Les Nuits Sauvages

Pourquoi vas-tu tomber la camisole de force vendredi 17 janvier à la folie ? – Heeboo
Allan Tannebaum

Pourquoi vas-tu tomber la camisole de force vendredi 17 janvier à la folie ?

Janvier 15, 2020

Allan Tannebaum

Chez Heeboo, vous le savez, on aime le beau bizarre, la rencontre des planètes et autres joyeusetés nocturnes qui mettent tout le monde à l’aise. Alors on ne pouvait que célébrer la première édition d’une nuit Beweird, média tout frais sur le marché des soirées parisiennes.

« Beweird c’est un webzine qui veut casser les codes, les genres et les règles », un peu comme nous, pas pour rien qu’on a voulu partir à la rencontre de notre nouveau cousin éloigné (plutôt sexy). Beweird est aussi et surtout un grand weirdo qui parle à tous les petits weirdos qui se cachent en tout un chacun. Leur première teuf, on la soutient, et c’est vendredi 17 janvier 2020 au spot de la folie, à la Villette. Une Orgie Cosmique comme il se doit, une porte des étoiles à franchir comme tu es, un peu comme chez Macdo. On a donc posé quelques questions aux trois pilotes de ce vaisseau fou ; Elodie la rédac’ chef, Soraya et Malaika les deux co-présidentes. Elles nous ont répondu exactement comme elles gèrent leur média : avec de la bienveillance, de l’euphorie et beaucoup de love.

Elodie Vitalis, rédactrice en chef
Crédits : Iheb / @viewthefinder

Beweird pour vous c’est arrivé comment, quand, pourquoi ?

Soraya : En 2019, Malaïka m’a demandée de m’associer avec elle sur un projet un peu fou, celui de créer une agence digitale, de laquelle découlerai un média et des events. C’était en Mai 2019 et j’ai dit oui. Notre leitmotiv :  la tolérance. Mais malgré l’ouverture d’esprit, tout est rangé dans des cases, chacun dans son coin. Beweird c’est échanger ensemble, sans tabous, dans le respect, le tout saupoudré de musique électronique.

Malaika : J’ai démissionné en Janvier 2019 d’un gros cabinet de conseil où j’étais en passe de devenir actionnaire après qu’une pierre apparente de mon appart ait failli m’assommer. C’est un peu cliché mais j’avais marre d’être la seule avec des cheveux rose fuchsia et des uptempo parmi les mecs tout le temps en costume. Du coup je me suis lancée un défi à moi-même de monter une agence qui me ressemble. Et Beweird est né. 

Elodie : En mars dernier, j’étais en vacances en Guadeloupe (d’où je suis originaire) quand Malaika a commenté l’une de mes stories car elle vient aussi de là-bas. Comme on ne se connaissait pas beaucoup à l’époque, on en a profité pour échanger un peu par messages jusqu’à ce qu’elle finisse par me demander si je ne connaissais pas des rédacteurs freelance pour un projet. Je lui ai tout simplement répondu Bah oui, moi ! J’ai eu un blog pendant longtemps et j’ai écrit pour Mixmag France : je suis ta femme !. Et naturellement, à force d’implication je suis devenue rédactrice-en-chef.

Pourquoi ce nom d’ailleurs ? C’est venu comment ?

Soraya : Je laisse la Boss répondre à ces questions. La seule chose que je peux dire concernant ce petit nom c’est que dès que je l’ai entendu je l’ai aimé. C’est tellement elle, nous, les autres. On est tous un peu weird non ?

Malaika : Au départ, je voulais un nom qui exprime à la fois la mixité et la neutralité de notre message tout en défendant la communauté LGBTQI+. Et on hésitait entre “nogender” et “genderfuck”. Et puis un soir en parlant avec un de mes meilleurs potes hétéros ( oui j’en ai encore un peu), il m’a dit “meuf tu es tellement weird, soit toi-même et ça ira. Et je lui ai répondu “Beweird” quoi !

