Énervés, arrachés, exaltés. Rieurs et enragés. Ravagés et engageant. Punish Yourself, comme un beau bordel délicieusement bancal et apocalyptique. Déjà 25 ans de carrière pour ce groupe qui a révolutionné la scène rock industrielle par un esthétisme fluorescent connu de tous et une vision futuriste, tout en se prenant pour « le groupe le moins original de la planète ». Intéressant.

Plus qu’un son qui s’écoute sur une platine vinyle ou dans un casque, Punish Yourself est une expérience live, dont on ne revient pas forcément entier. Mais rien à foutre. Un remède à l’épilepsie monotone du quotidien. Tu dis quoi ? Et c’est avec leur dernier album, Spin The Pig, que les toulousains sortent du prisme de l’underground pur en 2017. L’occasion pour beaucoup de les aimer à nouveau, de les redécouvrir et pour d’autres de leur jeter un premier regard, tout plein d’amour et de passion déjà bien ancrée, à l’heure où vision de la nuit hardcore et esprits nihilistes flirtent amoureusement avec fête(s) hédoniste(s).

Il sont demain, vendredi 29 juin, à l’affiche de la QUEER STATION #5, parce que profondément queer et profondément et toujours, ancrés dans une fraîcheur du message apolitique très politique. Ou-ai, « essayer de ne pas être politique, c’est un acte politique en soi ». Avant la grande nuit de débauche à La Station-Gare des Mines, place aux mots et aux souvenirs. Vx 69 (Vincent Villalon), P.RLOX (Pierre-Laurent Clément), X.av (Xavier Guionie) et Mika (Mikaël Charry) nous racontent les plus belles scènes de Punish, entre drogues, fists et déchèterie(s) désaffectée(s), leurs plus douces exubérances, et nous expliquent qui est Punish Yourself aujourd’hui. Une sacré beau bordel, quoi qu’il arrive !

Olga

Olga

C’est quoi le premier sentiment qu’on a quand de jeunes orgas comme Polychrome avec la Queer Station vous proposent de jouer à leur soirée en 2018 sachant que Punish est né en 1993 ?

Vx : Je sais pas, on se sent un peu moins vieux, d’un seul coup ?

P.RLOX : On se dit que c’est cool, on n’intéresse pas que les grabataires de notre génération.

X.av : Qu’il va falloir se lever très tôt !

Mika : Je ne me sens qu’à moitié concerné, étant donné que j’avais 11 ans en 1993 et que je ne connaissais pas Punish Yourself.

Vx : Je me trompe ou c’est une façon détournée de nous signaler qu’on est des vieillards, Mika ? On n’est pas vieux, on a juste de l’avance.

Les plus jeunes vous découvrent avec Spin The Pig. Qu’est ce qui a fondamentalement changé entre le Punish Yourself du début des années 1990 et Punish Yourself aujourd’hui ?

Vx 69 : Musicalement, on n’a plus rien à voir avec le groupe tel qu’il existait au départ, mais de toute façon, ces années là, à part quelques toulousains, personne ne s’en souvient – il doit rester quelques photos comme traces primitives, mais vraiment pas grand chose, et c’est pas plus mal, on était un horrible groupe de crust gothique sans aucune notion de comment jouer d’un instrument ou construire un morceau. Personne ne peut imaginer, sérieux.

Mika : Je ne suis là que depuis Spin the Pig, mais en tant qu’auditeur, j’ai envie de dire que le son est devenu plus métal (ou punk), et un peu moins électro. Mais bon, vu qu’en live, on parcourt toute la discographie ou presque, le changement n’est pas si flagrant.

X.av : On joue quand même de façon beaucoup plus “efficace”, sur scène. Pendant longtemps on avait l’énergie mais c’était souvent le bordel… Ça avait son charme mais le son et le jeu sont devenus beaucoup plus massifs, sur scène. Ça va avec une vision des choses plus “sérieuse”, au départ on était vraiment des branleurs…

Votre plus beau souvenir avec Punish ?

Vx 69 : J’hésite entre une free dans une déchèterie désaffectée où on avait joué pendant les transmusicales de, euh… 1997 ?, une teuf Heretik dans la forêt et la soirée Heretik au Zénith !

P.RLOX : Pareil, difficile de choisir, les trois étaient apocalyptiques. mais peut-être plutôt la free des Trans, parce que c’était vraiment sauvage, on était arrivés avec un groupe électrogène et on s’était installés dans une baraque abandonnée sans demander l’avis de personne…

X.av : C’est vrai que des teufs, on en a fait des pas mal ! Personnellement c’est pas un souvenir en particulier mais c’est de pouvoir croiser des artistes dont j étais fan jeune.

Qu’est ce qui a fait, à l’époque, que cette nuit fut inoubliable ?

Vx 69 : Dans les trois cas : la drogue.

P.RLOX : Entre autres. Le public, aussi. Mais faut dire qu’il était complètement défoncé, le public.

Vx 69 : C’est bien ce que je voulais dire ha ha !

