Les Nuits Sauvages

Maxime Iko : « Il ne suffit pas d’appuyer sur ‘synchroniser’ pour être dj ; il faut donner de soi et en chier un peu » – Heeboo

Maxime Iko : « Il ne suffit pas d’appuyer sur ‘synchroniser’ pour être dj ; il faut donner de soi et en chier un peu »

Interview Nuit - Octobre 17, 2018

Maxime Iko fait partie de ces visages que l’on croise partout à Paris, et même un peu à l’étranger, sans arrêt, devant ou derrière les platines, à envoyer de l’électricité sur les pistes de danse, à gérer un backstage de 4 h du matin, à donner des tickets conso à ses artistes, ou à commander tranquillement un verre au bar, l’air de rien, toujours l’air de se tenir, bien, le menton levé, et de braver les années sans un seul mauvais rictus. Maxime Iko, qu’on connait aussi poulain de la reine Ellen Alien, fait partie de ces orgas qui font bouger Paris, et pas seulement les clubs. Toujours à la recherche du nouveau truc qui plaira à la scène, du lieu qui te fera éclater les pupilles, ou de l’artiste qui te fera frétiller du derrière, Maxime Iko va de l’avant, curiosité toute, toujours, le regard bien posé et bienveillant sur ce qui se faisait avant.

Dimanche, il sera au line-up de la soirée nantaise, la Gloria, organisée par le collectif Androgyne. Parce qu’à Nantes, il s’en passe aussi tout un tas de choses, en particulier depuis, entre autres, l’ouverture du club Macadam en septembre 2017. Pour cette seconde saison, la club annonçait une programmation encore plus saignante que l’année passée et la reprise de leur célèbre événement de jour, à la mode berlinoise. La Gloria est de retour dimanche 21 octobre, c’est de 7h du matin à 22h, pour un after sans concession ou un dimanche après-midi un peu coquin. Rencontre avec son headliner parisien, de choix et de choc !

La première chose que tu dis quand tu dois te présenter à quelqu’un que tu ne connais pas au beau milieu de la nuit ?

« Ça te branche ? on s’en paye une tranche ? »

Un track parfait pour te présenter ?

Closure, issu de mon dernier EP chez Bpitch
Ce track vient de mes tripes j’y ai mis du sensible, de l’amour mais aussi de la souffrance (le morceau parle de ma dernière rupture ) ; Ellen Alien le joue pas mal je suis heureux qu’elle ait été touchée par le track.

Pourquoi MAXIME IKO ?

Je trouvais que mon vrai nom Maxime Messager, ça faisait un peu long ; à l’époque j’étais fasciné par le Japon et sa culture. Du coup j’ai trouvé ce pseudo « maximeiko » à la base tout attaché qui a un double sens. « Iko » veut dire « en avant » ou « yallah » si tu préfères et maximeiko veut dire « petite geisha » j’ai trouvé ça drôle et c’est resté comme ça !

Tu te souviens de ta première virée en club ?

Le queen en 2000 je pense et c’était génial. Je me souviens encore de la trouille que j’avais de peur que Sandrine, la terrible physio, me recale .

Le truc que tu n’oublieras jamais de ce soir ou cette époque là ?

La quantité de beaux mecs à moitié à poil au mètre carré hahahah ; non plus sérieusement l’atmosphère incroyable, la folie ambiante, le sentiment d’une liberté d’exprimer publiquement ce que l’on est.

Une nuit parfaite, pour toi, ça tient à quoi ?

Mes amis et de la bonne musique.

T’as changé dans ta manière d’appréhender la nuit, le club, la fête ?

Je suis plus intuitif. J’organise depuis pas mal d’années des teufs notamment Le Bal Con  et Cockorico avec Stefan Beutter et ma team et je crois que la nuit a évolué. La proposition aujourd’hui est très riche et variée. En ce qui me concerne, aujourd’hui quand je sors et quand j’organise des teufs je suis plus en recherche de lieux atypiques qu’à l’époque et moins en recherche de line-up faramineux à 10K.

T’as commencé quand à jouer exactement ? Ça été quoi le déclic ?

J’étais très très friand d’électro minimale allemande en 2005 ; à force d’écouter quotidiennement des podcasts sur mon iPod je me suis rendu compte un matin qu’il y avait plus qu’une envie d’être spectateur, il y avait un désir viscéral de créer et de « faire ».

