On se souvient de Front Teeth en 2017, clairement l’une des meilleures sorties de « musique de cave » de l’année. Et c’était signé Veil Of Light. Plus rude, brutal, plus EBM, moins shoegaze, plus incisif et moins contemplatif que sur les premières sortie, cette sortie marquait un tournant. Deux ans plus tard, le duo suisse revient avec Inflict. Introspectif et tourmenté, ce nouvel opus donne envie de crier « Vive la Suisse ! » [english below]

La chute était à prévoir ! Plus psychologique et introspectif, Inflict est un coup de poing dans un miroir de glace. Sanguin et nerveux, on affronte enfin ses démons. Les pires, ceux qui sont restés à l’intérieur trop longtemps. Les voix sombres sont toujours là, mais se mêlent à l’obscurité, cette fois-ci, des sonorités plus colorées, plus pop qu’avant, comme une traversée vers la lumière. Des questionnements que le maître du projet, connu sous le nom assez énigmatique de M, se pose depuis longtemps, encore aujourd’hui que son projet solo est devenu un duo conçu pour le live. « Pourquoi suis-je qui je suis » ? « Qu’est ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui ? ». Pas pour rien qu’à quelques jours de sa sortie sur le label Avant! Records, on a choisi de vous présenter Inflict en avant-première sur Heeboo.

Ce qui nous marque dans Inflict ? Le manque de perfection. Expliquons-nous. Dans cet LP, tout est nervuré comme on l’aime, rien n’est lisse, tout est bancal, délicieusement brinquebalant, tout semble s’effondrer, meubles comme murs bien construits au fil des ans, à mesure que l’album défile. D’un constat apocalyptique et presque lancinant avec So Hard en entrée de jeu, à une révélation qui donne force et courage avec Holy Wars en milieu d’opus, comme une pause pour se poser des questions, on se termine avec Nothing Left, rebondissement cosmique où s’effondre pour mieux se préparer à la reconstruction. Un « Nothing’s Changed » qui hante les 4,12 minutes du morceau, comme pour dire que tout allait changer.

Une belle doublette pour AVANT! Records qui, deux ans après Front Teeth, sortira Inflict vendredi 10 mai sur réseaux. À quelques jours de la sortie officielle, pré-écoute jouissive des huit morceaux et rencontre avec le fameux…M.

Hello, comme ça va ?

Merci, tout va bien ! Je suis très excité de savoir qu’on sort notre nouvel album dans les jours qui arrivent et que tout le monde puisse l’écouter !

Votre nom d’artiste, Veil Of Light, il vient d’où ?

Quand on a enregistré notre premier EP, j’ai cherché un nom qui nous allait. Et je trouve que Veil Of Light décrit parfaitement l’esthétique très sonique de notre musique. Ce nom ramène à la brume et aux sonorités très nature de notre premier opus. Puis on va pas se mentir, ça fait bien, Veil Of Light, sur un album, et c’est toujours un plus !

La musique, c’est venu comment ?

Après des années passées à jouer dans des groupes, à faire des compromis entre le boulot et les chansons qu’on écrivait avec les copains, j’ai fini par essayer d’écrire et de sortir mes morceaux. Je voulais approfondir ma propre vision de ce à quoi devait ressembler la musique. J’ai lancé ce projet alors même que je ne savais pas grand chose de la production musicale à proprement parler, et les premiers trucs que j’ai sortis étaient plutôt bruts et pas vraiment finis. Tout ce processus d’enregistrement m’a beaucoup appris, et je me suis pas mal amélioré depuis ce premier EP.

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes debout, ciel et plein air

Tes premières influences c’était quoi ?

Quand j’étais ado j’étais un grand fan de hip-hop. J’étais, et je suis toujours d’ailleurs, un grand fan de ce que l’on appelle le rap de Bay Area (Sans Francisco) et Southern rap. Des trucs comme Bone Thugs, Luniz, Three 6 Mafia et tous les artistes du label Rap-A-Lot Records, c’est en gros ce qui a bercé ma jeunesse. Un peu plus tard, ça a été The Wall, de Pink Floyd. Je me sens très connecté à l’histoire de cette oeuvre, moi aussi j’avais construit un mur entre le monde et moi… Heureusement, j’ai réussi à détruire ce mur, cette carapace, vers mes 20 ans. Jeune adulte, je me suis pris de passion pour les groupes du label 4AD. En particulier Dead Can Dance et Cocteau Twins. Mais c’est sans doute ce projet que j’ai monté autour de boîtes à rythmes et de guitares délavées qui m’a le plus inspiré. Je crois que ces influences sont très importantes dans mes premiers tracks. Sans oublier Vivisect IV par Skinny Puppy. Pour moi, c’est un des meilleurs morceaux du monde, et je crois qu’il m’a pas mal influencé sur mes dernières sorties…

Tu viens d’où déjà ?

J’ai grandi dans la banlieue de Zurich en Suisse.

Tu penses que ça a eu un impact sur ta musique ?

Je pense que tout a un impact sur la musique et la vie en général. Tout comme mes origines, mais j’ai l’impression qu’en grandissant, mon histoire familiale a pris de plus en plus d’importance sur moi et ma musique…

Tu penses quoi de la scène musicale en Suisse ?

