Les Nuits Sauvages

Daniel Wang: « Le club, ce n’est pas mon travail, c’est ma vie ! Je veux continuer de danser jusqu’à mes 90 ans ! » – Heeboo

Daniel Wang: « Le club, ce n’est pas mon travail, c’est ma vie ! Je veux continuer de danser jusqu’à mes 90 ans ! »

Interview Nuit - Septembre 26, 2019

Le groove dans la peau. Tu l’as ou tu l’as pas. Une question de vibration, de vibe, et de feeling. Le feeling, l’amour de l’ébranlement au contact du son, le dj et producteur Daniel Wang l’a depuis son plus jeune âge. Entre disco solaire et pop à bonbon, house charnelle et danse vénérienne, Daniel Wang illumine les clubs mondiaux, depuis ses platines, derrière lequel le feu naît, pour de vrai. Pas pour rien que le collectif Belleville Boogie l’a invité à venir consumer la piste de La Java, samedi 28 septembre, au côté d’Ed Isar et des résidents en titre.

À J-2 du grand Belleville Boogie boogie, Daniel Wang revient sur son parcours de club, juste pour nous. De ses premières sorties pas très légales à Taïwan en passant par ses premiers pas en Californie, jusqu’à son déménagement à Berlin, Daniel Wang s’affirme fidèle à sa génération, en demande d’excitation, de mouvement, de changement, et d’un soleil vibrant sur dancefloor coloré. Y’a pas que la techno dans la vie, et surtout à Berlin ! Ha non ? La preuve en est avec Daniel Wang, multicolore, cosmique et chaud comme un radiateur d’hiver ! Rencontre.

Hello Daniel, comment ça va ? Quoi de neuf ?

Bonjour ! Hello ! Hmm, hier un magazine en ligne, Electronic Beats, basé à ici à Berlin, a posté une vidéo de moi qui parle de mes faces B préférées de vinyles. Du coup j’ai passé la journée à répondre aux messages et aux commentaires des gens. C’était un peu terrifiant, j’avais oublié comme il était difficile de recevoir l’attention des gens.

Bonjour! Hello!  Hmm, yesterday a website/ magazine called Electronic Beats which is based here in Berlin uploaded a video of me talking about my favourite vinyl B sides, so I spent all day replying to people’s messages and comments.  It was a bit terrifying – I keep forgetting how exhausting it can be to receive public attention.

Pourquoi avoir gardé ton propre nom quand tu as commencé à jouer, et ne pas avoir pris un alias ?

Parce que j’ai toujours senti, et depuis le début, qu’être DJ, évoluer dans le monde de la musique, me correspondait vraiment. Que ce soit bizarre, naïf, intelligent ou élégant, je suis une vraie personne, pas un produit commercial. Puis je suis assez sensibilisé au fait d’être asiatique / chinois, et c’est quelque chose que je n’ai jamais voulu cacher.


Because I always felt that this DJ and dance thing was the real me.  Whether awkward, naive, clever or polished.. it’s a real person, not a commercial product.  And I am well aware that I’m Chinese/ asiatic and I never wanted to hide that fact either.

Et si on te demandait d’en changer là tout de suite maintenant, de trouver un nouveau nom, tu choisirais lequel ?

Je crois que je m’approprierais un nom japonais pour moi-même, j’ai voyagé là-bas, tous les ans depuis déjà 20 ans maintenant, et mon coeur mais aussi ma carrière de dj, ont plus leur place là-bas qu’en Chine. Daniel Watanabe peut-être ?

I’d invent a Japanese name for myself, because I’ve been traveling there every year for over 20 years now, and my heart and my DJ career are more often in Japan than in China.  « Daniel Watanabe » maybe?

Tu te souviens de ta toute première teuf ?

Oh oui, j’ai pas mal de souvenirs différents de cette époque. J’ai vécu à Taipei entre 1976 et 1984. Quand j’avais 13 ans, j’ai été dans une boîte illégale avec deux filles avec qui je m’entendais bien, elles étaient plus vieilles. J’avais une coupe de cheveux super chère Vidal Sassoon, je portais des vêtements très new wave et sur la piste de danse t’avais un motif damier noir et blanc, avec des lights bleues et rouges. Niveau musique, c’était des trucs comme Freeez, Hazell Dean, Miguel Brown, des hits qui venaient de sortir à l’époque. Tout était parfait, hormis le fait que tout le monde fumait. J’imagine que c’est à cette époque là que mon amour des clubs est né.

