Si la fête était une créature, elle serait Victoria Lachose. Pour Victoria c’est un diplôme de noctambule d’obtenu, mention DJ et Drag s’il-vous-plaît ! Victoria Lachose est divertissement, amusement, décalage toute et performance. Mais derrière la performance, des messages forts. L’artifice en premier plan d’un fond profond. Un message politique pour faire évoluer les pensées. Victoria Lachose, pas juste une chose. Victoria Lachose a plus d’une chose à vous dire…

Samedi 21 avril, on la retrouve sur le devant de la scène et du dancefloor à l’occasion de la Discoquette #4, à L’Officine 2.0 qu’elle co-organise. Au programme des festivités, une nuit folle au côté de Gloria GayPierre, Minima Gesté, Andrew Claristidge, Alto Clark et Ixpé. Mais avant le disco, on fait le topo !

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Silvere Koulouris

Victoria, qui es-tu ?

Victoria, 24 ans. Officiellement, je suis Baptiste, chargé de communication événementielle dans une multi-nationale ! Qui l’eût cru ?

Et plus officieusement ?

Drag-queen et DJ, résidente à la Discoquette, et je serai sur la scène du Dragathon le 20 avril au Point Ephémère. Vote for me !

Ta première soirée en club c’était quoi ? 

C’était en 2010, au Gardel’s à Orléans, j’avais 17 ans… Je ne sais même pas si le club est encore ouvert.

Tu te rappelles de quoi de cette soirée là ?

Il y régnait une ambiance très hétéro, chaude, les corps se serraient et balançaient au rythme du reggaeton.

Ton anecdote de soirée la plus géniale/drôle ?

Je cite souvent ce souvenir, mais il est vraiment mémorable. En août 2017, lors de la dernière édition de la Para (grand-mère de la Discoquette), j’avais finie hissée sur un support à vidéoprojecteur, à deux mètres du sol, quelque peu alcoolisée, à contempler les derniers danseurs s’agiter… 

La fête, ça tient quelle place dans ta vie ?

Une grand place, depuis quelques années. J’ai commencé mes virées nocturnes comme clubbeur, puis comme créature polymorphe et je suis aujourd’hui Drag Queen depuis un an. Mon rôle de co-organisatrice de la Discoquette me permet d’oeuvrer, à mon échelle, au renouveau des soirées parisiennes. Être actrice de la nuit est pour moi une véritable source d’épanouissement !
“Mon meilleur after ? Rentrer chez moi à pieds et profiter du soleil qui se lève”

T’as l’impression qu’on fait de plus en plus la fête à Paris ?

J’ai vraiment l’impression que l’on fait de plus en plus la fête. A mon avis, le phénomène n’est pas que parisien. Il y a des soirées qui naissent tous les mois, et qui offrent des concepts de plus en plus complets et innovants. La nuit devient un véritable carrefour où se rencontrent tous les arts.

Et ça vient d’où ça, d’après toi ?

Je pense qu’il est de plus en plus facile de créer une soirée, et que les clubs sont plus ouverts à accueillir des concepts novateurs, hors de leurs styles habituels. Il ne faut donc pas avoir peur de se lancer pour ajouter sa pierre à l’édifice. Nous avons tant de belles nuits à vivre ensemble !

Tu vas en after ?

Quand à la fin de soirée tu te dis qu’il va te falloir encore 30 minutes pour te démaquiller, tu fais souvent l’impasse sur les after. Mon meilleur after ? Rentrer chez moi à pieds et profiter du soleil qui se lève.
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Fanny Challier

Ton plus grand fail en soirée, c’était quoi ?

C’était lors de la Nymphe, au Supersonic, il y a un an quand je commençais le Drag. Je dansais sur scène quand soudain mes talons se sont pris dans les fils électriques des platines du DJ qui mixait. Par ma faute la musique a été coupée pendant deux minutes. Fail !

Tu arrives au bar, tu commandes quoi ?

Sans hésiter, je commande une vodka Red Bull pour m’ôter le petit trac avant de performer et aussi pour me donner un bon coup de fouet ! J’aime quand ça claque.

Tu peux nous raconter ta plus belle nuit ?

C’était sûrement lors de la dernière Discoquette, en février. Nous étions vraiment contents car le monde était au rendez-vous, le Drag Show avait rencontré un franc succès et tout le monde dansait dans une ambiance si chaleureuse… Nous sommes vraiment parvenus à créer une atmosphère unique. Qui que l’on soit, d’où que l’on vienne, on se retrouve tous pour une même bataille : faire la fête sans préjugés. Tous ensemble !
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“Il y a parfois des publics qui sont moins prêts à voir débarquer une créature de la nuit au sein de leurs soirées” / crédit photo : Silvere Koulouris

Tu es de type qui chope ou qui se laisse choper ?

Je me laisse évidemment chopper. Victoria n’est jamais contre une nouvelle conquête. A l’abordage !

Y’a un bar à Paris où il t’arrive de faire la fête comme en club ? 

Oui, mais hélas, il va fermer. Il s’agit évidemment du 824h ! J’ai pu y mixer deux fois, donc une avec Corrine (j’étais si contente), et j’y ai toujours passé des soirées de folie. Cette ambiance intimiste et pailletée est vraiment une réussite ! J’y ai bu, beaucoup, et dansé, beaucoup aussi, jusqu’à ne plus en savoir rentrer chez moi…

Le meilleur club actuel pour toi ?

