Mal à la fête. C’est ce qu’on se dit souvent, quand la nuit tourne mal, quand les annulations s’excitent sur nos exutoires ratés ou quand rien ne tourne comme prévu. Mal à la fête, c’est le dur constat qui vient faire trembloter nos estomacs en ce lundi 17 septembre 2018. La ramasse, elle est là, bien là, bien installée, bien puante, mais elle diffère de nos habitudes bacchanales. Cette ramasse-ci sent la mort. Ou le commencement de tout.

En outre, deux des plus grosses soirées techno d’Île de France ont vu leurs « minuits » ne pas s’étirer et leurs files d’attente bloquées par visages et casques imposants (à notre connaissance, il n’y a eu ni violence ni débordements, même si ceci reste à confirmer). Mais les matraques étaient là, bien là, là où elles ne sont jamais habituellement. En fête, teuf, soirée, rave, boum, fiesta, réjouissance, sauterie nocturne. Les fêtards de Possession x Raw, puis Fée Croquer, ont du rebrousser chemin, face aux forces de police. Le Parisien s’est vu obligé d’écrire un article au titre absurde (modifié entre temps). Les orgas se sont vus dans l’obligation de s’excuser. Rembourser. Pleurer, un peu au moins, on l’imagine bien. Et tout remettre en question. Se pencher deux secondes sur cette question de fête à Paris et alentours, et envisager l’avenir sous un autre jour.

La fête allait bien, dis donc, trop bien peut-être. On met des Kiddy Smile à l’Elysée et on pense que d’un coup, « nous les déviants » allons pouvoir continuer de « dévier » en toute sérénité. Que nenni. Deux fêtes annulées. Une Fête de l’Huma déception (nuit écourtée sans explication, débordements et une sécurité à bout, dont de nombreux festivaliers se sont plaint, le lendemain sur l’événement facebook). Un beau véto de la préfecture pour la Soirée clubbing Cnap x CN D sauvée de justesse par À La Folie. Que s’est-il passé ?

On s’amusait trop bien ? Peut-être la fête était-elle devenue trop facile, trop donnée, trop accessible. Peut-être que cette liberté là faisait trop peur. Peut-être que ces déviances étaient trop belles. Ce weekend qui sent la fin, et s’il était signe d’un second souffle ? D’une nouvelle respiration, plus collective ? Une envie de se battre qui pourrait tout faire valser ? La question reste ouverte. D’où l’importance de dialoguer, et, d’après cette évidente défaite éphémère, de tout reconstruire pour faire la nique au pouvoir répressif. Pas de combat sans répression. « Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent ». Merci Lucie Aubrac. Cette grandeur d’esprit on peut l’appliquer à nos petits quotidiens sur rings de boxe sociétaux. Il n’y a pas de combat sans fête. Il n’y a de fête sans combat.

Pour l’occasion, on a aussi voulu laisser la parole à ceux qui font la fête. À ceux pour qui la fête est essentielle. Respiration. C’est le cas de Robin George, retoucheur et assistant photo de 38 ans, habitué des free depuis son plus jeune âge.


