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Mïca Meltœ : « So punk, comme on dit au Bon Marché » ! – Heeboo
Gaelle Ma Tata

Mïca Meltœ : « So punk, comme on dit au Bon Marché » !

Mixtapes - Novembre 4, 2019

Gaelle Ma Tata

Qui a grandi sur les pistes de club des années 2010 a forcément rigolé au moins une fois en lisant un line-up. Il est arrivé et bienvenu, ce temps où les djs ont arrêté de se prendre (trop) au sérieux. Voici venu le temps du club format décalé, et des rires en cavale. Ouf ! Quand le nom de Mïca Meltœ a percé les Internets queers parisiens, on a donc souri, et on a tout écouté. Avec surprise, une drôle de chaleur dans le corps et une certitude, celle d’avoir mis le doigt sur, non pas un phénomène, mais un véritable DJ. C’est donc sans surprise, cette fois-ci, qu’on la retrouve samedi 16 novembre sur le line-up de notre anniversaire des trois ans : Heeboo présente #TTBM et qu’on découvre, à 12 jours de la grande fête sa mixtape spéciale anniversaire.

Mïca Meltœ, on connaissait ses dessins, illustrations et autres imaginations visuelles, issues du personnage de Maïc Batmane. Plusieurs fois, en club ou en bar, en festival ou dans la rue, au détour d’un fanzine ou d’une affiche, on s’était arrêtés sur son univers à la fois très pop et trash, osé et engagé, impertinent et militant. Maïc Batmane sur le papier, Mïca Meltœ derrière les platines, du crayon au deck, c’est dans la sincérité que la chose s’impose. Mïca Meltœ n’est ni dj pour faire genre ou suivre les tendances, du reggaeton à la trap, du hip-hop à des beats afro, le son Mïca Meltœ est le reflet chaud bouillant de ce qui se danse, sous ses pieds et dans son coeur, militant et affirmé, à voile et à vapeur, drôle et sans complexes, fin et rafraîchissant, délicieusement déviant comme on aime ! Rencontre.

J’aimais bien quelques groupes de Riot Grrrls, et aux débuts de la Mutinerie il m’est arrivé d’enchaîner quelques mp3, en alternant avec des tubes divers

Mïca Meltœ, tu réponds quoi, quand on te demande : « Tu fais quoi dans la vie ? »

Je suis graphiste de formation et ce taf est ma principale source de revenus ; je suis aussi artiste-dessinatrice, dj selector, et je fournis également des services à la personne, comme le fétichisme de pieds féminins – à l’occasion.

Tu viens d’où ? T’as grandi où ? Comment on fait la fête d’où tu viens ?

Je viens d’une famille classe moyenne supérieure blanche et catho, beauf de droite. J’ai grandi dans le 94, au gré des velléités d’ascension sociale de ma reum, de Champigny-sur-Marne à la Varenne Saint-Hilaire, et j’ai été longtemps scolarisée dans le privé. Là d’où je viens, on fait la fête en se bourrant la gueule pendant les repas de famille pour oublier ses névroses (quand c’est pas ses psychoses), on met tout le monde mal à l’aise, on finit en écoutant Mozart, Johnny Halliday ou la Compagnie Créole avec mamie endormie devant l’École des fans.

Tu te souviens de ta première soirée en club ? C’était comment ?

Et bien je pense que c’était assez tard, après le bac, et c’était au Pulp – pour de vrai, si j’avais su le level de streetcred que ça allait donner d’avoir connu le Pulp, j’y serais allée les week-ends aussi. C’était gratuit en semaine, avec un concert live les jeudis, j’y ai emmené quelques fois la pote hétéro dont j’étais amoureuse en lui roulant des pelles quand elle était torchée, ce qui craint complètement, j’en ai bien conscience. Sarah, je te présente mes excuses.

La fête ça occupe quelle place dans ta vie ?

Et bien, une petite place. J’aime dormir. Ouais. Voilà. Et netflix. J’ai un lit géant à mémoire de forme et les gueules de bois me font de plus en plus chier. So punk, comme on dit au Bon Marché.

Mïca Meltœ, ton nom il vient d’où, il signifie quoi ? D’ailleurs, il se prononce comment ?

Tu demandes pour de vrai ? mmmh plein de gens n’ont pas capté ce merveilleux jeu de mot, j’en suis pourtant si fière, c’est pas grave, ça fait de moi une grande artiste incomprise. Mïca, c’est l’anagramme de Maïc, mon nom d’artiste de papier – en tant que personne obsessionnelle j’aime séparer les activités. Et camel tœ, tu connais ? Dis moi que oui, tu sais, c’est cette insulte terriblement sexiste qui désigne la forme que prend un vêtement serré sur une entrejambe pourvue d’un chatte, les grandes lèvres moulées. J’imagine que c’est parce que le sabot du chameau est coupé en deux, on aurait du appeler ça “camel bumps” j’aurais trouvé ça encore plus parfait. Donc BREF, retournement du stigmate, etc, et puis le mot est joli en fait. Me demande pas comment on le prononce exactement, mon accent anglais est à chier.

Au bar tu commandes quoi ?

De la bière sans alcool jusqu’à ce que j’en ai marre, puis de la Zubrowka.

Comment t’as décidé de devenir dj ? Hasard ou vocation ?

Hasard, j’imaginais pas une seconde faire ça étant donnée mon degré d’inculture musicale initiale. Mais j’aimais bien quelques groupes de Riot Grrrls, et aux débuts de la Mutinerie il m’est arrivé d’enchainer quelques mp3, en alternant avec des tubes divers. Et du coup j’ai commencé à être plus attentive à ce que j’écoutais. A me rendre compte que j’avais des goûts pour des choses que j’entendais.

Par ailleurs, la Mutinerie a gagné en notoriété et pour continuer à y passer des sons, il a fallu monter d’un cran, puis de plusieurs. On m’a aussi offert un contrôleur. Bref, à force d’heures passées sur bandcamp, youtube, soundcloud, mon oreille a commencé à sortir du puit ignare dans laquelle elle végétait. J’ai découvert une profusion d’artistes, de styles musicaux, et chaque jour est encore une découverte, de ce point de vue. 

Cette mixtape pour Heeboo, tu l’as conçue comment ? Elle raconte quoi comme histoire ?

Je l’ai conçue ce matin après le café, parce que j’aurais pas d’autre occase de tafer dessus d’ici la teuf à la Station, je l’ai conçue plus ou moins d’un seul jet. Elle raconte que j’aime beaucoup de choses différentes, que j’aime passer du reggaeton à la trap, du hip-hop à des beats afro, que mes sets sont à voile et à vapeur. Sans que ça soit exclusif, j’essaie aussi de passer une majorité d’artistes femme, queers, et/ou avec un discours ou une démarche minoritaire.

Un track en particulier qui y figure et qui compte pour toi plus que les autres ? Pourquoi ?

C’est difficile ça.  Pour le plaisir, j’ai calé le mashup Fatboy Slim X Greta Thunberg, parce que c’est la meilleure des réponses au torrent de merde profondément âgiste et misogyne que cette jeune fille se prend de la part de la sphère politique. 

Jouer pour l’anniversaire des 3 ans de Heeboo, ça représente quoi pour toi ?

Du plaisir, beaucoup de plaisir, bébé.

Un mot prévention pour les teuffeurs du 16 novembre ?

Attention au mélange mentos-coca.

La soirée à ne pas manquer : Heeboo présente #TTBM

Adeline Journet

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