Oh, I have very distinctive memories of that.  I was living in Taipei from 1976 to 1984.  At the age of 13, I went to an illegal discotheque with 2 cool girls from my school who were one year older.  I had gotten my first expensive Vidal Sassoon haircut, I was wearing some New Wave fashions, the dancefloor had a smooth black & white checkerboard pattern with intense red and blue lights.  The music was Freeez, Hazell Dean, Miguel Brown – brand new tunes at that time.   Everything felt just right, except for the fact that everyone was smoking cigarettes, and I didn’t want to conform to that.  I guess I became a discotheque lover from that moment and on…

C’est quoi le truc qui t’a marqué le plus cette nuit là ?

Le son, parfaitement limpide. Ce club avait un très bon système son. La DJ était une fille anonyme à ma connaissance, de Taïwan, mais elle était très créative ; elle mixait des tubes des années 1980 et de New Wave comme Flaco ou Madonna, avec de la pop très swing, genre Karma Chameleon de Culture Club avec Sweet Sweet Smile de Karen Carpenter. Je me souviens bien le sentiment que j’avais en entendant ces morceaux incroyables s’enchaîner.

I remember the crystal clear sound.  That club had very good acoustics and equipment.  The dj was some anonymous Taiwanese woman, but she was creative, so besides the 1980s and New Wave hits like Falco and Madonna, she mixed together two tunes with a country western swing beat: Culture Club « Karma Chameleon » with Karen Carpenter « Sweet Sweet Smile ».  I still remember being overwhelmed by how good those records sounded.

C’était quoi à l’époque qui te poussait à sortir en club ?

J’étais à Taipei, et je ne sais pas, j’avais toujours adoré la musique, puis danser, donc je ne peux pas bien expliquer pourquoi je ne suis pas plutôt devenu surfeur ou joueur de foot. Même enfant, dans les années 79/79, je passais mon temps devant les émissions américaines de danse, et j’essayais de faire pareil, je me sentais même un peu étrange parfois, car c’était des mouvements de danse d’adulte, et ça me faisait un peu honte parfois quand je me regardais faire dans le miroir. La danse peut être quelque chose de très connotée sexuellement et bien évidemment, certains mouvements pouvaient paraître bizarre sur un enfant de 9 ou 10 ans…

Well, I was in Taipei at that time!  I simply always loved music and dancing – and I still can’t really explain why I didn’t become a surfer or football player instead – even as a child in 1978-1979 I was watching the American TV show Dance Fever and imitating the moves, feeling sometimes ashamed at how adult or how strange the movements looked in the mirror.  Dance of course can be related to sexuality, not necessarily, but some gestures definitely would not seem natural to a child at age 9 or 10…

C’était le truc un peu sombre, qui à l’époque, aurait pu tout gâcher ?

Je ne me souviens pas vraiment d’un côté sombre ou de quoi que ce soit de dangereux. Ma famille a quitté Taipei pour San Jose, en Californie, et j’ai continué d’aller dans des teufs illégales. Mais là c’était dans la banlieue de San José, on était en 1986/1987. Je n’avais jamais même entendu parler de drogues comme la cocaïne our l’ecstasy. Au pire des cas, un amis buvait un peu trop et vomissait ? Mais c’est tout. Et bien qu’à l’époque le SIDA décimait des dizaines de milliers d’hommes gays à San Francisco ou New York, j’étais tout juste un ado qui avait embrassé un autre gars pour la première fois de sa vie…

I don’t remember a really dark side or anything very harmful.  Our family moved from Taipei to San Jose, California and I kept going out to illegal underground dance parties there too.  But this was in the suburbs around 1986-1987.  I didn’t even know of drugs like cocaïne or ecstasy.  In the worst case, a friend would drink too much alcohol and vomit a bit, that’s all.  And although the AIDS epidemic was killing tens of thousands of gay men in San Francisco and New York already, I was just a teenager who had kissed another boy for the first time in his life..

Tu aimais écouter quoi comme musique à cette époque ?

