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Krampf : « Je pense que j’ai l’air jeune et bête, ça aide un peu les gens à faire des compliments » – Heeboo

Krampf : « Je pense que j’ai l’air jeune et bête, ça aide un peu les gens à faire des compliments »

Interview Nuit - Avril 18, 2019

Krampf, c’est le p’tit gars que tu croises en soirée, souvent derrière le deck, qu’il mixe ou qu’il soit là pour soutenir les potes. Krampf, tu le reconnais toujours à la coupe de cheveux qui transite au rythme du temps qui passe, à la banane sur son visage, et à son air concentré, qu’il envoie de la grosse hardcore depuis la scène, ou qu’il se lance en folie sur le set d’un des membres de sa team. AMS, la famille, les enfants de la hardcore windows media, les p’tits poètes au coeur sensible et à la vibe radicale comme un coup de sang.

C’est d’abord dans l’entourage de la team Casual Gabberz qu’on découvre Lucien Krampf sous le spotlight, avec sa gueule d’ange, ses survets d’un autre temps et ses faux airs de punkach de la téci.  À l’époque, on l’apprécie déjà, même de loin, juste un feeling, un bon feeling, une sympathie qui nous vient, comme un enfant dont on dirait « mon fils, il ira loin ».

Contacté par CG, pour, très concrètement, « faire de la techno » avec eux, il sort l’un de ses premiers morceaux coups de poing Sorry, sur la compile Inutile de Fuir vol. 1, début 2017. On aime, on approuve la force de ce « nouveau » mouvement de l’époque de sang mêlé, la hardcore sort des tekos, s’installe à l’arrière de la merko toute pétée, et les poèmes s’écrivent au rythme des riddims qui se répètent et des bpm qui s’accélèrent.

Musique générationnelle et sans filtre pour sentimentalité Internet à fleur de peau. Son nouvel EP, What Is A DJ If He Can’t Care, sort sur le label allemand Live From Earth, et c’est une petite bombe.  Avant la belle release party de demain vendredi 19 avril à la Java, Live From Earth Klub où l’on retrouvera également Paul Seul et Dj Gigola, rencontre avec Lucien Krampf, sans filtre et le kick bien pendu.

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Krampf, t’es un peu vu comme le chien fou de la team élargie Casual Gabberz mais pour autant  t’en fais officiellement pas partie, comment tu les as connus et qu’est ce qu’ils représentent pour toi ?

C’est une association Loi 1901 comme les autres. Je suis venu les aider à faire de la techno et on fait de la techno tous ensemble. Venez faire de la techno avec nous ! 
Plus sérieusement, Paul Seul m’a écrit pour leur première expo en 2014, il voulait que je vienne jouer du Araab Muzik et du rap qui samplait du hardcore, je suis venu avec tous mes morceaux préférés mais il n’est jamais arrivé au club. Du coup je suis parti mais on s’est revus pas longtemps après ! Depuis c’est mes copains, et on fait de la techno. Venez ! 

Tu viens d’où ? En quoi la ville ou la région dans laquelle tu as grandi a joué et joue encore sur ta musique ?

Je suis né et j’ai grandi à Paris. Impossible d’avoir des grands apparts, des garages de pavillons ou des trucs du genre vu l’état de l’immobilier. Du coup on fait tous de la musique d’ordinateur, ça prend moins de place et ça fait moins de bruit. Théoriquement. 

Il vient d’où ce nom, Krampf ? Si tu devais en changer là, tu prendrais quoi ?

J’avais 14 ans, quelqu’un avait tort sur Internet, il fallait que je m’inscrive sur le forum pour remédier à ça et j’ai écorché le nom du héros de la chanson de Ludwig Von 88 que j’écoutais à ce moment. C’est nul non ? Sinon j’ai toujours été jaloux du nom de Dj Iso Cache Ta Go. Jamais osé aller le voir jouer du coup … Trop peur de devoir cacher ma go…

« On fait tous de la musique d’ordinateur, ça prend moins de place et ça fait moins de bruit » © Kevin El Amrani

Tu te souviens de tes toutes premières fêtes ?

J’ai des souvenirs hyper flous de cette période. Je crois que ça devait être un jeudi au Social Club, DJ Slow b2b Brodinski. Je me rappelle juste que j’avais le même Tee Shirt de Future que DJ Slow, que Brodinski faisait des backspins hyper rapides comme un bruit de laser, et que j’étais beaucoup trop amoureux de la fille qui m’accompagnait pour m’amuser. 

Si tu devais retenir une seule chose, un seul sentiment de cette époque ?

Plus globalement j’étais beaucoup trop impressionné par le décorum pour avoir l’impression de faire la fête, mes premières sorties étaient plus des genre de concerts la nuit. J’étais quasi straight edge, plus par économie que par conviction, j’arrivais à 23 h tout seul car mes potes s’en foutaient un peu, je me calais là où le son était le plus fort et je repartais à 6 h. Zéro fun ! Mais c’était bien pour écouter la musique. L’aspect plus rigolo est arrivé après, une fois que le fait d’être un peu DJ avait rendu ces lieux là moins effrayants, et les avait parsemés de copains.

