Bleib Modern, ou une façon plus actuelle et démunie de gérer sa sensibilité. Basé à Berlin, le groupe agite depuis quatre ans les frémissements naïfs de toute une génération 90 bien dépassée par sa lointaine adolescence. Carte postale post-punk, héritage wave et shoegaze, lignes de basse qui enterrent, c’est lugubre et mielleux, mais un peu rugueux, c’est rauque et déprimant, bienvenue chez eux.

Ha ils sont nombreux ces groupes qui te font encore aujourd’hui regretter ta période émo. Ou chérir les années wave que t’as connues sur le tard. Toi t’es né.e la tête dans la dance et le Hit Parade. T’as l’impression d’avoir tout raté. Et pourtant, ces groupes nés dans les années 2010, qui assument un certain sentimentalisme exacerbé, parfois too much, entre darkness et sensiblerie bien calculé, ça fonctionne parce que ça arrive pile au bon moment, et qu’on aura toujours envie de se fracasser le coeur contre un piolet, en 1981 comme dans deux cents ans. Bleib Modern, c’est trois albums aussi rugueux les uns que les autres, ça donne envie de foncer sur des routes d’ex-URSS en pleine nuit, c’est le drame de la vie, à l’état pur, brut, l’input parfait.

Ils sont samedi à l’affiche du festival October Tones Parties au Molodoï à Strasbourg. L’occasion pour nous de leur poser quelques questions mais aussi de leur demander une sélection des 15 tracks de toute leur vie. Les Most Wanted de Bleib Modern, c’est par ici. Play !

Vous venez de Berlin ?

Non, moi j’ai déménagé à Berlin à l’été 2016 je crois, aucun de nous n’y est né. Deux potes du groupe ont suivi, les deux autres vivent à Munich.

Tu te souviens de tes premières fêtes d’ado ?

Oui, je me souviens d’un tas de fêtes merdiques où je me faisais royalement chier, la musique était horrible, du coup on y allait rarement. La Bavière, ça craint. C’est triste (quoi que pas tellement), mais c’est la vérité. Bon après t’as quelques bons clubs quand même, comme le City Club Augsburg, for ever !

Vous vous êtes rencontrés comment tous ?

On a grandi dans le trou du cul du monde, ça s’appelle Coburg. On a commencé à transposer notre colère en musique, on avait genre 13/14 ans.

C’est venu comme ça Bleib Modern ?

On a joué dans différentes groupes (vous ne connaîtriez pas donc autant ne pas les nommer) et on a bossé dans différents mondes musicaux avant de décider de se concentrer sur Bleib Modern, c’était il y a environ trois ans.

Il vient d’où ce nom ?

Personne ne sait.

Et quelqu’un saurait définir plus ou moins votre musique, en genre trois mots ?

Tristesse, folie, et groove

Vous vous considérez comme des fêtards ?

Je crois que personne ne répondra sincèrement vu que nos parents vont lire l’interview, mais on dira qu’on est des phénomènes, chacun à notre manière, tout dépend de ce qu’on fait ou de ce qu’on prend.

Vous trouvez que ce que vous faites a un côté politique ou pas du tout ?

Je sais pas. On ne joue pas pour la pourriture nazi ; est-ce que ça fait de nous des gens politiquement engagés ? Je ne sais pas et je m’en fous.

Vous trouvez qu’il y a un mauvais côté dans le fait de faire partie de l’industrie musicale ou de la nuit ?

La dépression, la paranoïa, la santé, les conflits, les abrutis qui pourrissent le milieu, l’argent, le temps, les interviews… haha… non je plaisante, tout est cool, et on adore l’idée de se détruire pour être connus (rire).

Et sinon ?

Sinon, perso, je passe ma vie à … ne pas avoir de temps pour passer du temps avec les gens. Les autres : ils travaillent ou ils étudient, je ne sais pas si ça va comme réponse mais c’est la vie.

Votre grand rêve ?

La vie elle-même est un rêve, ou alors il n’y a que moi à voir le futur comme il est ?