Bruce, on y va pas par quatre chemins. Pas sa langue dans la poche, ni son pas de danse, ni sa verbe, ni sa chaleur et ses sourires, pour te clouer au mur, au sol, au plafond, de la plus tendre violence qui soit. Pussylicious quand il envoie du sale, et co-fondateur de la Shemale Trouble, aka l’une des soirées les plus délicieusement queer, folles et déviantes des environs. Bruce, c’est le genre de phénomène qui fait un bien fou au monde, là où il passe les murs s’effondrent pour mieux se reconstruire, et pas en or plaqué !

Pas pour rien qu’on a décidé de lui confier l’ouverture du mini-club, pour un set endiablé et diabolique, demain vendredi 26 octobre, à La Station-Gare des Mines pour notre anniversaire, Heeboo : Noces de Cuir. De 00h à 02h rendez-vous dans l’antre Pussylicious, et avant ça, c’est ici, entre vocation de la nuit,  prévention, leg de corps à la sc… drogue, et expérience de danse et d’état de conscience modifié, qu’on tape la discute. Rencontre !

Qui es-tu ?

Bruce

Ton âge vs celui que tu prétends avoir ?

On ne demande pas son âge à une lady.

Le premier truc que tu dis pour te présenter en pleine nuit ?

« J’peux passer avant toi aux chiottes ? Je vais mixer dans cinq minutes… »

Quand on te demande d’où vient ton nom de dj, Pussylicious, tu réponds quoi ?

Ça vient d’une sombre époque où j’ai  commencé à mixer à la Ferme du bonheur. C’était l’époque des Bambaataa et Bootylicious tournait dans les têtes donc j’ai trouvé ce nom « juicy » en mode « chattes brûlantes propaganda ».

Mais en “vrai”, quand t’organises pas des soirées ou quand tu mixes pas, tu fais quoi dans la vie ?

Je suis réalisateur ou plutôt j’essaie de faire des films car malheureusement les projets queer et de films de genre ont du mal à séduire les financeurs. Du coup, en ce moment j’écris des scénarios et des dossiers pour nos potos du CNC.

C’est quoi ton lien à la nuit aujourd’hui ?

J’ai presque toujours eu un lien plus de taf à la nuit : en tant qu’orga de soirée et/ou DJ. Et pendant deux ans et demi j’ai été animateur de prévention en clubs, boîtes à cul, saunas… Mais j’essaie en ce moment de me détacher un peu de ce trop-plein de soirées en mode taf et de ressortir un peu. Sinon, ce qui me relie à la nuit : sexe, drogues et bpm !

Ta première soirée en club c’était quoi ? 

Franchement aucune idée de l’année, j’étais à la fac à Nanterre donc 2000 et des patates. C’était une soirée post-pride à la Scène Bastille avec un pote de mon asso LGBT étudiante.

Shemale Trouble par Magali Bragard

Raconte ?

Je comprenais vraiment pas tout ce qui se passait (l’alcool, la drogue, la drague) mais j’ai découvert l’electro et la danse, la transe clubbing.

Aujourd’hui, un samedi à 3 h du matin, on te trouve où généralement ?

Si je suis pas en train de checker la porte et d’amener des bières aux DJ, je suis plutôt perdu dans des rêves duveteux saupoudrés de beuh.

Tu arrives au bar, tu commandes quoi direct ?

Une bière pour les DJ.

Le truc que tu ne commanderas JAMAIS ?

Une bière pour moi.

Le truc que t’aurais jamais pensé commandé mais que finalement un jour t’as décidé de commander ?

Je dirais un vodka redbull ou ce genre de truc qui m’affole le palpitant. Je suis vraiment une chochotte et je préfère la drogue ou les très bons alcools que je peux pas me payer.

Tu choisis comment les soirées où tu sors ?

Déjà tu me verras jamais à une soirée straight ou alors à la rigueur en mini-crew de perverses. Ensuite, en fonction de la musique et des copines. Mais je peux aussi carrément me laisser traîner à un concert surprise genre dernièrement John Carpenter.

Tu peux nous raconter ta plus belle nuit, celle qui restera gravée à jamais ?