Il semble que mes influences venaient tout particulièrement de la pop britannique des années 1983/1986. Wham, Duran Duran, Eurythmics, Culture Club, then Pet Shop Boys, Ministry, Stephen Duffy, New Order… de la disco électronique faite pas des « white people » quoi. Ce n’est que quand je suis allé à la fac en 1987, vers New York, que j’ai découvert les débuts de la House music, de la Dance produite par des population afro-américains.

It seems like I received a much stronger British and pop influence from 1983-1986.  Wham, Duran Duran, Eurythmics, Culture Club, then Pet Shop Boys, Ministry, Stephen Duffy, New Order..  « white people’s electronic disco » basically.  Only when I went to university in 1987, which was near New York, did I begin to hear early House music and dance music from Afro American sources.  

Tu as changé ta manière d’écouter de la musique depuis que tu en fais ?

Oh oui totalement. Produire de la musique en studio te rend beaucoup plus sensible à certains aspects que peut-être tu te perçois pas en tant qu’auditeur classique. Et je ne parle pas seulement des fréquences de basse par exemple, mais aussi des nuances de structure du morceau, des rythmiques, etc. Après il est important de garder un feeling et de ne pas se focus essentiellement sur les détails techniques !

Oh yes, absolutely.  Being a studio producer can make you so much more aware of many aspects which are perhaps not perceived by the audience on a conscious level.  I’m talking not only about bass frequencies, but also nuances in song structure, rhythmic swing values, etc.  But it’s most important to still feel the groove and not merely obsess over technical details!

C’est quoi l’endroit, le club, où tu aimes tout particulièrement jouer ?

Oh il y en a pleins ! Au Japon surtout. Puis à Berlin : About Blank, Cocktail d’Amore, Renate, Schwuz, Paloma Bar… Les gens ont longtemps pensé qu’il n’y avait que de la techno à Berlin, mais c’est bien plus que ça depuis quelque temps.

Oooh.  There are several clubs in Japan which I adore. And in Berlin, at About Blank, Cocktail d’Amore, Renate, Schwuz, and Paloma Bar.  People used to think that Berlin was only techno, but it’s much more than just that these days!

Et tu te souviens de ta toute première fois derrière les platines ?

Oui, c’était en 1991, dans un bar minuscule de San Francisco. J’avais 22 ans. Le gérant du bar était britannique, il s’appelait Kevin, et il voulait mettre en place une scène club en Californie du Nord. J’avais 20 vinyles à l’époque, j’étais bizarre et je jouais mal, mais je ne remercierai jamais assez cet homme de m’avoir donné ma chance…

That was 1991, in a tiny bar in San Francisco Mission district.   I was 22.   The British bar owner, Kevin, was trying to establish a dj dance music scene in Northern California.  I owned 20 pieces of vinyl at that time, I was incredibly awkward and mixed badly, but I will always be grateful to that man.

C’est quoi qui a changé chez toi depuis ?

J’ai énormément changé, je suis passé de ce mec super naïf et incapable à un « presque-musicien » plutôt éduqué. Tu sais, je n’ai jamais pris de cours de piano ou de violon, j’ai du tout apprendre par moi-même. Tout, des réglages perso de mon synthé Roland SH-101, à mes aspirations de compositions à la Ravel ou Debussy. Et je peux te dire que le voyage n’est pas encore terminé.

I definitely changed a lot – I went from an absolutely naive, clueless youngster to a fairly « educated » almost-musician.   You see, I never had a formal musical education on piano or violin, so I’ve had to learn everything on my own.  Everything from tuning my own Roland SH-101 synth to the compositional intentions of Ravel and Debussy.  I think I can say that the long journey continues.

C’est quoi le truc qui te rend heureux quand tu fais de la musique ?

Mon bonheur à moi ? Rendez les gens, le public, heureux et les faire danser ensemble sans rester bloqués face au dj.

My happiness?  Making everyone in the audience happy and dance together (not facing the dj).

Tu as un rituel ?

Un dîner, assez tôt. Une longue sieste avant la soirée, et la moitié d’un canette de boisson énergétique.

My ritual? Early dinner, a long nap before the party, and half a can of some energy drink.

Et sur scène, tu te sens comment ?

