Solides, ou deux meufs en béton qui repoussent les barrières du live ? Plutôt « oui » ! Et on en a vu des installations, des lives où les visuels prenaient tout leur sens sur la musique, des scènes où les artistes visuels, appelés communément vj, avaient une place consacrée, mais alors un projet où les deux se complètent, et font partie intégrante l’un de l’autre, c’est une première. Solides, c’est de l’électro à tendance acid et des visuels envoûtants, une espèce de « synergie entre les yeux et les oreilles », une montée dont on redescend pas toujours…

Vendredi, elles ébouillanteront la scène du Petit Bain à l’occasion d’une des soirées les plus colorées du moment, la Kindergarten #04, pour une édition spéciale VJ. Audacieux ! En attendant de se laisser hypnotiser, rencontre avec Marianne et Cassie, aka deux électrons libres et très (très) prometteurs du moment.

solides photo

Solides, comment vous en êtes venues à la musique ?

Marianne : Moi j’ai commencé la guitare à 9 ans. Il s’est passé vraiment beaucoup de choses avant d’en arriver au live electro, je vais pas m’étendre mais voici quelques mots clés qui résument mon parcours, dans l’ordre : Garageband, reprise de Green Day, groupe de grunge, groupe de folk psyché, reprises de Radiohead, Logic Pro, conservatoire de violon, fac de musicologie, reprise d’Alizée, choeur, ethnomusicologie, conservatoire d’informatique musicale, reprise d’Emile et Image, notation médiévale, djing deep house, productions électro, premier EP, djing techno et acid, deuxième EP, achat de machines analogiques et enfin LIVE ELECTRO avec SOLIDES.

Cassie : En fait dans SOLIDES on est deux meufs derrière nos instrus / controleurs à jouer en live, beaucoup de gens croient qu’on est deux à faire du son. Notre duo c’est la rencontre de Calling Marian et Cassie Raptor, l’une productrice, l’autre Vj. Du coup Marianne c’est la caution son et je suis la caution visuelle.

Comment vous en êtes venues à travailler ensemble ?

Cassie : J’étais à une soirée à La Java y a trois ans, je dansais et je kiffais trop le son. J’ai voulu savoir qui jouait. C’était Marianne. Je l’ai contactée plus tard sur facebook et quand je suis descendue à Lyon on s’est vues et on a bu des bières.

wet for me cassie

Marie Rouge

Marianne : Ah oui c’est vrai ! On a accroché direct graphi/musicalement, même si ça a pris un peu de temps avant que le projet se concrétise. Et puis finalement on s’est lancées quand j’ai bougé à Paris, ça a été tout de suite concluant.

Qu’est ce que Solides propose, visuellement et musicalement, que d’autres groupes ne proposent pas en live ?

Marianne : On propose une synergie entre les yeux et les oreilles, et puis une énergie un peu novatrice. Une « scénergie » quoi.

Cassie : La musique sans visus, pour nous, c’est comme un Coulommiers sans pain. Je sais pas vous, mais nous on le conçoit pas.

Pourquoi ce(s) choix visuel(s) ?

Marianne : Je pense que Cassie sera plus à même de répondre, ça relève plutôt de ses choix esthétiques, même si elle me demande toujours mon avis sur les visus et les créas, donc je suis en quelque sorte consultante de l’aspect vidéo de notre projet, mais Cassie c’est la cheffe des images. Je dirais qu’il y a beaucoup de couleurs, de formes géométriques, qui collent par essence avec la musique orientée acid que je produis.

Cassie : J’aime bien alterner visuels abstraits et iconographiques, jouer avec le regard des gens. Les laisser planer sur le son de Marianne en les accompagnant de visuels géométriques aux couleurs puissantes, et les ancrer à nouveaux dans le présent en ramenant leur esprit avec des visuels iconographiques. Je sais pas si ça fonctionne toujours mais j’aime réfléchir aux sensations que ces combinaisons peuvent créer dans la construction de mes vidéos et de mon live.

Pourquoi SOLIDES ?

Marianne : Je crois qu’on voulait quelque chose de fort, dire “on est des zouz mais on est tough, on vous dégomme, vous allez pas vous en remettre”. Solides, c’est notre définition en fait. On est des meufs en béton.

Cassie : « Rien n’est vraiment calé à l’avance, le moment où l’on fusionne, c’est sur scène, en live »

Cassie : Je me rappelle du jour où on a confronté nos listes de noms potentiels, et que je lui ai dit : “Alors mon premier choix c’est Solides “, et qu’elle m’a répondu :“ Moi aussi ! ”. Tout est dit.

Une journée de répétition ou d’enregistrement, chez Solides, ça ressemble à quoi ?

