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Mixtape 110. | NO ONE FAMOUS, L’ADRÉNALINE – Heeboo

Mixtape 110. | NO ONE FAMOUS, L’ADRÉNALINE

Mixtapes - Juillet 5, 2019

Manojnapsutu

Imaginez un rituel, une sorte de procession qui préside à l’arrivée en club. Un pas déterminé, l’adrénaline qui monte mêlée à une délicieuse sensation d’agitation. Cette mixtape, signée No One Famous, elle nous accompagne agréablement devant la porte des enfers. On est propulsé dans un état second, au plus profond des ténèbres, et ça fait tellement du bien qu’on se devait de faire les présentations avant le 11 juillet, pour Jeudi Ok x Heeboo à Concrete !

No One Famous aka Paul, entretient une folle passion pour le métal. C’est son péché mignon, son p’tit coup de foudre qu’il ne manque jamais de glisser dans un de ses sets. Sa musique, de la lourde techno indus, saturée et violente retranscrit son goût pour la mélancolie. À J-6 de la Jeudi OK x Heeboo, il nous raconte son enfance partagée entre le Mexique, la Corse et la région lyonnaise ainsi que ses souvenirs dans une vieille baraque où pénétraient, par la cheminée de sa chambre, des corbeaux. Pour qu’il s’y retrouve, il faut des sonorités « mécaniques, torturées ou haletantes », faut que ça tape. En attendant de vous retrouver en transe, devant les platines de Concrete, on s’en met plein les oreilles. Attention, ça tape fort.

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Hello, comment ça va, tu fais quoi en ce moment ?

No One Famous : Hello Heeboo ! Tout va assez bien en ce moment ! Des dates assez cool qui s’enchainent et l’occasion de travailler avec plein de gens que j’aime, c’est exactement pour ça que j’ai voulu bosser dans la musique. En parallèle de Dj, on a monté une asso avec des potes qui fait office de boite de production, pour collaborer plus loin avec d’autres collectifs, clubs et festivals. De la programmation à la scénographie, on a vraiment envie de multiplier les projets dans les années à venir en proposant notre univers et en mettant à dispo notre culture artistique.

« Si vous rencontrez quelqu’un qui fait de la techno industrielle en espérant devenir célèbre, dites lui qu’il a vraiment mal choisi son créneau »

Dans ce cadre, on a la chance de travailler cette année avec Château Perché qui nous a confié, ni plus ni moins, que deux salles dans le Château avec carte blanche sur tout le reste. On va transformer ça en donjon industriel queer néo-soviet hahaha… Ça devrait être vraiment cool et on est très impatient. Donc entre ça et mixer, j’ai mon emploi du temps bien rempli au moins jusqu’à Septembre. Ensuite on verra bien où le vent me mènera…

Pourquoi No One Famous comme nom d’artiste ? La célébrité c’est pas ton truc ? 

C’est un peu débile, mais c’est parti d’une blague avec un pote en voyant un flyer d’une soirée improbable et on imaginait juste que les mecs écrivent NO ONE FAMOUS en gros sur le flyer et la confusion que ça pourrait générer auprès du public. Sûrement le genre de truc plus drôle à vivre qu’à raconter… Le jour où j’ai dû trouver un nom (un peu en urgence) j’ai repensé à ça et je me suis dit banco sans réfléchir plus que ça. La célébrité ? Si vous rencontrez quelqu’un qui fait de la techno industrielle en espérant devenir célèbre, dites lui qu’il a vraiment mal choisi son créneau.

Crédit : Manojnapsutu

Quand est-ce que tu as commencé la musique ?

J’ai commencé la musique vers mes 14 ans environ. J’ai toujours voulu faire de la batterie mais mes parents m’ont poussés vers la guitare car moins envahissant auditivement. Mais à mes 16 ans j’ai réussi à les convaincre que je voulais vraiment faire ça et j’ai eu ma première batterie dans la foulée. Ce n’est qu’à partir de là que j’ai vraiment pris plaisir à faire de la musique, d’abord dans un petit groupe punk en étant au lycée, puis en dérivant sur le métal au fur et à mesure. C’est ce dernier qui m’a vraiment donné le goût des musiques saturées, violentes mais aussi que la rapidité n’était pas la forme la plus efficace pour mettre tout ça en valeur, au contraire. J’ai eu plusieurs groupes jusqu’à mes 21 ans environ mais comme je bougeais pas mal, trouver du temps pour répéter devenait problématique.

« Recréer cette atmosphère entre le flippant et la violence, c’est hyper important pour moi »

J’ai vécu aux États-Unis en 2012, avec des collocs d’un peu partout et qui adoraient la musique électronique et surtout la techno. Ils m’ont fait découvrir énormément d’artistes et de mouvements qui m’intéressaient relativement peu jusque là, et aussi les modes de fête plus libres dans les hangars de Brooklyn. En rentrant en Europe j’ai beaucoup voyagé notamment en Allemagne où ils savent très bien pousser la musique électronique dans l’extrême, ce qui m’a parlé tout de suite. J’ai commencé à m’intéresser au djing mais sans me lancer tout de suite, il aura fallu que j’attende 2017 avant d’avoir ma première date en solo, prêt à en découdre pour le reste. Ceci dit le métal et la batterie ne sont jamais loin de moi, que ce soit quand j’écoute de la musique ou quand je dois faire un set. 

C’est quoi tes premières influences musicales ? T’écoutais quand t’étais plus jeune ? 