Je dirais sans hésiter le Berghain. Il y a déjà tout le storytelling autour de ce lieu qui le rend si désirable. Une fois à l’intérieur, on a vraiment l’impression de vivre un moment hors du temps, à danser sur des rythmes techno forts et puissants. Ce club m’a vraiment mis une bonne et belle claque.

Le remède qui soigne ta gdb du lendemain ?

Ranger les quatre kilos de make up que j’ai utilisé. Non je rigole, c’est l’horreur ! Mon remède, c’est plutôt le Bo Bùn du dimanche soir qui te fait reprendre du poil de la bête.

Ton QG pour le before ?

Mon appart sert souvent de QG pour les before. J’adore quand les copains sont présents quand je suis en train de me préparer. Ça me détend, et ça me permet de faire passer plus vite les trois heures de préparation.

Ton heure d’arrivée moyenne en boîte ?

Vers 1 h, c’est toujours chouette d’arriver tôt et de profiter du club qui commence à se remplir. Et de faire de même.
“Je suis une mère sans enfants.”

Heure de départ ?

Entre 5 h et 6 h, quand la soirée se termine, il est grand temps de rentrer à la maison !

Drogue dure ou drogue douce ?

Je suis aussi douce que de la drogue dure … 

Ton track de la teuf ?

Sans hésiter je citerai I Feel Love de Donna Summer pour son intemporalité mélodique et son pouvoir à me faire danser pendant de très longues minutes.

Quel type de teuffeur seras-tu dans 10 ans, d’après toi ?

 Je serai une Drag-Queen toujours aussi teuffeuse et encore plus investie dans la nuit ! Avec mes copines on fera des shows toujours plus fous. Mais peut être avec moins de souplesse !

Si tu as des gosses, tu les vois sortir comment dans 20 ans ? 

 Je n’en ai pas… Je suis une mère sans enfants.

Un samedi comme un autre, 3 h du mat’, on te trouve où ?

Dans les toilettes d’un club, en train d’écarter mes quatre paires de collants, mes fausses hanches, ma ceinture posée sur la poignée de la cabine, à essayer de faire pipi… Glamour !

Tu as l’impression que le monde de la nuit s’ouvre de plus en plus ou plutôt le contraire ?

Je pense que le monde de la nuit s’ouvre de plus en plus en effet. Les organisateurs, les clubs, les publics, sont vraiment plus ouverts dans les soirées où je sors. J’essaie de ne pas cantonner mon personnage aux soirées LGBTQI, c’est important d’essayer de sensibiliser un plus large public aux combats que peut mener et représenter une Drag-Queen. Toutefois, il y a parfois des publics qui sont moins prêts à voir débarquer une créature de la nuit au sein de leurs soirées. Pour ma première fois en Drag, j’étais présente à la Para, organisée dans le club d’une auberge de jeunesse et les premiers fêtards n’étaient pas franchement enchantés de me recevoir !
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Tu leur réponds quoi à ces gens qui ne comprennent pas la culture drag ? 

Qu’une Drag-Queen est aussi là pour porter des messages, souvent politiques, et que la résumer à son maquillage ou son look est assez réducteur. On affirme par l’humour, les performances et nos diverses actions la beauté de notre communauté !

Préparer ton show / ta performance, ça consiste en quoi, en détails ?

Pour préparer mon show, je passe du temps à réfléchir à l’histoire que je veux raconter. Suite à cela je pars à la recherche des musiques qui bâtiront le corps de ma performance. C’est souvent long. Il faut ensuite monter les morceaux, y ajouter éventuellement des passages parlés (je m’enregistre ou sélectionne des passages de films, publicités, etc.). Viens ensuite le temps de choisir de choisir mon look ! Je passe parfois des heures sur internet pour trouver une tenue. Je m’inspire de la mode anglaise, que j’adore, et crée un look en piochant sur divers sites. Puis les répétitions m’aident à rendre cette histoire bien plus consistante.
“Les Clubs Kids apportent vraiment une autre dimension à la fête par leurs extravagances et leurs visions de la fête très bigarrée”
Le jour-J, il me faut en moyenne trois heures pour me maquiller ; c’est long, mais ce moment incontournable de ma transformation me permet de rentrer progressivement dans mon personnage… Arrive enfin l’heure de rentrer sur scène. J’enfile mes talons et je suis prête à aller faire des bisous à tout le monde ! En cas de DJ set, il faut également y ajouter toute la recherche de tracks et sa préparation. Ça fait de belles heures de travail en plus mais c’est tellement jouissif de faire danser les clubbers !

Ton secret pour être la star de la soirée ?

Pour moi, c’est de rester authentique et sympathique. Victoria est vraiment une gentille fille, très impliquée dans ce qu’elle fait et toujours prête à vous aider. C’est vraiment la bonne copine par excellence ! Mes bras sont toujours grands ouverts (parfois pas que ses bras) et il me tient vraiment à cœur de faire passer une super soirée aux fêtards !

Le mouvement Club Kids, il représente quoi pour toi ? A quel niveau tu t’en sens proche ou éloignée ?

Je suis vraiment très fascinée par les Club Kids. Je trouve qu’ils apportent vraiment une autre dimension à la fête par leurs extravagances et leurs visions de la fête très bigarrée. A Paris, la Kindergarten, est vraiment parvenue à ouvrir un espace de liberté où les Club Kids ont la part belle. C’est pour moi une véritable réussite où Drag-Queen, Club Kids, fêtards en tout genre, se réunissent dans ce très beau tableau coloré ! Je me sens proche de ce mouvement car avant d’être Victoria Lachose, je suis passé par un autre personnage, Victor Lachose qui était à la croisée de ces mouvements…