« Les gens font la fête pour oublier le monde pourri dans lequel nous vivons »

En 2007 je me suis acheté des platines cd, des platines vinyles et une table de mixage ; un pote m’a appris à caler et ensuite je me suis débrouillé tout seul. J’ai quitté mon taff chez Dior à l’époque pour bosser aux Bains Douche comme barman, ce qui m’a permis de bosser l’après-midi sur la musique et de décrocher ma première date à la soirée Yes Sir avec Dj Wild qui avait lieu au club.

Je sais que tu es assez proche d’Ellen Alien, c’est quoi l’histoire ?

Nous nous sommes rencontrés en 2015 lors d’une teuf organisée par Remy Baiget. Ça a matché tout de suite, elle est très speed et moi aussi (sourire) ; c’est quelqu’un qui me fait et me donne confiance. C’est devenu une amie.

Tu te souviens de ton tout premier dj set ? Une réussite ou un fail ?

C’était au Mixer bar dans le marais ; un set vinyle, j’ai du faire pas mal de pains (sourires) ; mais je me suis senti à ma place, pour la première fois de ma vie, malgré les erreurs de calage.

Ton premier amour musical en matière d’”électro” ? Le mec ou la nana qui t’a fait te dire “ouah j’ai envie d’être à sa place ou de procurer autant de plaisir que lui/elle aux gens” ?

À l’époque j’étais très fan de Jennifer Cardini et Chloé. J’aimais le côté sexuel de Jennifer et le coté weirdo de Chloé. C’est en les voyant mixer au Pulp (surtout la chorégraphie de Jennifer quand elle joue haha) que j’ai eu envie de devenir dj.

C’est quoi ta dernière GROSSE découverte récente en matière de musique ?

Stanislav Tolkachev et pas mal de producteurs du nord. Cette techno me rend fou.

Tu te qualifierais de gros fêtard, hormis le fait que tu joues ? Ou ça c’était avant ?

J’aime toujours autant la fête, j’ai évolué des soirées gothiques en passant par les raves et les soirées gay ;
j’ai été addict au Rex et au Pulp. Aujourd’hui je sors pas mal en squats ou dans des lieux comme la Gare des mines ou le Peripate qui sont de vrais espaces de liberté. Je me suis toujours senti mieux la nuit donc et je resterai curieux à l’infini de ce qu’il s’y passe

Pourquoi les gens font AUTANT la fête à Paris aujourd’hui d’après toi ?

Je pense qu’ils ont besoin d’évasion. D’oublier le monde pourri dans lequel nous vivons.

Portrait Maxime Iko

Y’a un truc, de la façon qu’avaient les gens de faire la fête avant, qui te manque, ou que t’aimerais retrouver, une nostalgie particulière d’une nuit à laquelle tu aimerais revenir ?

Moins de ghb et moins de communautés dans la communauté ; plus de légèreté et de tolérance vis a vis d’autrui…

Y’a un côté militant dans ta façon de faire la fête, les soirées dans lesquelles tu joues ?

La liberté sous toute ses formes

C’est quoi le truc super important qui a changé entre toi à tes débuts, et toi aujourd’hui ?

Je me suis endurci, je me fais plus confiance (un peu) maintenant, et j’essaie de faire du sport hahah

Il existe des inconvénients dans le fait de faire partie du “monde de la nuit” selon toi ?

Les mauvais payeurs, la conneries de gens qui ont un peu de pouvoir, les djs qui se la pètent comme s’ils sauvaient des vies… Sinon le reste me va, j’y trouve mon compte.

Tu les vois sortir comment les jeunes dans 20 ans ?

Sur des skate-boards volants .

Tu leur souhaites quoi d’ailleurs ?

« Bon vol »

On te verra toujours sur scène d’après toi ou t’auras raccroché ?

Je ne peux pas prévoir l’avenir, je sais juste que le contact avec le public est comme une drogue et que faire de la musique est devenu vital pour moi. J’espère que je conserverai ma connerie et ma curiosité pour la musique et la nuit donc qui vivra verra.

Un message à faire passer à la “nuit” ?

Un peu moins de fake, un peu plus de consistance artistique et de travail, de respect de l’art. Il ne suffit pas d’appuyer sur « synchroniser » pour être dj à mon sens ; il faut donner du soi et en chier un peu quoi pour donner ce qui est enfoui…

Adeline Journet

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