Les Nuits Sauvages

Pourquoi faut-il aller filer ta 1ère paie de 2020 aux réfugiés pour Beats Across Borders sam. 1er fév. ? – Heeboo

Pourquoi faut-il aller filer ta 1ère paie de 2020 aux réfugiés pour Beats Across Borders sam. 1er fév. ?

Janvier 30, 2020

T’aimes la bonne musique ? Le bénévolat ? T’aimes pas trop trop les frontières ? Cool, ramène toi ce samedi 1er février à la Cité Fertile à Pantin pour Beats Across Borders, où 100% de la vente des tickets sera reversée à l’association Sciences Po Refugee Help. Pour l’occasion, l’une des têtes d’affiche et parrain de l’événement, Arabian Panther a répondu à nos questions de curieux : il y parle de son set dans le désert, de lieux de guerre qui se transforment en lieux de fête, de la SACEM et de ses envies pour le futur.

Le collectif, qui a reçu dans ses éditions précédentes des artistes tel que Mohamed Lammouri ou Acid Arab rempile pour sa neuvième édition. Au programme : open mic, performances, concerts et dj sets, tout ça sous le toit accueillant de la Cité Fertile à Pantin, « nouveau tiers-lieux artistique et engagé, au service de la transition écologique et sociale ». Les gains serviront à financer les actions de Science Po Refugee Help : de l’aide matérielle, de l’aide juridique, des cours de français et des activités sociales, sportives et culturelles. Les places sont à 10€, mais si tu te sens philanthrope en ce samedi tu peux amener plus pour la caisse. Arabian Panther est venu nous parler de l’importance de la tenue de ce type d’événements, car même si « l’on n’efface pas des souvenirs de guerre » ou « de haine avec des instruments de musique, on les fait oublier le temps d’un instant ».

La fête qui traverse les frontières, pour toi, ça représente quoi ? 

La fête qui traverse les frontières ca peut représenter un certains espoir, une diversité nécessaire. J’ai eu l’occasion cette année de jouer deux fois en Palestine, dans la West Bank, à Ramallah et une fois à Haifa (Israël) au club « arabe » Kabareet. C’était une chance de pouvoir exporter ma musique là-bas. C’était très marquant comme expérience, notamment à Haifa : jouer dans un club Palestinien, en territoire Israélien, un Keffieh sur la tête devant des Musulmans, Juifs, Athées. Au début de mon set une partie de la minorité juive présente dans le club est partie, l’autre est restée danser avec leurs amis palestiniens, qui eux était très touchés de voir un étranger porter ce symbole dans un lieu de fête et non plus de guerre, c’était génial.

Pourquoi c’est important, en France, qu’un événement comme Beats Across Borders existe ?

Je pense que c’est important pour trois raisons. Ces événements musicaux drainent un public très varié, autant musicalement que politiquement, si à son échelle et via les différents intervenants, ateliers et concerts, ce type d’événement peut faire bouger les mentalités et contribuer à stopper les discours anti-migrants voir fascistes qui prospèrent de plus en plus en Europe, alors Yallah. Il est très important d’inclure effectivement des migrants (en situation régulière ou irrégulière) à ces événements, les faire exister autrement qu’à travers leur condition actuelle, faire la fête tous ensemble. Si en plus l’aspect financier peut faire bouger les choses pour eux, pourquoi ne pas multiplier ce genre d’initiatives ?

Tu penses qu’on peut apaiser la douleur de l’exil avec la musique ?

Non, je ne pense pas que ce soit le but ou la finalité de la musique.  J’ai beaucoup appris au cours de mes voyages au Proche-Orient cette année, j’étais assez naïf et peut être utopiste au début. La musique reste la musique. Si l’on peut apporter un moment de bonheur aux gens, et les aider de manière éphémère, super… Mais il ne faut pas prétendre changer les choses en faisant la fête, c’est bien plus complexe. On n’efface pas des souvenirs de Guerre, de haine avec des instruments de musique, on les fait oublier le temps d’un instant.

Crédit : Z-Photo

Ça représente quoi pour toi d’être l’une des têtes d’affiche de l’événement ?