Je trouve qu’elle n’est pas très importante. Il y a quelques groupes de post-punk, de wave, d’indus, qui semblent partager la même vision, mais je ne trouve pas à Zurich d’aussi grande scène que dans d’autres grandes villes. Les villes suisses sont plutôt petites en comparaison avec le reste de l’Europe, et j’imagine que c’est sans doute pour ça que la scène musicale n’y est pas très grande, comme à Berlin par exemple…

Et ce LP, Inflict, il signifie quoi pour toi ?

Littéralement, Inflict parle des traumatismes de l’enfance avec lesquels j’ai du lutter pendant une partie de ma vie, puis d’autres sujets plus sociaux qui me pèsent. « Pourquoi suis-je qui je suis » ? « Qu’est ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui ? », ce genre de questionnements tu vois. C’est pour ça que j’ai choisi ce titre, Inflict (en français, « Infliger », ndlr).

Musicalement, j’ai essayé de continuer sur le même chemin que le dernier EP, Front Teetch, un mélange de musiques industrielles et post-punks. Mon but, avec Inflict, était d’atteindre le même degré d’intensité, de brutalité et de lourdeur dans la production et les boîtes à rythme, mais aussi d’améliorer le tout en terme de rythmes un peu plus pops.

Il y a quand même quelque chose de très apocalyptique dans ce LP non ?

Tu sais, dans tous mes morceaux, il existe une part de moi qui fait face à ses démons ; j’essaie d’évoluer et d’apprendre des mes actions, des trucs qui m’arrivent, d’en sortir grandi. J’adore faire de la musique, et même si ça va sonner un peu cliché, ça m’aide vraiment dans mon processus de vie.

Si tu pouvais faire écouter Inflict à quelqu’un ?

Je n’ai pas d’idoles à qui j’aimerais faire écouter ce que je fais. Mais en bon fan de musique, je suis tout le temps à la recherche de nouveaux morceaux qui vont pouvoir me faire vibrer. Du coup, j’espère que les gens qui aiment la musique finiront un jour par « trébucher » sur ce LP comme moi je « trébuche » sur les LP des autres.


Résultat de recherche d'images pour "veil of light"

Hello, how are you doing ? What are u up to ?

Thanks, doing fine! I’m really thrilled to have our new record out in the next days! Happy that everybody can finally listen to it.

Your artist name, where does it come from, when and how did you choose it ? 

When i recorded our first EP i was looking for a fitting „band name“. I think Veil Of Light perfectly described the sonical aesthetics of the record. The name is reflecting the haziness and wall of sound nature of the first songs. Also the words look typographically good on a cover which is always a plus!

When and How did you start producing music ? 

After years in bands and compromises while working and crafting songs with band mates I finally wanted to try to record and write songs all on my own. I wanted to pursue my very own vision of how a song should sound like. I started the project with very little know-how about producing records which resulted in a rather unpolished and raw sound. The whole recording process was all learning by doing so my recording skills evolved a lot since our first EP.

Who, what were your first musical influences from when you were a child, teen ?

In my teen I was a big hiphop kid. I was and still am very into Bay Area and Southern Rap. Acts like Bone Thugs, Luniz, Three 6 Mafia and the whole Rap-A-Lot Records roster pretty much dominated my youth. A little bit later in my teens I‘ve got really obsessed with The Wall by Pink Floyd. I felt deeply connected with the story as I kind of built a wall myself around me which fortunately I was able to tear down with 20. In my early twens I got very fascinated by all the 4AD bands. Especially Dead Can Dance and Cocteau Twins. Latter finally inspirated me probably the most to built my own project around drummachines and washed out guitars. I think their influence is very prominent on my first records. Another timeless record I have to mention is Vivisect IV by Skinny Puppy. I consider this record as one of the best ever. And it probably inspired me for my more recent LPs.

Where do you come from exactly ? Do you think it has an impact on the music you do now ?

I grew up in a suburb of Zurich. I guess everything has it‘s impact on music and life in generell. So does my origin but i guess growing up, my family story probably had a bigger impact on me as a person and my music…

And now, where do you live ? What does it provide you on a daily basis, the place when you live ? What do you think of your local scene ?

I think there isn’t a very strong scene in Switzerland. There are a few Post-Punk, Wave and Industrial Techno acts that share similarities but there‘s not actually a scene like in other big cities. Swiss cities are rather small compared to the rest of europe so i guess that‘s the reason why there‘s not a big „scene“ like in Berlin…

What does this LP stand for ? Why this title Inflict ?

Lyrically the LP deals with childhood traumas I’m trying to clear for most of my adult life and other social issues of recent years that burden me. Why am I who I am? What made me the man I am now. That‘s why I chose „Inflict“ as the title.

Musically I tried to continue the path I went with our last LP „Front Teeth“ – blend Post-Punk with Industrial. My goal on „Inflict“ was to have the same intensity, rawness and heavyness in the production and drummachine but also improve in terms of catchiness and pop sensibilities.

There is a very apocalyptic mood in this LP, where does it come from ? 

With every record I‘m always trying to face my demons and try to evolve and learn from my actions and things that happen to me. I love making music and it may sound clichéd but it really helps me to process.

If you could make someone listen to this LP, who would it be, and why ?

I don’t have an idol I‘d love to show my music. But as a music fan myself I‘m always looking for new records or artists that blow me away. So I wish that people who are potentially into our music will eventually stumble upon our new LP „Inflict“.