Des artistes de free party en plein Paris ? Oui oui, c’est possible. Et pas anodin ! Faire le lien entre deux univers trop peu souvent connectés : celui des champs et celui des clubs, c’est la mission louée que se sont donné Alan et Loane du collectif ACID BITCH. « Acid » pour la tendance acousmatique. « Bitch » pour le décalage.

Un lien évident. Celui de l’amour de la musique. La cohésion. L’effusion. L’effluve. Le groupe. La fête. Un bpm arraché à sa platine. Du dur qui fait vite partir un public en manque de recherche de sensations fortes. ACID B1TCH invite ce soir au Nouveau Casino deux vétérans du mouvement free : SUBURBASS et 25e Dimension. À leur côté, la nouvelle génération avec R-EWENT. Loane et Alan, fondateur et résident en tant qu’AG799, nous parlent de l’esprit d’Acid Bitch et du mouvement free en France.
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Le premier truc que vous sortez en soirée ?

alanAlan : Mon nom tout simplement…
Loane : “Salut! Je te mets des paillettes ?”

Un track pour vous présenter ?

Alan : Je pense que mes lives en tant qu’AG799 sont les plus représentatifs de ma personnalité en tout cas j’espère… !

Loane : Un truc qui donne envie de sauter partout de bon matin genre AIROD, Drug Seller !

Pourquoi Acid Bitch comme nom de collectif ? 

loaneLoane : Acid parce que c’est les sonorités qu’on aime et Bitch parce qu’on l’est un peu toute hein Alan ?!
Alan : On tient avant tout avec Loane à organiser des rendez-vous qui prônent l’ouverture d’esprit dans le respect et aussi du fun et de la bonne déconne festive ! Sans oublier le côté percutant pour rappeler l’orientation musicale, même s’il n’y a pas que de l’acid techno, il faut que ça soit une techno sauvage et profonde !

Vos premières fêtes vous vous en souvenez ?

Alan : J’ai grandi sur les côtes bretonnes, puis l’amour m’a fait m’installer à Paris après un détour de quelques années en Nouvelle Calédonie. Mes première fêtes, sur la plage et dans le bar de mon village « Le Grand Bleu » vers la fin du collège pour la coupe du monde 98. Pour ce qui est des FreeParty, c’est arrivé à la même période, vous savez en Bretagne, il ne se passe pas un week-end sans teuf ! Et il n’y a bien souvent pas besoin d’attendre le week-end…
Loane : Banlieue parisienne. Social Club.

C’était quoi le truc à l’époque, qui rendait ces fêtes inoubliables ?

Alan : Je ne peux pas te dire, j’ai oublié… il faut dire qu’une majeure partie de mes soirées finissaient en black-out total (rires)
Loane : On sortait un peu en cachette… C’était vraiment un autre monde pour nous!

C’est à ce moment là que vous avez senti l’envie d’organiser des teufs ?

Loane : Nan c’était bien plus tard… Je me suis gavée des soirées des autres avant de m’y mettre !
Alan : Pas du tout, il m’arrivait de temps en temps de passer quelques tracks pour le plaisir ou même d’organiser quelques sauteries dans le bar du coin et de poser la sono dans quelques spots environnants. C’est cette ambiance bon enfant que je cherche avec les soirées ACID BITCH.
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Vos premiers amours musicaux ?

Loane : Oulaaaaa . Je dirai Pink Floyd, découvert grâce à mon petit papa. 
Alan : Je suis percussionniste à la base donc je dirai GUEM, tu vois le générique de « Ça se discute » avec Jean-Luc Delarue, sur France 2 ? J’aime aussi ce que propose Stand High Patrol en dub. Mais je me suis rapidement retrouvé à écouter du bon hardcore comme Radium, Mikropointe, Manu le malin… Par la suite mes goûts musicaux se sont assagis et orientés vers de la techno bien mentale comme Spiral Tribe, Asphalt Pirates, 69db, Jeff23, Crystal Distortion, SP23, 25eme Dimension… J’adore l’univers de Kaptain Cadillac sinon, les soirées qu’il organisait à la belle époque du Social Club (2005/2010) étaient monstrueuses ! Bref, plutôt éclectique le garçon…

Votre dernière GROSSE GROSSE découverte en matière de musique ?