Je suis super content de pouvoir jouer pour ce genre d’initiatives. Tête d’affiche ou non c’est super de faire partie d’un tout qui contribue à aider les personnes contraintes à quitter leur pays.

Ton nom, Arabian Panther, tu l’as choisi comment, il signifie quoi pour toi ?

Arabian Panther est un personnage de Fantaisie que j’ai créé. Mon but est de raconter les histoires de ce personnage au travers de ma musique. Cela me permet de n’être rattaché à aucuns genres spécifiques et d’être assez libre. Pour ce qui est du nom pur, Arabian Panther est évidemment un clin d’oeil au mouvement Black Panther. Je ne prétend rien changer en Orient ou au Maghreb, ca ne me regarde pas. Si je peux faire apprécier ma musique à des gens qui, au début, sont étonnés/effrayés de me voir sur scène Keffieh sur la tête, alors tant mieux. Je n’ai personnellement jamais « trop » souffert de racisme, mais je vis depuis les années 90 / 2000 dans un monde qui diabolise l’arabe et sa culture, c’est malheureusement nous qui allons devoir changer cette image, pas eux. Arabian Panther est aussi une dédicace au rappeur Médine, dont j’étais très fan plus jeune, et dont la chanson « David, enfant du destin » m’a beaucoup touché, pour des raisons personnelles.

T’as déjà participé à un événement dont les fonds étaient reversés à une association ? Tu en penses quoi ?

J’ai déjà reversé un de mes cachets à une association, ainsi que pas mal de fond collectés sur mon bandcamp (Arabian Panther bandcamp) mais c’est la première fois que je joue pour ce genre de soirées entièrement dédiées à une cause. Je pense que les gens sont plus enclins à donner si on leur fournit une contrepartie, et quelle meilleure contrepartie que faire la fête ?

La fête est trop souvent dépréciée par autorités et gouvernements, alors qu’elle fait avancer pas mal de choses, pourquoi d’après toi ? Tu penses que les choses peuvent changer ?

Les choses étaient en train de changer, après des dossiers comme celui de la SACEM sur les retombés économiques de la musique électronique en France, je pensais que tout aller vers le mieux mais depuis quelques temps on assiste à de nombreuses annulations, saisies etc. Si l’aspect financier est de mieux en mieux documenté (retombées économiques sur une commune etc.), je pense que les retombées positives de la fête sur chaque individualités, sur leur bien être n’est pas assez mesurable et est pourtant vital pour maintenir une société saine et pour préserver un équilibre personnel à beaucoup de personnes. Je ne sais pas si cela changera.

C’est quoi ton rêve à titre pro, avec ton projet musical ?

En à peine un an j’ai déjà eu la chance d’accomplir plusieurs rêves : sortir mon premier vinyle, jouer en Palestine, jouer mon Live dans le désert du Sahara etc. Pour la suite j’aimerais sortir mon premier album sur un label que j’admire (il y’en a beaucoup). J’aimerais jouer mon Live (Audio et Vidéo en collaboration avec mon ami Malo Lacroix) auprès de publics variés (hors des clubs ou événements 100% électroniques). J’aimerais jouer dans le pays de mon père, le Liban, que je n’ai pas visité depuis 13 ans. Mais mon plus grand rêve (d’enfant) serait d’un jour produire de la musique pour des jeux vidéos.

Et à titre perso, pour le monde ?

Que les gens se mêlent un peu plus de leurs affaires (liberté individuelles, sexuelles, religieuses) et se concentrent à être heureux plutôt qu’à haïr leurs voisins.

Un message à faire passer ?

Je suis très heureux qu’aujourd’hui beaucoup de mes artistes préférés soient mes meilleures potes, je vous invite à jeter une oreille aux artistes de notre futur label « Toulouse Gouffre Club » : Lapse of reason & Templər (qui forment le duo Imperial Black Unit), Kendal, A Strange Wedding, Kmyle et Error508.

Axel Zacharie

Articles similaires

Plus d'articles

Playlist

Brakage : la playlist « Techno & vols à main armée »


Mixtapes

Mixtape 13. | Gaspar (Fils de Vénus)


Les teufs du mois

Les 5 teufs à ne (surtout) pas rater en septembre


Pourquoi faut-il aller passer tout l’été au Motel Machine ?