Ça signifie quoi “mettre en avant la différence” en 2020 ?

Soraya : C’est être soi-même, peu importe ce que les autres te diront (car c’est les autres qui te font te sentir différent ou non). S’affranchir du moule sociétal, qui répond à une norme bien précise pour que les hommes et les femmes restent à leur place. Si tout le monde diffuse de la différence, ça chamboule. Et pourtant en 2020 la différence commence à se faire un nid douillet (doucement mais surement). En s’assumant sur ses choix de vie, sa sexualité…

Malaika : Alors au risque d’en choquer plus d’un, en 2020 la différence est encore tabou dans toutes les sphères de la société et partout. On a du mal à accepter ceux qui sont différents par leur mode de vie, leur genre, leur couleur de peau, leur sexualité, leur milieu social, leur handicap, leur bizarrerie. En 2020, les femmes ne peuvent pas exercer certains métiers car elles sont des femmes. En 2020, dans certaines sociétés françaises la tenue vestimentaire et l’absence de tatouage ou piercings prévaut sur la compétence. En 2020, on ne peut toujours pas tenir la main de qui on veut même dans les rues parisiennes. Et chez Beweird on veut donner la parole à toutes ses personnes tout simplement. 

Elodie : On peut avoir l’impression que le sujet est vieux, que c’est bon, on a compris qu’il fallait s’aimer les uns les autres malgré nos différences. Et pourtant dans les faits, on se rend compte qu’on en est encore loin. Et ça va bien plus loin qu’une histoire de couleur de peau aujourd’hui. C’est aussi accepter le handicap, la situation financière, la sexualité ou les choix de vie de l’autre. Alors sur Beweird, “mettre en avant la différence” c’est faire de la pédagogie et montrer qu’il y a plein de modes de vie à la fois respectueux des autres, innovants, inspirants, durables mais aussi hyper cool qui existent et qu’on peut tout à fait tous cohabiter.

Malaika, présidente – directrice générale
Crédits : Renaud Konopnicki

C’est votre première soirée ? Pourquoi un média organise une soirée ?

Soraya : Yes c’est notre première soirée à nous ! On avait envie de rallier nos lecteurs le temps d’une nuit, avec notre équipe (les Weirdos). Le média Beweird est composé d’une team électronique. Et justement quoi de mieux pour changer la donne d’une lecture au travers d’un écran que de se déhancher tous ensemble avec une sélection nouvelle d’artistes DJs. Faire la fête autrement en étant dans une expérience immersive et participative.

Malaika : C’est une très bonne question. Un média c’est une tribune d’expression et la musique c’est un vecteur d’expression et d’émotions. On est une équipe de passionnées de musique électronique, il y a du talent et des diamants dans cette équipe. Donc forcément à un moment comme le média nous avons eu envie d’exposer notre vision de la fête. Et si on faisait la fête un peu différemment ?

Pourquoi ce lieu, à la folie ?

Soraya : Ce lieu est weird, il est passé par pleins d’acteurs différents… on se souvient tous du Quick de notre enfance. Et maintenant c’est un endroit qui rassemble en fonction des heures du jour et de la nuit tous les parisiens. Les familles, les jeunes adultes… Tout le monde. C’est la taille parfaite pour faire la fête en croisant le plus de personnes sans se sentir perdu. 

Malaika : A la folie, est un lieu que nous respectons beaucoup par son empreinte dans la nuit queer parisienne. Donc c’était naturel pour nous de commencer dans un lieu que nous affectionnons beaucoup.

C’est quoi l’univers musical de Beweird ?

Soraya : La musique électronique, éclectique dans son style (progressive, minimal, techno, deep…)

Malaika : Franchement on aime beaucoup de choses, ça va de l’indie à la techno.

C’est quoi votre expérience de teuf à chacun ? Votre façon de voir la teuf ?

