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Mixtape 113. | MATTHIEU MARTINY – Heeboo

Mixtape 113. | MATTHIEU MARTINY

Mixtapes - Juillet 23, 2019

Thibaut Rozand

Le 11 juillet dernier, c’était grande sauterie à Concrete pour Jeudi OK x Heeboo. Dans une optique d’ouverture de la scène électronique et de découverte musicale, Heeboo organisait un tremplin, sur le woodfloor de la barge, de 20 h à 22 h. On se devait de partager, avec vous, la mixtape du gagnant, Matthieu Martiny qui ouvrait sauvagement les festivités !

Y’a pas grand monde qui commence sa carrière de Dj à Concrete. Matthieu Martiny est l’un des rares chanceux à en faire partie ! Son premier set, warm-up de la teuf Jeudi OK x Heeboo, restera donc gravé dans les annales. Retour sur la mixtape qui l’a propulsée en première ligne et les débuts de, peut-être, une longue épopée musicale à venir ?!

​​Hello, comment ça va, tu fais quoi en ce moment ?

Bonjour Heeboo ! Alors j’ai 27 ans, j’habite à Paris dans le 10ème et je suis graphiste 3D au studio Illumination Mac Guff depuis cinq ans et en ce moment je taff sur « Minions 2 ». Bosser là dedans c’était un rêve gosse. Les films de Pixar m’ont obsédés pendant mon enfance, j’ai voulu voir comment c’était fabriqué, l’aspect complètement virtuel, numérique, où tu pars de rien pour arriver à des images de plus en plus dingues. Et me voilà maintenant, quelque années plus tard en plein dedans !

​​Quand est-ce que tu as commencé la musique ? Et comment ?

Et bien je crois que je répète un peu le même schéma que pour les films d’animation. Depuis que je suis à Paris (six ans maintenant) j’ai nettement redécouvert les musiques électroniques, ça me fascine, tout le côté toile d’araignée avec les différents genres et sous-genres qui se mélangent, j’ai vraiment eu besoin de voir comment c’était fait. Je me suis mis à Ableton il y a environ un peu plus d’un an, pour produire quelques sons, décortiquer des tracks dans une démarche assez didactique.

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« Il y a un mois j’étais clairement pas prêt à jouer devant des gens, mais on m’a poussé à participer et voilà ! Je ne croyais pas une seule seconde que je puisse être sélectionné, c’est hyper encourageant ! »

Et comme je passe aussi mon temps a digger des tracks et a flooder mes potes en leur envoyant des titres à longueur de journée, je me suis dit pourquoi pas en mixer pour partager ce que je trouve ! J’ai commencé à faire des mixtapes sur Ableton, mais j’ai eu envie d’un truc un peu plus immédiat, le mix sur platines s’est vite imposé.

Je me suis pris une petite DDJ-400 pas trop cher de Pioneer il y a trois mois et là, c’est clairement le coup de foudre. Deux ou trois semaines après j’avais des XDJ-700 et un DJM-450 dans mon salon !

​​Tes premières influences musicales sinon, elle viennent d’où ? T’écoutais quoi quand t’étais plus jeune ?

Alors, je n’ai pas eu une grosse éducation musicale précise, mais quand j’étais petit mon père écoutait beaucoup d’Elvis, Barry White, Joe Cocker ou de la variété française. Je pense que j’ai eu mon premier gros coup de cœur vers 10 ou 11 ans, quand ma sœur a ramené notre premier CD gravé illégalement à la maison (oups), c’était Discovery des Daft Punk, je n’avais aucune idée de qui étaient ces gars mais j’adorais, je n’avais jamais entendu des sons pareil. Ensuite, on a eu internet à la maison et là un monde s’est ouvert à moi ! J’ai écouté beaucoup de genres pendant longtemps mais j’ai toujours été ramené vite vers les musiques électroniques.

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© Alexis Bonazzi

​​Tu viens d’où au fait ? Ça a joué sur ta musique ?

Je viens du Havre à la base. J’y ai fait ma scolarité jusqu’au lycée. La vie nocturne était clairement au point mort là-bas, donc ça ne m’a pas beaucoup influencé mais ensuite j’ai fait trois ans d’études à Montpellier. J’ai commencé à découvrir la nuit et une fois arrivé à Paris en 2013 pour le taff, c’est la révélation ! Je crois que je suis arrivé en pleine explosion des musiques électroniques dans la capitale, le moment parfait. Je me balade partout, de la techno la plus indus à la house, des plus petits clubs aux gros festivals, dans les soirées hétéros comme aux soirées queers. Tout ce que j’entends en soirée m’influence énormément, j’ai l’impression de faire évoluer mes oreilles jour après jour ! Je suis d’ailleurs assez triste que Concrete ait fermé ce weekend. C’était un endroit où j’adorais aller, dans la cale sur la droite ou sur la gauche du DJ Booth pendant des heures pour voir ce que fais le ou la Dj, c’est un plutôt bon apprentissage!

