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Animal Holocaust : « On m’a souvent pris la tête à cause de mon nom. Surtout les vegans » – Heeboo

Animal Holocaust : « On m’a souvent pris la tête à cause de mon nom. Surtout les vegans »

Interview Nuit - Avril 25, 2019

Les apparences sont souvent trompeuses, on ne le répétera jamais assez. Animal Holocaust ça peut évoquer la haine, l’incompréhension ou bien déclencher un éclat de rire un peu jaune. En définitif c’est juste le blaze d’un producteur de musique mordu de films d’horreur des années 80 / 90 et du groupe Animal Collective. Alors comme t’es curieux, tu vas venir le découvrir demain, vendredi 26 avril, à Petit Bain.

Animal Holocaust, c’est un nom carrément provocateur, qui a dû hérisser le poil de plus d’un. Pourtant, derrière cette « ingénieuse » association, on trouve Étienne Thomas un mec pas si dark que ça. Sa passion pour la musique, il la tient de son père qui lui fait découvrir le hard-rock vers huit ans, et de l’immense collection de CDs de ce dernier, inépuisable source d’inspiration. C’est d’ailleurs lui, son père, qui lui fera écouter de la musique électronique pour la première fois, à base de Laurent Garnier et… d’Antoine Clamaran !

Vient ensuite l’époque des premières teufs, des soirées interminables toujours animées par cette envie inaltérable de faire la fête. Aujourd’hui Animal Holocaust c’est un mec plutôt posé, qui préfère les apéros avec ses potes et se faire une grosse teuf quand ça vaut vraiment le coup. Sa musique il la considère comme de « la house légèrement accélérée »  faite à base d’auto-tune pour toujours permettre au public de s’évader du quotidien. Et puis histoire de faire toujours plus pour aller encore plus loin, Animal Holocaust a fondé son propre label Messe Noire Records.

On sait, ça donne envie ! Et ça tombe bien, parce que le collectif Friction pose ses valises vendredi 26 avril pour la soirée Friction : French Legacy à Petit Bain. Pour l’occase, ils proposent un line up entièrement français dans lequel on retrouve évidemment Animal Holocaust qui se produira en live mais aussi Proxyma ou Sagarto. À ne pas manquer !

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Animal Holocaust, également fondateur du label Messe noire records, ta musique tourne beaucoup autour de la mort et du chaos. C’est gai ! T’es un mec super dark pour de vrai ou c’est juste un rôle à jouer ?

Je ne pense pas que ma musique tourne autour de la mort ou du chaos en soi. Je dirais même que c’est presque l’inverse ! Sauf quelques petits tracks, par exemple, dans mes dernières sorties un track est fait à base d’auto-tune et est fortement inspiré par des groupes comme Tame Impala, Animal Collective, ou même l’édit de « Gummo » par 6ix9ine. En fait c’est juste de la house légèrement accélérée ! On est loin des ténèbres (rires). Donc je dirais que je ne suis pas vraiment un mec dark surtout que j’aime trop les chemises motif ananas pour être réellement dark.

C’est assez provocateur, Animal Holocaust, c’était quoi le but quand t’as créé/trouvé ce nom ?

Ouais clairement, le nom avait un but assez provocateur et ça a plutôt bien marché de ce côté là (rires). Je voulais un nom qui ne sonne pas trop « techno ». Je voulais quelque chose qui rappelle les sonorités d’un groupe de metal. J’en avais marre, quand j’ai commencé, de tous les noms en référence aux maths, à la science et tous ces alias super froid et sérieux.

À la base c’est un peu un nom « patchwork ». J’aimais énormément le groupe Animal Collective et les films d’horreur à petit budget des années 80/90. Le nom de « Cannibal Holocaust » sonnait particulièrement bien. Du coup c’est un peu le mélange entre ces deux univers qui a donné le nom final « Animal Holocaust ».

On t’a déjà pris la tête à propos de ton nom ?

Oui c’est arrivé pas mal de fois, surtout auprès des vegans. J’ai eu pas mal de messages privés où on m’insultait d’avoir choisi un nom comme ça. Pourtant il n’y a aucune haine derrière mais ça malheureusement tout le monde n’est pas capable de le percevoir.

Quand tu joues, tu veux que les gens ressentent quoi exactement ? Un sentiment de fin du monde ?

Ça depend de mon mood quand je commence à jouer. Mais je pense que le mélange sentiment de fin du monde et de début d’un nouveau plus joyeux exprime bien l’évolution globale d’un set. Il faut permettre aux danseurs de s’évader, ne serait-ce que deux ou trois heures dans un monde un peu différent de celui qu’ils fréquentent au quotidien.