Vous vous souvenez de votre tout premier concert avec Punish ?

Vx 69 : Le premier concert de Punish ? C’était pour l’anniversaire d’un pote, dans son salon, on devait avoir cinq ou six morceaux à l’époque, et on les jouait très très mal, mais on avait des amis soit pas très exigeants soit extrêmement tolérants. Je ne sais plus qui avait cassé une corde et le temps de la changer on a joué Where is my mind dont je ne connaissais pas les paroles alors j’ai hurlé “je hais les Pixies, je hais les Pixies” jusqu’à ce qu’on puisse passer à autre chose…

P.RLOX : Je crois que c’était moi, la corde cassée.

Si c’était à refaire ?

Vx 69 : À refaire, j’abandonnerais les horribles tentatives de paroles en français qu’on avait sur certains morceaux, à l’époque. Il m’a fallu des années pour réaliser que c’était vraiment une impasse.

P.RLOX : Et les reprises des Pixies pour meubler…. Impasse aussi.

Mélanger musiques électroniques et plus électrique en en faisant quelque chose de hardcore, c’est très ambitieux non ?

Vx 69 : Ambitieux ? Ah… Quand on s’y est mis c’est juste exactement la musique qu’on écoutait, on voulait faire ce qu’on aimait en boite de nuit, donc on peut difficilement parler d’une grande ambition, là… Au départ il n’y a aucune idée, aucun projet musical, juste faire la musique qu’on aimait. Du coup on a certainement mélangé des trucs un peu hétéroclites, mais en fait on est le groupe le moins original de la planète.

P.RLOX : Je mets quiconque au défi de trouver une idée originale dans un seul de nos morceaux.

X.av : Comme a dit vx, c’est la musique qu’on écoutait. Killing Joke, Ministry, Nine Inch Nails, les Lords Of Acid, que des trucs électroniques avec des grosses guitares, c’était ça les modèles.

Vous préférez jouer un concert PUNISH YOURSELF ou jouer à une soirée, de nuit ?

Vx 69 : Le format concert, c’est souvent plus “confort” au niveau de l’organisation, mais c’est vrai que jouer sur une soirée, c’est autre chose… D’autant plus que si tout se goupille bien on a le temps de faire la fête avant et après jouer. Ce qui est rarement le cas sur un concert, où on se retrouve souvent à picoler entre nous tristement une fois qu’on a fini de jouer.

X.av : Une vraie vie de galériens, ha ha.

« Le sosie de Woody Allen à poil qui était monté sur scène avec un médaillon fluo accroché à sa teub et s’était fait fist-fucker par un punk à crête ! »

Mika : Pour faire les deux actuellement… Bin je sais pas, les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. C’est quand même vraiment différent. Deux mondes. Je passe beaucoup de temps à dire que si, il faut que je fasse des balances par exemple (et souvent à expliquer ce que c’est). Bon, je fais du live aussi. Si c’était en tant que DJ, je pense que tout serait plus simple.

Le premier adjectif qui qualifierait votre état, votre feeling, comment vous vous sentez, une fois sur scène ?

Vx 69 : Il y a quelques années, j’aurais répondu “bourré” ou “défoncé” ou les deux, mais je me suis quand même calmé.

P.RLOX : Parle pour toi.

X.av : Boum-boum, je me sens boum-boum, comme dirait notre cher batteur !

Mika : Peint. Oui oui, c’est un adjectif.

Vous vous souvenez du truc le plus what the fuck qui a pu arriver pendant un de vos concerts ?

Vx 69 : Oulaaaaaa, y en a eu….

P.RLOX : Le sosie de Woody Allen à poil qui était monté sur scène avec un médaillon fluo accroché à sa teub et s’était fait fist-fucker par un punk à crête !

Vx 69 : Oulaaaa, oui, lui. Dit comme ça ça a l’air inventé, mais ça a bien eu lieu, dans un squatt parisien dégueulasse. Je me demande si ce lieu n’était pas un genre de portail dimensionnel…

X.av : Pour moi, de suivre le câble des retours à quatre pattes pour retrouver la batterie avant les rappels.

Vx 69 : Ça m’est arrivé de faire pareil, en rampant, pour retrouver mon micro, tiens, pendant un morceau. Sauf que j’allais dans le mauvais sens, je me suis retrouvé à la console, grand moment de ridicule.

On vous présente souvent comme “le groupe le plus coloré de l’indus française”, ça vous inspire quoi ?

X.av : Faut le prendre comment ça ?

Vx 69 : Objectivement, oui, on est les plus colorés ! Je ne sais pas si on les les plus quoi que ce soit d’autres, “objectivement”, mais colorés, oui, ça c’est sûr.

P.RLOX : Quoique, on a fait une tournée tout en noir et banc, ça fait quand même baisser la moyenne de coloration objective… Mais de peu, vu que ça n’a duré que quelques mois.

Vx 69 : Si on le comprend comme “le plus exubérant”, c’est bien possible aussi, mais avec la reformation des Tétines Noires on a de très très très sérieux concurrents !