Je suis devenu de plus en plus calme. Aucune situation particulière ne me fait plus peur. 2000 personnes en open air ? Pas de problème. Laisse moi le temps de brancher ma clef et de me mettre à danser sur scène. Je peux mettre n’importe quel morceau du label Salsoul, et les gens en redemandent toujours !

I’ve become quite calm.  There’s not any situation that scares me anymore.  2000 people at an open air?  No problem.  Let me put in my USB stick and just dance on the stage.   Play any classic Salsoul tune and they’ll all be screaming for more!

Tu vois des inconvénients à cette vie là ?

Hmm, j’aimerais pouvoir passer plus de temps avec mon copain le weekend, et que lui il bosse toute la semaine à la Deutsche Telekom.

I wish I could spend more time with my boyfriend on the weekends, because he works at Deutsche Telekom Monday through Friday.

Au fait, quand est-ce que t’as décidé de bouger à Berlin ? Et pourquoi ? New York te manque pas ?

J’ai déménagé en 2003 et ça a été la meilleure décision de ma vie entière. Pas juste pour la vie nocturne berlinoise. Mais tu sais, la société américaine actuelle est incroyablement inégalitaire et agressive. Être Europe me permet de parcourir le monde, mais aussi d’être en paix avec moi même, de me connaître mieux et d’apprendre tout ce dont j’ai besoin.

I moved in 2003, and it was the best decision in my whole life.  It’s not just the nightlife in Berlin which makes the city so special.  USA is, obviously, an insanely unequal and aggressive society nowadays.  Based in Europe I could finally travel the world, but also be still, go inside myself, learn many things which I needed to learn.

Tu continues de sortir beaucoup, même quand tu ne joues pas ?

Oui, tout le temps ! Le club, ce n’est pas mon travail, c’est ma vie ! Je veux continuer de danser jusqu’à mes 80 ou 90 ans.

I still go out all the time.  This is not my job, it’s my life!  I want to keep on dancing even when I’m 80 or 90.  

Elles ressemblent à quoi tes nuits préférées ?

À des milliers de choses, mais elles ne sont certainement pas toute de noir habillées ou 100% techno, haha !

My favourite nights look like a thousand things, but they’re certainly neither all dressed in black nor all techno, hahaa…


D’après toi, pourquoi les gens sortent autant ? C’est un besoin ?

Je ne pense pas que ce soit un besoin. Mais juste que certaines personnes peuvent se le permettre. Puis à Berlin tu sais, l’hiver on ne peut pas aller nager ou faire du bateau. Certains sont addicts aux soirées et ils devraient arrêter mais ils n’y arrivent pas, c’est tout.

I don’t think anyone needs to party.  I think that some of us can afford to do it. In the winter time in Berlin, we can’t go swimming or go row a boat.  Others are addicted to the party and they should stop, but they cannot.

En Europe la fête a été pendant un temps très politique. Tu penses que cette époque est

révolue ?

Hmm, je crois que tout dépend du pays. Mais oui, globalement, le fait que la fête soit devenu un business n’est pas très surprenant. Un ami m’a montré une vidéo la dernière fois d’une rave party complètement légale même en Arabie Saoudite qui a eu lieu la semaine dernière… !

I think it depends on the specific region.   But yes, the global commodification of the party is not surprising these days.  A friend just showed me a video of a fully legal techno rave even in Saudi Arabia happening last week!

Tu as une forme de militantisme, toi, dans ta manière de voir la nuit ?

Je ne suis pas de nature militante ou très combative. Mais j’admire vraiment les gens qui le sont. Mon militantisme à moi pourrait être de d’empêcher qu’il y ait tant de musique commerciale super chiante en club, mais encore une fois, on ne peut pas aller à l’encontre des goûts musicaux des gens parfois.

I am by nature not a militant or combative person. But I deeply admire people who fight.  I would stand for less boring monotonous commercial electronic music, but I also feel that you cannot force people’s tastes.

Tu penses que les gens sortiront comment dans 20 ans ?

Pas vraiment différemment d’aujourd’hui.

Not VERY differently from today.

Tu as un message à faire passer au monde de la nuit ?

Arrêtes de fixer le dj. Dansez, et profitez de l’espace, du son, et des vibes chaleureuses qui vous entourent. Juste ça.

Don’t stare at the dj… dance and share the space and the sound and the warm vibes with everyone around you.   That’s all.


Adeline Journet

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