« J’aime trop les chemises motif ananas pour être un mec réellement dark »

Sur Heeboo on parle plus de fête que de musique à proprement parler, du coup tu te souviens de tes toutes premières fêtes quand t’étais plus jeune ?

Comment les oublier ? Je me souviens du premier concert de musique électronique que j’ai vu. C’était au debut du lycée. J’étais allé voir Justice au Vielles Charrues. Ça restera gravé comme le concert le plus intense de ma vie. Leur live était d’une puissance incroyable et le système son te clouait au sol. C’était absolument irréel ! Sinon, j’ai vraiment commencé à sortir quelques mois après. J’allais sur Rennes avec des potes du lycée pour les soirée Midi Deux ou les premières soirées techno dans un petit club qui est maintenant devenu le 1988 Live Club.

Si tu devais te souvenir d’une seule chose de cette époque ?

L’insouciance et l’envie inaltérable de faire la fête. À cette époque il m’arrivait de sortir trois jours par weekend et d’enchainer avec les cours le lundi matin. Il n’y avait aucune véritable fatigue ni même de descente. Ça a duré de longs mois. C’était vraiment une époque sympa mais avec le recul ça n’a pas forcément été super sain. En plus, j’étais relativement jeune à ce moment là.

Qu’est ce qui à l’époque, aurait pu tout gâcher ?

La dope sans hésiter. Ça te permet de passer les meilleures soirées de ta vie. Mais en même temps ça peut la détruire ou au moins bien l’abimer.

« Je préfère écouter du rap, du rock ou d’autres genres de musique électronique histoire de varier les influences. »

Tu écoutais quoi comme musique à l’époque où t’as commencé à sortir ?

J’ai toujours écouté de tout. Mais ce qui m’a vraiment motivé à bouger en club quand j’étais ado c’était la techno. J’écoutais beaucoup les premières sorties de Concrete Music avec des gars comme Antigone, Voiron, Zadig ou Abdullah Rashim. J’adorais aussi les sorties du label Midi Deux, les EPs de Full Quantic Pass et UVB76 qui m’ont fait revoir ce que je pensais de la musique électronique en général. Sinon beaucoup de label des pays scandinaves comme Hypnus et Northern Electronics. J’aimais beaucoup cette vibe très ambiant et deep techno assez sombre et organique. C’était très introspectif de danser sur ce genre de musique et j’ai toujours gardé ces influences dans ma manière de produire aujourd’hui.

Tu as changé ta manière d’écouter et percevoir la musique depuis que tu en fais ?

Oui énormément ! Depuis que je produis ma propre musique j’écoute moins de techno. Je n’arrive pas à produire une techno « originale » si j’en écoute avant. Je préfère écouter du rap, du rock ou d’autres genres de musique électronique histoire de varier les influences et de trouver des idées qui changent un peu des classiques tracks rave à base de ligne d’acid et de kicks distordus.

Tu te souviens de la toute première fois où tu as joué devant des gens ?

Impossible d’oublier sa premiere date !

C’était pour Contrast, la deuxième Rave Line avec Ayarcana, RVDE, Kefgnay et pas mal d’autres. J’étais arrivé sur le spot du warehouse vers 2 h du matin et là je vois à peu près 1200 personnes en train de danser. J’étais terrorisé. C’était la première fois de ma vie que je voyais ce genre de soirée et clairement j’ai eu un gros coup de chaud en voyant autant de monde danser et le genre de musique que les autres artistes jouaient.

Au final je suis monté sur scène pour jouer. Il était 13 h et il restait à peine une cinquantaine de personnes dans cet immense hangar. C’était vraiment étrange comme sensation mais au final tout c’est bien passé et le peu de survivant qu’il restait à la fin semblait avoir pas mal apprécié ! Merci Contrast pour l’invitation. C’était vraiment cool de commencer chez vous !

 

Tu penses avoir changé depuis tes débuts ?

Oui forcément un peu. Je pense que ça m’a permis de prendre confiance en moi et en mes capacités. Au tout début je ne croyais pas vraiment en ce que je faisais mais à force de voir le soutien du public, ça m’a donné énormément de force pour essayer d’avancer et de continuer à produire.

C’est quoi tes premières influences de quand t’étais petit ?

Mes premières influences je les dois à mon père qui écoutait énormément de musique en tout genre. Il m’a fait découvrir le hard-rock quand j’avais huit ou neuf ans et ça a été un moment incroyable dans ma vie. Je me souviens écouter les albums de Iron Maiden ou de Led Zeppelin avec lui. C’était vraiment super. Je me souviens aussi qu’il était le premier à me faire écouter des musiques électroniques, que ce soit de la techno avec Laurent Garnier, Daft Punk ou Antoine Clamaran (à l’époque Antoine faisait de la techno c’était le feu !) ou des sons plus à l’anglaise avec les albums de Fatboy Slim ou des Propellerheads. Il avait une collection de CDs vraiment incroyable et ça m’arrive encore de lui piquer des morceaux quand je passe chez moi pour les jouer dans des sets ou des podcasts. J’aimerais énormément qu’il vienne me voir jouer un jour. Ce serait un peu l’aboutissement de l’influence musicale qu’il a eu sur moi au fil des années.