Marianne : Il y a toujours du café et du cannabis je crois, souvent du MyTea pêche aussi. On fait des tests, des envolées, de l’impro, et puis on se dit “ce passage était cool, ceci collait bien avec cela”, etc. Le vidéoprojecteur et les enceintes sont indispensables, on se met dans le noir, on s’immerge dans le truc nous-même avant de pouvoir inviter les autres.

Cassie : Haha c’est bien résumé. En fait nos répètes sont un peu asynchrones, au premier filage Marianne se lance toujours dans une impro de dingue, à ce moment-là moi je suis en train de tester et retravailler des visus pour que ça matche bien avec ses sons. Et quand je suis prête, qu’on se refait un filage là elle part dans tous les sens ! Rien n’est vraiment calé à l’avance, le moment où l’on fusionne, c’est sur scène, en live.

C’est quoi vos parcours de vie en dehors de la musique ?

Marianne : Alors de mon coté, j’ai mon projet solo, Calling Marian. C’est ce qui me prend le plus de temps et le plus de travail, j’essaie de produire des sons construits et finis, d’avoir une attitude responsable et ambitieuse. Tandis que Solides, c’est plus la liberté, le hobby amical, la récré artistique un peu. C’est aussi un moment de créativité pure, et les deux projets s’enrichissent mutuellement. Sinon j’ai grandi à Montpellier puis j’ai vécu à Lyon, je regarde « Faites entrer l’accusé » pour dormir et j’aime pas les gens qui touchent leurs dent avec la fourchette.

Marianne : « La Kinder est une péninsule d’originalité et de créativité dans la grande mer LGBT »

Cassie : Une enfance à La Gaude, petit village de campagne de la région PACA au nom évocateur, socialement, un super atout, puis Paris sans transition. Des études dans les arts appliqués et la création visuelle et très vite une grosse envie de ne pas me conformer dans des boulots trop corpo. C’était une nécessité d’avoir un espace de création totalement libre. Du coup j’ai plaqué pas mal de choses pour m’adonner sans réserve à la vidéo artistique, et bosser avec des artistes musiciens / djs. Ces choix font qu’aujourd’hui concrètement je vis d’amour et d’eau fraîche haha mais je m’éclate !

Vous jouez pour la Kindergarten vendredi, c’est quoi votre rapport à ce collectif ?

calling marian

Jean Ranobrac

Marianne : C’est nos besties. On adore la Kinder, c’est tellement festif et chill en même temps ! On est super heureuses d’y jouer, c’est une péninsule d’originalité et de créativité dans la grande mer LGBT. Perso je suis à chaque fois choquée par la grande qualité des perfs et des tenues.

Cassie : Beaucoup d’amour à la Kinder. Tout le monde joue le jeu et redouble de créativité, on est transportés dans un autre monde l’espace d’une nuit. J’ai vraiment hâte de faire ce voyage vendredi.

Vous jouez pas mal dans le milieu LGBTQI+ et surtout queer, qu’est ce que ce milieu vous apporte que les milieux dits plus straight vous apporte moins ?

Marianne : Jouer dans le milieu, c’est QLF, c’est nos bros et nos sis, notre crew, bref notre communauté. On trouve ça fun, beau, coloré. Même les soirées dark sont pleines de couleurs. Il y a plus souvent une énergie bienveillante et tolérante dans ces soirées, les gens sont tellement là pour danser que ça me donne des papillons.

Cassie : C’est un milieu safe, qui transcende les codes, où la nuit venue chaque personnalité est encouragée à se révéler. Ça donne des mélanges de looks et de danses juste incroyables. Je n’ai jamais senti une énergie aussi forte ailleurs. Ça m’électrise !

Any anecdote ?

Marianne : J’ai commencé à jouer en live avec Solides, avant j’osais pas me lancer. Je me souviens avoir eu le coeur qui battait si fort quand on a fait la première répète quand j’ai lâché le premier drop, c’était une sensation dingue.

Cassie : Ce moment sur scène où on s’échange un regard de pur kiff, le public kiffe, nous on kiffe, tous ensemble, c’est ma définition du bonheur.

Vous rêvez de quoi pour la suite, pour Solides ?

Marianne : Moi je rêve de voir plus de configs “totales” et atypiques autour de nous, et surtout plus de meufs. J’espère que, quand on joue, on inspire des petites zouz, qu’elles se disent “wahou, si elles y arrivent c’est sans doute à ma portée”. Je rêve que Solides puisse représenter une forme d’empowerment. GO GIRLS !!

Cassie : À force de bosser ensemble on s’est chacune transmis le virus de nos passions respectives, je rêve qu’un jour on soit à quatre mains à la fois sur le son et la vidéo, tout mélangé.