Rainer Torrado a le chic. Le chic pour poser le regard là où l’entendement même se perd avec soulagement. Le chic pour s’engouffrer avec malice, là où les corps se plient et se déplient ; là aussi où le jour plie, pour laisser à la nuit le loisir de planter ses griffes dans le coeur de la vie. Rainer Torrado a le chic pour redonner au plaisir le goût qui lui va, au plaisir l’intensité qui rend coi, au plaisir le sens du n’importe quoi. Mais pas n’importe quel n’importe quoi. Le n’importe quoi qui donne vie. Le n’importe quoi qui réveille. Le n’importe quoi qui rend fou. Jusqu’à l’insomnie. Le délicieux et si jouissif plaisir du n’importe quoi. L’intensité. Ce qu’à tâtons, on cherche avec fureur dans la nuit.

On envoie donc jamais au hasard un photographe comme Rainer Torrado pour couvrir une soirée, n’importe quelle soirée. On l’envoie là où on sait, qu’il saura mettre le doigt, sur ce que l’on ne voit pas. Là ? À la Scorpio #3 par exemple qui déboussolait quelques centaines de teuffeurs, samedi 1er décembre dernier. Rave party des temps modernes responsable et solidaire, à laquelle on se fait inviter via bouche à oreille, la Scorpio ne sévit qu’une fois par an. Pour plus d’unicité, pour qu’on s’en souvienne et qu’on se chuchote, d’une bouche à l’oreille : « vivement l’année prochaine ». Une seule fois par an, pour plus de plaisir surtout, pour pouvoir tout donner au moment T, jouer sa vie pour la nuit et reconnaître de l’acte de fête la nécessité. Se laisser aller, le temps de quelques heures, se vider entièrement, et ressentir comme si l’on n’avait jamais rien ressenti d’une vie. Ouf !