Soraya : Mon expérience de la teuf c’est le partage. Se sentir dans une même vibes et vibrer avec les personnes qui t’entourent sur une musique, c’est assez fort. C’est inexplicable car tu le vis sur l’instant avec tes potes, amis et inconnus. Je vois la teuf comme une enclave où tout le monde s’affranchit de ses codes pour être là au présent. 

Malaika : Je suis la meuf qu’arrive en soirée, balance son t-shirt et danse jusqu’à la fin sans boire, ni se droguer et partage sa bouteille avec ceux qui en ont besoin. Aussi bizarre que cela puisse paraître, j’existe vraiment. Je voyage beaucoup et j’aime beaucoup faire la teuf en Allemagne ou en Belgique. Pourquoi ? L’absence de jugement et la bienveillance. 

Elodie : La teuf c’est devenu presque sacré pour moi. Avant quand je sortais, j’allais à telle soirée uniquement pour le line-up. Je venais, je savais à quelle heure jouait tel ou tel artiste et il fallait que je sois tout devant du début à la fin pour écouter, danser et chercher des tracks IDs. Maintenant je ne sors plus, je fais la teuf. La musique est bien sur toujours primordiale mais c’est devenu un tout : la musique, le lieu, l’ambiance, le public, les activités proposées, l’univers. Une teuf c’est un moment de partage où je me sens libre, où je suis moi-même, où je peux connecter avec d’autres personnes. Je privilégie les soirées queer et inclusive, je danse beaucoup, je suis parfois déguisée ou en free boobs du coup ça joue sur ma confiance en moi et le rapport que je peux avoir avec mon corps. Et en ça il il y a aussi une petite part de militantisme.

Vous me raconteriez votre pire ou plus beau souvenir de teuf ?

Soraya : Je pars sur un beau souvenir de teuf (même si j’en ai beaucoup), c’est celui du Kit Kat club à Berlin lors de mon passage à la trentaine. Avant d’y aller, le choix de la tenue est primordial pour se mettre dans l’ambiance, même si une fois passé la porte d’entrée tu laisses la majorité de tes affaires au vestiaire ainsi que ton téléphone. Alors tu es là, hors du temps (cette notion disparaît totalement car rien n’indique l’heure dans les lieux), il y a pleins de salles, une piscine, des sofas, de la bonne musique, des personnes posées un peu partout habillées ou non. Tout le monde se respecte, fais ce qu’il veut sans débordement. Cette totale liberté je l’ai vraiment ressenti cette nuit là. 

Malaika : C’est assez dur car chaque teuf est différente et a ses qualités et défauts. Toutefois il y a un truc. Comment ce fait-il qu’en 2020, on ait toujours pas réduit le temps d’attente aux toilettes pour les femmes dans certaines soirées. J’ai une micro vessie donc je souffre le martyr. Et je ne parlerai pas des frotteurs et autres vigiles désagréables qui vous recalent quand vous devez mixer dans 10 minutes. 

Elodie : Je n’ai pas un souvenir qui me revient mais des trésors de flashs visuels et de sensations : ce sentiment de plénitude sur les bords du lac pendant le live de Kettenkarusell au Waking Life 2018 ; la vibe hyper chaleureuse d’un After Breakfast Club au Café Barge avec toute la salle qui danse et lève les bras en même temps à chaque transition ; la claque auditive que j’ai prise pendant la Boiler Room de Palms Trax au Dekmantel 2018 ; un rayon de soleil qui pénètre timidement par l’une des fenêtres de Péripate ; ces deux heures que j’ai passées à danser et rigoler avec une parfaite inconnue à La Station sans même qu’on échange ni-même nos prénoms…

Soraya Bengrine, directrice générale.
Crédits : Renaud Konopnicki

Votre coup de coeur musical de ce line-up ?

Soraya : Un petit coup de coeur pour Mystery Affair que j’ai pu voir au Name festival. Affaire à suivre… Trêve de plaisanterie, si ces artistes sont sur ce line-up c’est qu’ils sont tous nos coups de coeur musicaux.