Qu’est ce qui à l’époque, aurait pu tout gâcher ?

Si j’avais eu de l’argent. J’aurais acheté plein de drogue c’est sûr. Et j’aurais pu prendre des taxis pour rentrer avant 6 h et louper plein de closings magnifiques.

Tu écoutais quoi comme musique quand t’as commencé à sortir ?

Du rap français et américain, de manière obsessionnelle et un peu encyclopédique. 

Tu as changé ta manière d’écouter et percevoir la musique depuis que tu en fais ?

J’ai toujours fait de la musique pour essayer de comprendre et de mieux ressentir celle que j’écoutais, donc je crois que ça fait partie d’un même grand processus d’analyse et d’appréciation !

Tu te souviens de la toute première fois où tu as joué devant des gens ? 

Ce qui est bien avec cette question c’est que ça évacue les 20 premières fois où j’ai joué mais devant personne. La première fois un peu sérieuse ça devait être au Social (et oui encore !), et je me rappelle que je m’étais ramené avec le controller DJ berhinger énorme et un laptop qu’on m’avait prêté. Je ne savais pas me servir d’un touchpad donc j’avais même ramené une souris de bureau volé à mon père et j’avais mis mes cours de maths sur les CDJ pour faire le tapis. Grosse compet de nerdisme ! Mais j’avais adoré jouer Rip Groove dans le rouge avec des gens qui dansaient partout.

T’es super jeune mais quand même, tu penses avoir changé, personnellement, depuis tes tout débuts ?

Je ne suis plus jeune, mettons fin à l’escroquerie. J’ai bientôt 24 ans, c’est un âge adulte ça y’est là je crois. J’essaie de m’abrutir de choses à accomplir pour ne pas trop avoir à penser à ce genre de trucs sinon, ça me fait paniquer. 
J’ai arrêté de me servir du crossfader sur la DJM. C’est déjà énorme non ? 

On te voit aussi comme le petit prodige, le compositeur de la hardcore, t’en penses quoi ? 

Je pense que j’ai l’air jeune et bête, ça aide un peu les gens à faire des compliments. Si j’étais un prodige j’aurais sorti beaucoup plus de bons morceaux malheureusement. A part le remix de Dja Dja les autres sont pas oufs. Mais peut-être que les gens me trouvent sympa donc ça se trouve ça suffit en 2019 ! 

Beaucoup de gens critiquent cette musique jugée trop facile non ?

Jamais entendu quelqu’un dire que le hardcore était trop facile sinon, j’ai de la chance. Factuellement vu que ça va très vite il y’a plus de notes, donc je dirais plutôt que c’est très dur ! 

« J’arrivais à 23 h tout seul car mes potes s’en foutaient un peu, je me calais là où le son était le plus fort et je repartais à 6 h. Zéro fun. »

C’est quoi qui te rend heureux quand tu joues ?

Quand on me laisse avoir le bouton pour la fumée et le stroboscope. 

Tu as des rituels avant de jouer ?

Stresser à mort et ramper comme Splinter Cell pour mettre ma clé USB sans que la ou le DJ d’avant s’en aperçoive.

Tu te sens comment sur scène ?

Investi par la mission de la danse et du divertissement.

Et après ton set ?

Si j’ai été bon en DJ, très bien. Si j’ai pas très bon, pas très bien. 
Facile.

Y’a des inconvénients dans le fait de faire partie du monde de la nuit ?

J’ai pas vraiment l’impression de faire partie d’un monde différent de celui de mes amis qui ont un travail “normal”. Toute mon activité, faire de la musique, télécharger des logiciels, oublier de répondre à des mails, ça se passe en horaire de bureau classique. J’adore me lever hyper tôt le matin donc on va dire que l’inconvénient ça serait plus ne pas vraiment dormir. Best of both worlds. 

Tu sors beaucoup, quand tu ne joues pas ?

Je n’ai aucune mémoire à moyen terme donc je sais pas trop. Là c’était l’hiver donc je sais que je suis pas trop sorti de chez moi mais je pense que cet été je vais essayer de faire la fête si il fait beau. 

Pourquoi les gens sortent autant, d’après toi ?

Pour écouter de la musique très fort. C’est pratique. Chez soi c’est un peu compliqué.

Pendant un temps, surtout dans les années 1990, les fêtes et teufs pouvaient être très politiques, tu penses que c’est encore possible en 2019 ? Pourquoi, comment ?

Bien sûr. Je vois plein d’orgas dont la manière de travailler est éminemment politique. Je pense au travail de Simon à la Parkingstone ou plus simplement à des événements comme la Journée de la Teuf. 

Ton militantisme dans la fête, il se situe quelque part, où ? 

Essayer de ne pas laisser les considérations financières prendre le pas sur celles artistiques et humaines. Ca peut paraitre bateau mais c’est déjà beaucoup. Bien payer les gens qui travaillent étant évidemment une considération humaine. 

Pour finir, un message à faire passer au monde de la nuit ?

Bisous.

Adeline Journet

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