« J’avais écrit ça au moment de l’élection, de notre cher président : « J’ai eu peur, ils ont gagné. Pourquoi j’ai changé un peu d’idée et je vais -peut-être- aller fourrer cette urne dégueulasse et mortifère de mon papier macron (sa petitesse et son vide opérant m’oblige à ne pas utiliser de majuscule, je le cite, c’est déjà trop)… dit papier anti-grosse-cochonne. À défaut de m’abstenir, de jouer perso comme j’ai pu l’entendre dans des moments de culpabilisation intenses et sales en fait. Ce week-end j’ai eu la chance de me rendre à une fête extraordinaire dans un lieu atypique, éphémère et parisien à la limite de la suburb. Une veine que certains appelleraient berlinoise… synonyme de liberté. But principal : arrêter le temps ! C’était fait : hangar sous periph’, substances, libertinages, loud musique et beaucoup de chaleur humaine. Des gens heureux, de se sentir libres, d’exprimer ce qu’ils veulent grâce à une communion orgiaque, respectueuse, rythmée, joyeuse et surtout ce que je préfère, dansante. Un théâtre d’une beauté pour moi incroyable. A une certaine heure du jour (horaire de l’événement 6 h du matin – 00h ) la cavalerie a fait le pied de grue devant le bâtiment. Une manière de montrer que l’organisation est suivie de près par les autorités… En effet, l’organisateur en chef n’en est pas à son premier coup d’essai sur la capitale. Lui, est parfaitement connu des services de ̷f̷i̷l̷s̷ ̷d̷e̷ ̷p̷u̷t̷e̷r̷i̷e̷ police, les boites de nuit font régulièrement pression sur ses squats ou autre cantine freegan pour arrêter une « concurrence déloyale » (je pouffe de rire en l’écrivant) : hypocrisie, quand tu nous tiens. Le lieu fonctionne à la limite de la légalité, plus ou moins squatté (inutilisé depuis 15 ans) pour le plus grand bonheur d’une faune débridée en manque de divertissement à la hauteur de leurs attentes : un endroit libre et spacieux type friche, des consommations et une entrée pas chères, de la bonne musique, des gens heureux qui sourient et pas faussement… Simple comme bonjour quelque part. Je me suis demandé à quel moment la fête allait se finir ? À l’horaire prévue ou quand la maréchaussée recevrait les injonctions de leurs supérieurs comme j’ai pu le voir régulièrement dans le passé ? Une fois mis au courant du risque d’annulation éventuel, j’ai repensé à cet hideux entonnoir, ce fallacieux piège électoral que nous a tendu le pouvoir émétophile en place depuis plus de 30 ans…

« J’ai grandi je pense avec elle (la fête) et je pense surtout qu’elle est précieuse »

Le doute. Puis je me suis aussi rappelé combien les flics avaient été quasi historiquement plus virulents sous hollande, qu’allait-il en être sous la grosse cochonne ? La peur. J’ai eu peur, ils ont gagné. Je me suis dit (peut-être à tort) que sous la grosse cochonne, tout ça, toute cette exaltation nécessaire, tirée de ce moment fragile, magique et suspendu pouvait disparaitre de Paris… ou qu’il faudrait aller plus loin pour la retrouver car les flics pouvaient être plus violents à tout moment. Faire la fête comme on l’aime n’est pas une fin en soi, mais reste un exutoire efficace, une communion utile pour avancer dans la vie et faisant aussi partie de rituels ancestraux chers à l’humanité. J’ai grandi je pense avec elle (la fête) et je pense surtout qu’elle est précieuse. C’est donc avec peur et un regret inquantifiable que je ne ferais peut-être pas, du moins symboliquement, exploser ce système en m’abstenant. J’ai tant rêvé naïvement que tout le monde fasse barrière à cette connerie politicienne ambiante, elle nous tue à petit feu.

« Rendu au fait que la peur est fatalement installée dans nos crânes et que le combat est mort né pour cette fois, je vais peut-être voter pour cette merde pistonnée et parvenue »

Chacun voit midi à sa porte, j’ai peur pour les minorités, forcement sans comparaison. Mais les oreilles pleines de décibels et mon esprit rempli d’un coup du doute, c’est con mais, j’ai eu peur pour ma fête, ma liberté propre de ressentir ce que je voulais dans ce lieu intemporel. Peur de ne pas retrouver ce que j’aime à cause d’une décomplexion (ce mot file de plus en plus les chocottes) de certains agents de police sous cette truie. Pour la petite histoire, la police (l’art de gouverner la cité) n’a pas fait irruption dans le lieu, elle a « juste » fait des interpellations musclées (la bac) pour faire peur aux petits dealers ; hypocrisie. Si le fn joue avec nos peurs profondes afin de prendre le pouvoir, les autres partis jouent avec la peur du passage du fn pour le garder ; je n’en peux plus de comprendre cela. J’ai du mal a supporter que le reste de la population ne soit pas assez nauséeuse avec ce qu’il se passe dans notre pays pour se battre et s’abstenir de voter. Rendu au fait que la peur est fatalement installée dans nos crânes et que le combat est mort né pour cette fois, je vais peut-être voter pour cette merde pistonnée et parvenue.. Je me dis que d’un coté ils m’ont eu moi aussi, je suis dégoûté. J’espère juste que les mouvements sociaux constructifs émergeant de gauche vont perdurer, toucher leurs buts à un moment donné. J’ai eu peur – ils ont gagné. #écrandefumée+doute+intox+hoax+zap=j’ycomprendsplus rienetc’estcequ’ilsveulent »