Malaika : Franchement j’en ai plein et certains sont des amis donc je vais rester dans le flou artistique. 

Elodie : Difficile à dire. On a The Drifter le boss de Maeve ; j’adore Aera dont je suis le travail depuis plusieurs années mais je suis également impatiente de revoir Mystery Affair et de voir Ivory.

C’est quoi l’heure que vous préférez pendant une heure, celle que vous savourez le plus, et pourquoi ?

Soraya : Mon heure favorite c’est 6 h du matin. Mon fils dort encore, j’ai le temps d’être au calme, d’entendre les oiseaux, de voir le ciel changer de couleur… C’est aussi l’heure à laquelle je sors de soirée, comme d’un rêve. Retour à la réalité. Clap de fin.

Malaika : Je vis la nuit. Je dors entre 3 et 6 heures par nuit. J’aime 1 h du matin. Je suis née à minuit 50. C’est le moment où la teuf commence pour moi. 

Elodie : Vers 4 h, le pic de la teuf. Quand tu as bien apprivoisé le lieu et l’ambiance ; quand tu n’as plus qu’à te laisser porter par le son et que tu sais qu’il te reste encore plusieurs heures pour profiter.

C’est qui l’artiste qu’on rêverait d’inviter à une soirée mais on y croit pas trop ?

Soraya : Pachanga Boys, sait-on jamais, les rêves peuvent devenir réalité.

Malaika : PRYDA / Eric Prydz. Et oui, je suis nostalgique.

Elodie : Pas novateur mais pour le kiffe : Bicep en DJ set, John Talabot ou Mama Snake.

C’est quoi le plus grand fléau de nos temps du coup selon vous ? Le manque d’amour et le jugement ? Vous pourriez m’expliquer plus précisément ?

Soraya : Le plus grand fléau de nos temps c’est l’indifférence, l’individualisme. Ça t’enferme, te coupe des autres, en découle un manque d’amour, et sans amour on ne peut pas être bien. Le jugement c’est la facilité, la facilité de la connerie. Personne n’a le droit de juger autrui. J’essaye d’inculquer cela à mon fils au quotidien. C’est la base pour un futur plein d’amour.

Malaika : Au manque d’amour et au jugement, je rajoute l’ignorance et on a le combo parfait. Si on aimait les autres peu importe qui ils sont et d’où ils viennent, la face du monde serait totalement différente. Enfin, les gens qui ne s’aiment pas eux-mêmes ne peuvent pas aimer les autres. C’est un peu le leitmotiv de Rupaul, mais c’est la vérité. 

Barbarella

C’est qui Barbarella ?

Soraya : Je ne la connaissais pas avant cette première édition BEWEIRD. Merci aux Weirdos de compléter ma culture cinématographique.

Malaika : Bienvenue à la minute culture : Barbarella est un rôle interprété par Jane Fonda à ses débuts dans un film de science fiction un peu sexy. Je vous invite à le voir il en vaut la peine. 

C’est quoi le rêve de Beweird, à plus grande échelle ?

Soraya : De grandir, de partir à la rencontre d’autres weirdos dans le monde, faire la fête à grande échelle en découvrant des pépites artistiques.

Malaika : Oulala, comment ne pas paraître mégalo, folle et démesurée ? Je vais répondre comme Cortex, nous voulons conquérir le monde et kiffer en le faisant 🙂 

Elodie : En tant que Rédactrice-en-chef du media, ce serait de savoir que les gens qui nous lisent sont inspirés par les modes de vie alternatifs que l’on met à l’honneur ; ou qu’on leur a permis de commencer à déconstruire certaines formes de pensées ; ou qu’ils ont trouvé les ressources nécessaires pour évoluer, s’affirmer ou se sentir mieux avec leurs différences. En tant que Weirdos, que nos teufs offrent à tous à un espace de liberté et d’amusement, dans la limite du respect des autres et avec de super line-ups. 

Axel Zacharie

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