C’est quoi qui te rend heureux quand tu joues ?

Je crois que voir les gens danser, s’amuser et se lâcher complètement est la partie la plus sympa à vivre quand je joue. Je me souviens d’une date a Moscou ou le public était vraiment déchainé et super expressif. Ça donne envie de se surpasser et de donner le meilleur de soi.

Tu as des rituels avant de monter sur scène ?

Non j’ai pas vraiment de rituels. J’essaye juste d’arrêter la bière une heure avant de jouer histoire de ne pas avoir besoin de courir aux toilettes au milieu d’un set. Quand il faut assurer un set de trois ou quatre heures c’est pas forcement évident a chaque fois !

Comment tu te sens à ce moment là, juste avant ?

J’ai toujours les mains moite et une excitation qui monte en moi. C’est vraiment grisant comme sensation. J’ai l’impression d’être un gamin qui débarque à Disney sauf que là c’est moi Mickey et qu’il y a 100 decibels dans le club.

Et après ton gig ?

Ça depend de mon état de fatigue quand je commence à jouer mais en général je me pose toujours 10 ou 15 minutes histoire de fumer une clope tranquille et de boire un coup. Après si je suis toujours chaud j’aime écouter les sets ou live des autres artistes. Je ne suis pas trop du genre à me poser a l’hôtel directement après avoir joué. J’essaye de profiter de ces instants autant que possible, de découvrir les locaux des clubs où je passe et de parler avec eux ! Ça permet de superbes rencontres et certaines personnes que j’ai connu comme ça sont aujourd’hui de bons amis à moi.

Y’a des inconvénients dans le fait de faire partie du monde de la nuit et/ou de la musique ?

Pour trouver un travail à côté c’est vraiment pas évident. Par exemple moi à la base je travaille en tant que cuisinier mais réussir à faire les deux c’est vraiment fatiguant et les horaires sont difficiles à concilier malheureusement.

Mais dans l’ensemble faire partie du monde de la nuit est agréable. Je pense que c’est plus épanouissant qu’un job classique de 9 h à 17 h dans un bureau, devoir prendre le metro a 8 h du matin et tout ce qui va avec.

Tu sors beaucoup, quand tu ne joues pas ?

Non je ne sors pas énormément. Je sors seulement quand des potes jouent dans les clubs près de chez moi. Sinon je préfère faire un petit apéro tranquille entre amis. Je passe assez de temps dans des clubs pour ne pas avoir envie de sortir à la moindre soirée. La dernière fois que je me suis vraiment motivé à sortir c’était pour voir les Casual Gabberz au Magazine à Lille et pour le coup j’ai vraiment pas regretté. C’était un bon bordel comme je les aime.

Pendant un temps, surtout dans les années 1990, les fêtes et teufs pouvaient être très politiques, tu penses que c’est encore possible en 2019 ?

Je pense que notre génération a tendance a idéaliser cette période des années 90 alors qu’on vit une époque formidable pour la techno actuellement .

« Parfois j’ai l’impression d’être un gamin qui débarque à Disney. Sauf que Mickey c’est moi et qu’il y a 100 décibels dans le club. »

Dans les années 90 comme aujourd’hui il y a eu des free party très politisées et des fêtes techno tournées vers le business et la rentabilité. Rien n’a changé à ce niveau là je pense. Ça à été comme ça pour tous les styles de musique « underground » à un moment ou un autre. J’ai donc du mal à essayer de comparer ces deux périodes.

Aujourd’hui par exemple on a de plus en plus de festivals ou de soirées éco-responsable, d’actions humanitaires et une veritable envie d’aider les autres grâce a la techno en général. À mes yeux chaque orga a sa vision des choses. Et puis pour moi, la conscience politique est quelque chose d’individuel avant d’être un phénomène de fêtes que les gens ont en commun.

Est-ce qu’il y a une forme de militantisme dans ta musique ?

Non pas vraiment. C’est avant tout un exutoire. Une musique pour se lâcher et s’amuser. J’essaie plus de transmettre des émotions que des idées au public.

Pour finir, un message à faire passer au monde de la nuit ?

Amusez vous, respectez vous, aimez vous et continuer à sortir ! On a beaucoup de chance de pouvoir s’amuser autant chaque week-end.

Emmanuelle Rouault

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