Y’a un truc, esthétique, sur scène qui a changé, d’ailleurs, entre vos concerts des années 1990/2000, et aujourd’hui ?

X.av : Sur les maquillages il a eu une évolution, au départ c’était vraiment n’importe quoi, on se balançait de la peinture sur la gueule sans idée précise maintenant on essaie d’avoir un maquillage plus…

« Si on fait le compte de tous les os et dents qu’on s’est cassés en faisant la bringue, la liste est longue »

Vx 69 : …propre.

P.RLOX : On était effectivement vraiment plus crades. Au propre et au figuré.

Vx 69 : C’est vrai que quand j’y repense, je finissais à poil à la moitié du concert ou même plus tôt à peu près systématiquement, on est devenus moins exhib avec le temps.

Vous vous qualifieriez de gros fêtards ?

Vx 69 : Disons qu’on a un passé assez chargé à ce niveau…

P.RLOX : Voilà, “chargé”.

X.av : Gros fêtards oui, pourquoi : parce que, dans quelle mesure : dans la démesure.

Vx 69 : Par exemple, si on fait le compte de tous les os et dents qu’on s’est cassés en faisant la bringue, la liste est longue, ça situe le niveau général. On a appris tardivement à se mettre quelques limites, ha ha…

“Faire la fête”, ça veut dire quoi pour vous d’ailleurs ?

Vx 69 : Ça veut dire… Ah, ça peut être un tas de choses différentes. Mais en ce qui me concerne, si je dansait pas à un moment ou un autre, c’était pas la fête. Danser, c’est la vie !

X.av : Pour moi faire la fête ça peut être boire des coups avec un pote devant la télé ou l’inverse (c’est plutôt en fin de soirée ça)

"Les musiques changent, les drogues changent, mais la teuf c’est toujours la teuf"

« Les musiques changent, les drogues changent, mais la teuf c’est toujours la teuf »

Mika : Pourquoi les gens font autant la fête ? Pour se sentir un peu plus vivants. C’est ça, “faire la fête”, se sentir vivant.

Y’a un truc, de la façon qu’avaient les gens de faire la fête avant, qui vous manque, ou que vous aimeriez retrouver, une nostalgie particulière ?

Vx 69 : Les musiques changent, les drogues changent, mais la teuf c’est toujours la teuf. On peut gueuler que “les frees c’était mieux avant”, mais quand on a envie de s’amuser, on s’amuse, les gens qui se plaignent que c’était mieux avant sont soit des poseurs soit des vieux cons.

X.av : Pas de nostalgie pour moi, je fais de plus grosses bringues aujourd’hui.

Vous pensez qu’on peut faire de la politique avec sa musique ? Et à contrario, qu’on peut faire du son sans que ce ne soit JAMAIS politique ?

Vx 69 : On peut évidemment faire de la politique avec sa musique, dans le sens où on participe à quelque chose, où on illustre quelque chose, ou on peut aider à des prises de conscience, ça peut faire partie d’un ensemble. Mais faut pas espérer changer le monde juste avec la musique. “On n’arrête pas un peuple qui danse” c’est la phrase la plus débile de tous les temps.

P.RLOX : Et quoi qu’on fasse, TOUT est politique. Essayer de ne pas être politique, c’est un acte politique en soi, c’est dire : “le monde me va très bien comme il est, surtout ne changez rien, j’aime le système”.

Vx 69 : Quand on dit “je ne fais pas de politique”, “je suis neutre”, c’est objectivement qu’on se met du côté de celui qui tient le bâton.

Y’a un côté militant dans votre musique, on se souvient de l’anti-bushisme, vous vous verriez faire la même chose aujourd’hui avec Trump, et pourquoi ?

Vx 69 : Parler de militantisme, c’est peut-être un peu exagéré, comme terme. Une chanson peut être un acte de sarcasme ou d’ironie, pour nous, mais militer ça suppose qu’on milite pour quelque chose, pas juste contre. On a pas mal de morceaux sur l’état apocalyptique du monde contemporain, mais il n’y a aucune idéologie “structurée” derrière. Politique, oui, mais militant, non.

P.RLOX : Trump on pourrait, mais d’autres l’ont déjà fait, et certainement mieux qu’on ferait. On nous a suffisamment qualifiés de sous-Ministry comme ça…

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X.av : C’est qui ce type ? Tout le monde en parle, il fait quoi ?

Mika : On pourrait se peindre en orange fluo, comme, un hommage, peut-être.

Vous souhaitez quoi à la jeunesse d’aujourd’hui ?

Vx 69 : De s’amuser autant qu’on s’est amusés à leur âge. Avec éventuellement moins de fractures que nous.

P.RLOX : Bonne chance !

X.av : Ils risquent d’en avoir besoin.

Un message, une envie particulière, là tout de suite maintenant ?

P.RLOX : Le bonheur pour tous, aller à la plage. un milk-shake. Et la paix dans le monde.

X.av : Aller chercher mes chaussures de golf.

Vx 69 : Juste de la drogue, pour moi, à part ça ça ira.