. Ça supposerait que « le monde du jour » présente des avantages. Et ça, j’ai du mal à y croire.

Tu les vois sortir comment les jeunes dans 20 ans ?

Pareil que nous, encore une fois, vraiment, j’ai l’impression que pas grand chose ne bouge, et c’est tant mieux. Ça nous rapproche. Quand je fais la fête parfois je me dis que mes parents faisaient la fête comme moi, et que mes enfants feront eux aussi la fête comme moi, la fête c’est peut-être l’une des seules expérience transgénérationnelle, inavouable et savoureuse.

On te verra toujours sur scène d’après toi ou t’auras raccroché ? C‘est quoi le truc que t’aimerait voir rester de toi ?

Heu. Je suis petit, du coup je crois qu’on ne me voit pas trop déjà. Ou alors juste mes cheveux. C’est ça qui va rester je pense.

Un message à faire passer à la “nuit” ?

Fais gaffe, le jour se lève !