Ohlala, c’est hard comme question, je fais un podium. J’ai des souvenirs de folie de la Bambaataa, on était vraiment bien à se danser les unEs sur les autres dans le sauna souterrain du Clins. Après les fois où j’ai pécho et c’était pas vraiment la soirée qui comptait héhé !

« Je dansais comme un diable sur des praticables, la tête dans les enceintes; je me foutais à poil »

Et puis, les soirées qu’on avait organisées à la Ferme du Bonheur avec les D.I.V.A. ou Étudions Gayment : beaucoup de love dans nos crews et un bordel magnifique.

Ton anecdote de soirée la plus géniale/drôle, c’est quoi ?  

C’est pas hyper glorieux mais ça me fait toujours marrer. Je venais de rentrer à la Fémis et y avait une fête de bienvenue donc y avait aussi bien les étudiantEs que l’administration etc. Et c’était open bar donc j’avais pris trois gobelets plastiques de whisky en toc. Sauf que j’avais oublié que j’avais aussi pris des myorelaxants. J’ai enquillé les whisky pendant que je passais du son. Et quand j’ai fini mon set c’est vraiment parti en vrille : je dansais comme un diable sur des praticables, la tête dans les enceintes; je me foutais à poil (je précise que je suis trans donc ça devait être totalement exotique pour mes petits camarades et le personnel de l’école) ; je léchais  et mordais les ordinateurs et d’autres trucs dont je me souviens pas vraiment. J’ai fini par rejoindre des potes en rampant sur le sol pendant des plombes. Je suis parti en lâchant une galette dans l’escalier et voilà.

J’ai parlé de cette phase à des potes de l’école des années après, en mode shame, et en fait personne s’en souvient, tout le monde était trop déchiré pour calculer et se souvenir haha !

Quand est-ce que tu t’es mis à organiser des soirées ?

J’ai toujours aimé organisé des espaces-temps où les gentes viennent kiffer (que ce soit du sport, du clubbing ou autre). Donc dès que j’avais un créneau sur la maison de mes remps, je passais des mois à faire un flyer, choper des sons, prévoir à boire et à bouffer, me faire un costume… pour une soirée avec 15 potes haha !

« Ce qui serait génial, ce serait d’avoir plus de lieux, des lieux de clubbing communautaires qu’on puisse investir à 100% et puis les soirées se marcheraient moins dessus »

Après j’ai commencé à vraiment organiser des soirées il y a une dizaine d’années en montant un collectif avec des potes. On s’appelait D.I.V.A. et notre truc c’était d’organiser des soirées de soutien dans des lieux à chaque fois différents. On a fait des soirées pour l’Existrans à la Titanik, à l’Unity ; on a aussi fait des soirées aux Souffleurs, à la Ferme du Bonheur. Au final, on a fait peu de soirées mais on organisait aussi d’autres choses à côté avec ce gang de potes (sport, cinéma…). On avait un ancrage hyper militant dans la fête et c’est toujours une partie importante de notre taf avec les Shemale Trouble.

La fête, ça tient quelle place dans ta vie ?

Je sors pas énormément mais quand je bouge ou quand j’organise une soirée réussie, où les gentes sont bienveillantes, souriantes, où on transpire, où ça pue la sexyness, ben ça me booste pour des jours, voire des semaines. C’est comme un halo de love communautaire dans le coeur : boom boom.

Otto Zinsou

Tu as l’impression qu’on fait de plus en plus la fête à Paris ou le contraire ? 

La fête évolue je crois. Je pense que les gentes sortent toujours beaucoup mais en ce moment j’ai l’impression qu’il y a plein de petits collectifs LGBTQ qui se bougent et qui proposent des choses. Y a moins des gros monopoles comme il pouvait y avoir il y a quelques années. Après souvent en termes musicaux, c’est pas forcément mon délire mais j’ai quand même l’impression que ça s’ouvre. Mais ça reste quand même souvent cloisonné, les gentes se mélangent pas tant que ça même si de plus en plus probablement. Ce qui serait génial, ce serait d’avoir plus de lieux, des lieux de clubbing communautaires qu’on puisse investir à 100% et puis les soirées se marcheraient moins dessus.

Pourquoi on reste pas chez soi au lieu d’aller se déchirer la gueule ?

J’adore l’option me déchirer la gueule chez moi aussi ! Je suis même du genre à prendre de la MD pour faire une rando et me coller aux pins.