Loane : Le live analogique ça me fascine… Je garde en tête la fois où j’ai vu jouer Alan pour la première fois. Il a ouvert une grosse boîte magique remplie de machines et de fils et le son est sorti ! Paaaaaw! 
Alan : À chaque passage en Bretagne je prends une gifle avec des jeunes du village que ce soit Omicid, DICA ou encore R-Ewent que j’ai rencontré à mon passage au bled pour les fêtes de fin d’année.

Faire la fête”, ça veut dire quoi pour vous ?

Loane : Découvrir des gens, des artistes… Quand tu fais la fête tu prends une bonne grosse dose d’amour dans ta gueule !
Alan : Du bon son, un moment où le temps s’arrête avec des gens qui se sentent bien.

Alan, t’as l’impression qu’on fait plus ou moins la fête qu’avant aujourd’hui ?

Je n’ai pas l’impression que les gens fassent plus la fête qu’avant, c’est juste un renouvellement des générations et je suis content de voir que la CULTURE TECHNO perdure depuis maintenant une trentaine d’années.

Y’a un truc, de la façon qu’avaient les gens de faire la fête avant, qui vous manque, ou que vous aimeriez retrouver, une nostalgie particulière ?

Loane : J’aime pas la nostalgie… Le côté “Oh c’était mieux avant” ça m’énerve un peu… !
Alan : Non pas forcément mais à mon arrivée sur Paris, après avoir rencontré quelques acteurs de la nuit parisienne comme Thomas Delecroix (Rive Droite Record / Newtrack), Kaptain Cadillac de BootyCall Records ou même Evil Grimace et Von Bikräv de Cazual Gabberz j’ai constaté qu’il manquait de lien entre « ces deux mondes ». Je veux proposer sur les line-up Acid Bitch une plus grande mixité à ce niveau là. Des Dj’s comme Treize d’Epsylonn ou livers comme Tiny (Velizion), DICA, 25eme Dimension (…) n’attendent que de venir retourner les dancefloors et warehouses parisiens !

Vous pensez qu’on peut faire de la politique avec son son ?

Loane : Chacun son métier. La politique c’est pas le mien.
Alan : Oulah on s’égare là, pas de politique, je laisse ça à ceux qui y croient comme les religions, je suis juste musicien, passionné de synthétiseurs.

Y’a un côté militant dans vos soirées ?

Loane : Militant faut pas abuser… (sourire) Mais dans nos soirées on aime que les gens se sentent libre d’être eux même. Des personnes de différents horizons qui se mélangent c’est aussi ça la fête !

Qu’est ce qu’on pense du revival de l’ambiance rave de ces dernières années ?

Loane : Mon mec me souffle “ Pour toi c’est pas revival, c’est tes premières rave”
Alan : On parle de Paris là. Dans l’idée c’est une bonne chose, je suis allé à un événement du crew Disconnect dont Dj BAARS fait parti et j’ai ressenti cette ambiance RAVE des années 2000. Ce que proposent les autres organisations, c’est très bien mais c’est différent, ce sont des soirées « warehouse ».
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On y vient comment à la free party ? Qu’est ce qui fait qu’on passe du dancefloor aux champs ? Et vice-versa ?

Loane : Je bosse dans un club, donc c’est la ou je passe le plus de temps… C’est pour ça que je suis ravie de pouvoir faire venir des artistes de “free” dans un autre univers. Faut que ces deux mondes se mélangent !
Alan : Comme toujours c’est une histoire de réseau, d’un côté comme de l’autre. Loane aura quelques anecdotes de mes galères avec Facebook 😉

Vous les voyez toujours aller en free les jeunes dans 20 ans ?

Loane : Sûrement… Et toujours plus nombreux.  Je leur souhaite de savoir faire la fête dans le respect de leur santé… !
Alan : J’espère bien! Nous arrivons aujourd’hui à un tournant du mouvement techno où il va y avoir de plus en plus de personnes évoluants dans le système actuel ayant une connaissance de ce monde et j’espère une reconnaissance de cette culture techno. Alors nous ne seront plus seulement vus comme des cocaïnomanes parasites sociaux (je ne bois pas et ne me drogue pas) et auront peut-être plus de liberté d’entreprendre dans le respect de la population riveraine, de l’environnement et du public.

Les revendications politiques (ou autres) sont-elles toujours omniprésentes dans le mouvement ? 

Loane : Je passe la main a Alan !
Alan : Tant qu’il y aura des saisies alors que nous respectons les règles qui nous sont imposées, oui il y aura débat ! Vous accepteriez de voir votre véhicule aller à la fourrière alors que vous n’avez pas enfreint le code de la route ?

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