Il suffit parfois d’appuyer sur play pour se retrouver face à sa propre surprise, face à son délice à soi, confortable et inattendu. Il suffit parfois d’une mixtape d’une vingtaine de minutes pour comprendre un artiste. C’est le cas ce matin, avec cette mixtape 81. réalisé par la parisienne Crystallmess qu’on retrouve ce soir pour la première Wet For Me de l’année.

Crystallmess, aka Christelle Oyiri, t’en entends parler partout, depuis tes espaces nuits de sub-culture à toi. À la fois part émergente du milieu musical queer depuis un an, on la découvrait également, dans la construction d’une pensée réflective, via essais, textes, expositions et autres installations. Parce que oui, tu peux faire shaker les booties des belles de la capitale de nuit, mais aussi réfléchir à ta propre condition, au sein de ta société, et tenter de faire avancer les débats, avec clairvoyance et quelques pincées de piment là où il faut.

En juillet dernier, lors du festival Afrocyberféminismes #6, elle présentait Collective Amnesia: In Memory Of Logobi, une performance sur la mémoire des gestes des afrodescendants français, initiant son propre positionnement de Hood Futurist.

Femme et fortement attachée à la notion de militantisme authentique, on comprend vite l’invitation lancée par le collectif féministe et lesbien Barbi(e)turix, il y a quelques mois. Ce soir, samedi 26 janvier 2019, Crystallmess sera bien au rendez-vous, tout en haut de l’affiche de la Machine du Moulin Rouge, à l’occasion de la Wet For Me – nude edition, pour délivrer un set franc, mystique comme elle sait faire, et dévastateur. Range ta techno modulaire dans un coin de ta poche, ce que tu vas entendre ce soir va te surprendre, et réveiller la danseuse des flammes de l’enfer que tu ne connais pas encore. Pour nous, Christelle Oyiri a livré une mixtape infernale. Histoire de patienter avant la grande messe de ce soir ! Play !

Simple question, mais pourquoi la musique ? C’est venu comment ?

La musique, ça a toujours été quelque chose qui m’a fait me lier aux autres, me remémorer les meilleurs moments comme les pires. C’est quelque chose de naturel pour moi, qui m’a toujours accompagné, d’abord en tant qu’amateur de musique, plus tard ado quand j’ai commencé à faire de la danse, à sortir aussi ensuite j’ai commencé à écrire sur celle-ci pour finir par en faire. Elle a donc été présente d’une façon ou d’une autre à tous les stades de ma vie.

Ce nom de scène, tu l’as choisi quand, comment et pourquoi ?

Honnêtement c’est vraiment le genre de nom de scène que tu te donnes depuis le collège/lycée et puis ensuite tu te rends compte que c’est complètement débile. Mais plus sérieusement c’est une contraction entre mon nom “Christelle” -mais là Crystall- et un de mes anciens traits de caractères.

Si tu devais décrire ton univers musical en trois mots ?

Je redoute toujours les questions comme ça car je sais que je vais relire l’interview dans deux semaines et me dire “mais qu’est-ce que je racontais ?”

Du coup je dirais : franche, ésotérique et généreuse.

Tu as pas mal joué dans des soirées revendiquées queer (parkingstone, shemale trouble, la créole), c’est important pour toi ? Ça représente quoi ?

Oui c’est vrai. C’est important pour moi car souvent ces fêtes sont les seuls espaces où on peut s’exprimer sensuellement, romantiquement, vestimentairement et tout bonnement humainement. Ce ne sont pas des utopies mais pendant quelques heures c’est une célébration de soi.

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Le meilleur souvenir que tu gardes d’un set / d’une date, jusqu’à aujourd’hui ?

Je pense que mon set pour i-D france à l’été 2017 reste un de mes meilleurs sets à ce jour. C’était une ambiance bloc party donc en plein air et ça devait se terminer à 00h il me semble mais personne ne voulait que ça s’arrête, y compris les vigiles qui dansaient aussi donc j’ai continué jusqu’à ce que la police vienne. Les gens étaient hyper généreux : je suis passé du Three Six Mafia à Dopplereffekt à Douk Saga et le public était déchaîné.

Tu penses que la nuit peut être militante ? Doit l’être ? Et comment peut/doit elle l’être ?

Je suis pas pour l’injonction au militantisme car aujourd’hui c’est devenu une “currency” c’est à dire une valeur marchande qui permet de se brander et de se vendre. Ce n’est pas le cas de la plupart des soirées LGBTQ+ mais ça concerne plus les soirées “hétéros” on va dire qui brand leurs événements pour faire croire à une plus grande inclusivité. Des artistes font ça également. C’est important que d’une part les personnes engagées le fassent pour des raisons authentiques et c’est aussi important de préserver un espace de liberté et de légèreté pour les personnes marginalisées. Donc oui je pense que la nuit peut être militante, absolument.

Tu joues à la Wet samedi, tu connaissais la soirée et le collectif barbi(e)turix ? Ton premier sentiment quand on t’a invitée ?

Oui bien sûr je connais la soirée et j’étais très honorée d’être invitée. Je suis enthousiaste à l’idée de jouer devant un public féminin.