« J’ai décidé de léguer mon corps à la drogue »

Plus que me défoncer, j’aime voyager, j’aime quand la teuf ou la drogue me font partir loin mais ça peut-être loin à l’intérieur de moi ou des autres. Je vis la danse et la drogue comme des expériences d’états de conscience modifiés, j’aime explorer quoi…

Est-ce qu’on devient quelqu’un d’autre la nuit, ou se révèle-t-on au monde ?

Ça dépend ce que tu prends (sourire) ;  franchement, je crois que oui quand même, la nuit c’est à la fois plus violent et plus doux, on se permet plus de choses, on enfile nos habits de lumière, on est prêtEs à mourir sur scène.

Tu vas toujours en after ? Pourquoi on va en after d’ailleurs, qu’est ce qui nous passe par la tête bon sang ?

Ohlala je crois que je suis jamais allé en after, enfin à part crasher chez des gentes.

Ton plus grand fail en soirée, c’était quoi ? Le truc où tu t’es vraiment dit “ha oué, pluuuus jammaaiiiiss”.

Je crois que je me dis ça à chaque fois qu’on galère pour monter une soirée, qu’il faut se péter le dos pour porter du matos, qu’il y  a des coupures de son ou ce genre de merde et au final la fête est plus forte, j’ai toujours envie de remettre le couvert.

Tu es de type qui chope ou qui se laisse choper ? Tu chopes quoi d’ailleurs ?

Je chope touuuuuut. J’adorerais qu’on me chope mais en fait c’est souvent moi qui sort les rames. Je suis d’ailleurs plutôt du genre à foutre les pieds dans le plat et à verbaliser plutôt que me coller. Mais j’apprends à pecho, beware !

Le cul en soirée, on en dit quoi, on pratique, on regarde ou on leur crache dessus ?

Je crache dessus, faut que ça glisse. Ça me fait toujours hyper plaisir d’organiser ou de participer à une soirée où les gentes se sentent suffisamment chaudEs et à l’aise pour baiser. Et si y a moyen et que je bosse pas, I’m in !

Pourquoi les soirées dites “hétéronormées” n’ont pas souvent de backrooms en France selon toi ? C’est quoi la friction ?

Faut que je sorte mes lunettes d’entomologiste pour aller étudier cette faune de près. Franchement, je sais pas, ça doit être culturel.

Tu sors parfois, sans Pussylicious ?

Grave, on est en trouple dilaté.

Le remède qui soigne ta gdb du lendemain ?

Bruce : j’en ai pas, je suis vraiment pas trop alcool, la drogue c’est plus rentable. Et le lendemain en général, je suis toujours sur des bons rails. Je me fais kiffer à base de bobun, gaming, balades et câlins.

Drogue dure ou drogue douce ?

Y’a pas de drogues dures ou douces (#animateurdeprévention). J’adore la MD justement parce que la douceur de ce truc est vraiment violente. Mais mon projet c’est d’essayer un maximum de drogues possibles, j’ai décidé de léguer mon corps à la drogue.

Ton track de la fête, c’est quoi ?

J’aime les trucs qui te mettent le démon, quand tes jambes peuvent pas suivre le bpm, sporty spice. En ce moment, je clique sur ce track ultra vener et slutty : Nego do Borel – Me Solta.

Et celui du lendemain de soirée ? 

J’ai des playlists chill, ça passe du reggae à la cumbia en passant par du cloudrap ou de la musique yéyé. J’ai pas vraiment de limites. Ce genre de son, tu vois… 

Quel type de teuffeur seras-tu dans 10 ans, d’après toi ?

J’espère plus sur le dancefloor mais sinon pareil je suppose.

Si tu as des gosses, tu les vois sortir comment dans 20 ans ? 

Ohlala, je veux tellement pas d’enfants. J’aimerais être un vieux club kid qui danse sur des nouveaux genres musicaux ou des drogues qu’on imagine même pas encore, avec des installations visuelles et sonores dignes de films de SF, des trucs en 3D ou avec des hologrammes. J’aimerais qu’on aie des boîtes rien qu’à nous avec des sound system pas claqués, des conso de toutes sortes, de qualité et pas trop reuch. J’aimerais aussi plus de fêtes d’après-midi, de plein air et naturistes <3