Mes toutes premières influences étaient clairement punk-rock. Au collège j’étais plutôt nerd et je passais pas mal de temps à la Fnac et sur internet à essayer de trouver des nouveaux groupes ou de nouveaux genres. Je suis parti d’une culture plutôt punk-rock  (NOFX, Pennywise, The Bronx) pour un peu tout essayer sur le spectre du rock / métal / hardcore. Finalement je me suis surtout retrouvé dans le metalcore (Amity Afflication, Of Mice And Men, Northlane …), le métal progressif (Tool, A Perfect Circle, Deftones …) et aussi le métal industriel (Rammstein, Marilyn Manson …) qui a construit un vrai pont avec la musique électronique que j’aime aujourd’hui.

D’ailleurs, tu viens d’où ? Ça a eu un impact sur ta création musicale ?

C’était tout un périple. Je suis né au Mexique, de parents français, puis j’ai grandi un peu en Corse, puis en région lyonnaise jusqu’à mes 17 ans. Ça fait 12 ans que je suis à Paris maintenant mais j’ai la bougeotte, je retourne souvent à Lyon et suis beaucoup en Belgique, en Allemagne, et de plus en plus aux Pays-Bas. Je pense que la vie à la campagne plus jeune m’a clairement donné le goût de la mélancolie… Pour vous donner une idée, j’ai grandi dans une vieille baraque pleine de corbeaux qui entraient par la cheminée de ma chambre dans la nuit. Au final mon identité d’aujourd’hui est liée aux musique que j’écoutais quand j’étais ado mais aussi aux souvenirs un peu glauques de mon enfance qui sont finalement ceux dont je me souviens le plus. Recréer cette atmosphère entre le flippant et la violence est hyper important pour moi, c’est un peu ma madeleine de Proust, ma zone de confort. Il faut que ça sature et que ce soit mécanique, torturé ou haletant pour que je m’y retrouve !

Crédit : Manojnapsutu

Jouer à la Jeudi Ok x Heeboo à Concrete ça représente quoi pour toi ? T’as déjà commencé à préparer ton set ?

C’est vraiment un honneur de pouvoir jouer là-bas, non seulement par rapport aux légendes qui y ont déjà joué, mais d’autant plus que ce sera quelques semaines avant la fermeture définitive… J’ai beaucoup de chance d’avoir été invité à jouer pour cette date ! J’ai déjà mis de côté quelques patates mais je n’ai pas avancé plus que ça. Je ne prépare vraiment mes sets que quand je connais l’heure à laquelle je joue et les artistes qui passent avant et / ou après.

D’ailleurs,  comment t’as découvert Heeboo ? 

Avec les dégif certainement ! En tant qu’artiste, je pense qu’on va tous jeter un oeil quand on a joué quelque part, histoire d’avoir parfois un feedback sur ce qu’on a fait. Même en tant que teuffeur ça permet de prendre la température des events où on n’est encore jamais allé. 

Choisis trois mots pour caractériser Heeboo.

Alternatif, Pointu et Décontracté

Cette mixtape tu l’as conçue comment ? Elle signifie quoi pour toi là, tout de suite, maintenant ?

Quand je prépare un set, en général, j’imagine surtout l’énergie des personnes qui vont danser dessus et quelle ambiance ça va générer. Je pars toujours d’un imaginaire un peu rock /cuir / sombre genre : la rencontre de Néo et Trinity dans Matrix. C’est débile mais cette scène m’a vraiment marqué, j’ai toujours eu envie d’y aller ou d’en retrouver l’atmosphère. Pareil pour le clip de Engel de Rammstein. Et d’ailleurs, on dirait qu’ils arrivent à Berghain au début. Donc quand je prépare un set, j’imagine ce genre d’ambiance et ça guide les morceaux que je choisis. L’imaginaire évolue et s’enrichi au fil du temps, évidemment, mais ça reste ma base on va dire. Je pense que c’est important pour garder une identité cohérente. 

Crédit : Manojnapsutu

Un mot sur un des tracks qui y figure, que tu aimes tout particulièrement ?

Des minutes 33 à 44, l’enchainement de YunclasBlack Block Doesn’t Fear The Police, jusqu’aux morceaux incroyables de Bøngvr (Avid Absence et The Devourer) sont vraiment les sonorités vers lesquelles je veux driver mon identité. C’est tellement saturé qu’il faut vraiment un système son décent pour les faire sortir, mais tu peux être sûr que lancé au bon moment, tu peux hypnotiser ton public. Beaucoup d’affect pour le morceau de fin aussi, Eisbrecher – Eisbär qui est un gros clin d’oeil à mes influences de base, mais qui a un beat régulier, et est totalement clubable je pense. J’aimerais réussir à passer au moins un morceau ouvertement métal / métal industriel à chaque set, mais c’est compliqué car beaucoup de gens DÉTESTENT ce style et il faut vraiment pas se tromper en le faisant. Mais sincèrement je les aime tous, je rafraichis ma banque de son littéralement tous les jours, donc je ne suis jamais lassé.

Pour finir, c’est quoi t’as dernière anecdote absurde, drôle, cocasse en soirée ?

La liste est tellement longue hahaha… Je joue (presque) systématiquement sobre donc je suis très lucide sur ce qui se passe autour de moi. Des « couples » qui se chopent violemment contre le Dj booth comme s’ils étaient dans leur salle de bain, aux drags qui sont souvent présentes aux soirées où je mixe et hors de contrôle. Je passe toujours un bon moment autour des créatures de la nuit, quelles qu’elles soient. Mais récemment je pense que la palme revient à cette jeune fille qui sortait de nulle part derrière le Dj booth et dansait à côté de moi. Elle a commencé par boire mon verre, puis elle l’a entièrement renversé. Ça arrive, alors je lui ai juste souri et, pleine d’assurance, elle a fini son spectacle en buvant l’intégralité de mon cendrier, mégots inclus. J’étais plié.

Emmanuelle Rouault

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