Ton premier set, c’était il y a deux semaines à peine à Concrete pour la Jeudi OK x Heeboo. C’était comment ?

Inimaginable. Tu m’aurais dis, il y a deux mois, quand je venais à peine d’installer les platines chez moi : « Tu vas jouer à Concrete sur le woodfloor pendant deux heures », jamais je n’y aurais cru ! J’ai rarement été aussi excité et stressé en même temps, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. J’ai voulu faire une tracklist bien précise pour pas merder et au final j’avais prévu un truc un peu trop sombre pour un opening ensoleillé, donc j’ai complètement improvisé.

Apparemment ça c’est plutôt bien passé, les gens ont vraiment bien aimé. Je crois que j’ai mis 24 heures à réaliser que j’avais joué à Concrete. A la fin du set j’avais une sensation très étrange, comme celle d’avoir joué deux tracks pendant dix minutes, aucune idée de ce que j’ai vraiment fait, je crois que mon cerveau s’est mis en automatique pour ma propre survie haha. J’ai démarré le set avec quelques potes devant moi, j’ai eu une sorte de blackout, puis j’ai relevé la tête à la fin du set et il y avait des gens qui dansaient, c’était assez improbable ! Un grand merci à Heeboo !​​

Cette mixtape – réalisée pour le tremplin Jeudi OK x Heeboo – tu l’as conçue comment ?

Alors je l’ai faite chez moi, un dimanche de ramasse entre deux épisodes de Stranger Things. J’hésitais à aller voir Marcell Dettman À La Folie pour le closing du Peacock mais j’ai résisté. Je me suis mis aux platines et ça c’est fait tout seul, j’avais fait une playlist globale dans la semaine en piochant à droite à gauche dans ce que j’aime et j’ai juste joué avec. Je suis surtout parti avec l’idée de quelque chose de calme, sombre mais assez percutant !

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​​

Elle signifie quoi pour toi, là tout de suite maintenant ?

Oulah, beaucoup de choses je pense… Déjà, c’est une nouvelle étape pour moi psychologiquement. Car j’ai beaucoup beaucoup de mal à me dire que ce que je fais est bien. C’est un truc terrible et assez constant dans ma vie. Pour mes précédentes mixtapes c’est vraiment mon ancienne coloc (ma première fan) et mes potes qui m’ont poussés à publier sur Soundcloud.

« Quand je vois tous ces genres musicaux revenir sur le devant de la scène, se mélanger et évoluer je me dis que les musiques électroniques ont encore de longs jours devant elles. « 

Il y a un mois j’étais clairement pas prêt à jouer devant des gens, mais on m’a poussé à participer et voilà ! Je ne croyais pas une seule seconde que je puisse être sélectionné, c’est hyper encourageant ! Et c’est aussi une étape dans ma façon de mixer, après deux mois sur platines j’entends clairement une amélioration et cette mixtape est une sorte de point charnière, en la réécoutant deux semaines plus tard j’en suis plutôt fier (chose assez rare haha), donc j’espère que je vais encore continuer à apprendre et à m’améliorer.

​​Si tu devais lui donner un titre ?

Aucune idée ! Je vais prendre une page aléatoire dans Wikipedia… et… je l’appellerais… « 14e Match des étoiles de la Ligue nationale de hockey ».

​​Un mot sur un des tracks qui y figure, que tu aimes tout particulièrement ?

Je les aime tous tellement ! Je dirais Surrender, de Curses, remixé par Djedjotronic. Curses est vraiment une de mes grandes révélations de ces deux dernières années, si vous pouvez le voir en Live comme en Dj-Set foncez, ce mec est incroyable ! Je trouve qu’il fait parti de ce revival de la new wave et de l’EBM auquel on peut assister en ce moment, ça a d’ailleurs beaucoup influencé la tracklist de ma mixtape pour Heeboo. Quand je vois tous ces genres musicaux revenir sur le devant de la scène, se mélanger et évoluer je me dis que les musiques électroniques ont encore de longs jours devant elles.

Emmanuelle Rouault

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