On s’est tous posé un jour la question : “Qu’adviendra-t-il de notre espèce ?”. Avec toujours la même frustration de se dire qu’on sera clairement pas là pour voir tout ça. Le futur interroge, étonne, fascine, attise curiosité et prédilections drôles ou apocalyptiques en tous genres. Et pour nous, pauvres teuffeurs, ramasses d’after aux genres épars, la question diffère un peu : “Comment on fera la fête dans 10 ans, 50 ans, ou même 100 ans ?”

Après nos élucubrations obscures du premier épisode de Ta Teuf 2100, On a choisi de consacrer cet épisode-ci à une seule voix. Et pas des moindres, celle d’Armance, croisée autour d’une soirée Shemale Trouble au Klub, de nous confier là où elle se voyait, ou se serait vue, quel type de fête -teuf, beuverie, sauterie, événement nocturne, ou pas- dans un futur proche mais pas tant, d’ici une centaine d’années. Alors okey, on sera tous bien morts et enterrés, mais il est agréable, de se projeter, là où nos yeux ne pourront s’poser. Le résultat d’Armance est plutôt bien foutu, une tentative de voyage vers Vénus, vers une grosse teuf où tous les jeunes de moins de 16 piges veulent se rendre. Clandestinement, évidemment. Une première partie à lire sous acide. Des airs de nouvelle. Un zeste de science-fiction pas si irréelle. Et de quoi réfléchir, de quoi largement se poser des questions, mais lesquelles ?

Perdue dans ses rêveries, Zu se repasse la soirée en boucle. Elle imagine ce qu’aurait été sa vie si elle avait pris une autre décision, si elle était restée sage.

Les terriens obtiennent leur puce de téléportation à 16 ans, mais elle ne pouvait pas manquer ça, pas après des semaines d’élaboration d’un plan stratégique pour se rendre à la soirée du grand rassemblement intergalactique. Tout le monde y serait, y compris ¨¨O^ le créateur vibratoire dont la musique réussit à transporter ceux qui l’écoutent. Personne n’a à ce jour réussi à décrire ce qui se passe vraiment pendant ces diffusions d’ondes mais pour Zu il était hors de question d’attendre 2 ans de plus pour découvrir ce mystère.

Elle s’était pour l’instant toujours transportée accompagnée d’éducateurs, pour les vacances, sur la station balnéaire Mars mais elle avait regardé des centaines de films, documentaires et autres vidéos sur le sujet : ça n’avait pas l’air bien sorcier. Les majeurs de 16 ans restaient cependant assez silencieux sur cette pratique. Lors de la Conférence des Galaxies Unies il avait été décrété que l’ouverture des frontières spatiales au public devait être réglementée et surveillée.

« On raconte qu’autrefois les gens voyageaient ensemble sous terre, dans des machines qui se déplaçaient de façon linéaire »

Alors il y a deux semaines, elle s’était elle même incisée le doigt puis s’était glissé sous la peau une vieille puce ayant appartenu à sa génitrice.  D’après la borne, il restait assez de crédits pour un allez simple vers Vénus, où aurait lieu la soirée. Youpi.

Le jour J, elle attendit que tout le monde soit parti, enclencha le générateur d’hologramme de sa sœur et intégra sa bulle de déplacement. Personne ne faisait attention à elle, comme d’habitude, chacun dans sa bulle, les yeux parés de télé-casques. Sans doute tous branchés sur la chaîne d’informations. Elle aimait ne rien porter,  ni casque ni cache-pupille, et montrer ses yeux verts émeraudes au rares voyageurs qu’elle croisait. On raconte qu’autrefois les gens voyageaient ensemble sous terre, dans des machines qui se déplaçaient de façon linéaire.

Zu regarde ces inconnus dans leur bulles. Directions verticales. Horizontales. Certaines tournent sur elle-même. D’autres sont voilées. Comme un mystérieux système nerveux en pleine ébullition. Sa bulle s’arrête devant la boutique de sa tante Kij. Connue pour son côté tête en l’air, Kij oublie toute information à peine reçue. Son organisme, trop résistant à la science actuelle, survit à chaque traitement qu’on lui administre. Et rien ni personne n’a jusqu’à aujourd’hui réussi à rendre à la pauvre Kij ses capacités mentales optimales. Comme d’habitude, Zu entre par l’arrière boutique. Sans se faire remarquer. Sa tante est en pleine conversation avec un client au téléphone. « Pauvre Kij » pense Zu, c’est bien la dernière humaine à encore utiliser un téléphone portable… Depuis, tout le monde communique via casques télévisuels. Tellement plus pratique ! Certains dorment même avec, bercés par des mélodies du bout de la galaxie. Le rêve !

Zu vérifie une dernière fois que la voie est libre puis monte dans la réserve à grandes enjambées. Elle sait quoi trouver derrière les cartons, tout au fond de cette pièce poussiéreuse : un téléporteur. Petite elle avait toujours eu interdiction de s’en approcher ou d’y toucher. Le cœur battant, elle le saisit, pour la première fois de sa vie et compose son code d’activation. La barrière magnétique qui le protégeait saute alors. Simple manipulation :sa pauvre tante Kij a mis le même code pour chaque objet scellé de la boutique. Encore plus simple quand l’on sait que ce même code est inscrit, un peu partout, sur les murs.

Elle entre, éblouie comme à chaque fois par la lumière blanche. Habituellement on lui tient la main. Là, elle est seule. Seule et impatiente. Elle se souvient alors de la sensation excitante du départ. La machine se met doucement à trembler, les lumières blanches s’intensifient, l’habitacle illuminé démarre sa traversée. La seule chose qui lui reste à faire c’est rentrer les coordonnées de sa destination. Histoire d’éviter de se retrouver dans un trou noir ou pire, perdu, flottant dans l’infini de la galaxie. Oups.

Elle ferme la porte, sort son casque de voyage afin de réguler la pression atmosphérique une fois sur place. Elle entre les coordonnées de la soirée à Vénus : °<3° . L’écran de contrôle s’illumine. VALIDATED. Zu ferme les yeux, prie l’univers de la protéger dans sa traversée. Elle attend, rien. Pas une secousse, pas un clignotement. La machine ne démarre pas. Elle ne fonctionne peut-être plus ? « NON, pas maintenant, pas moi ». Réfléchissons un moment. Retaper le code. Rien. Elle repasse sa puce. Rien. Envolée la folle fête à Vénus ? Elle ouvre la porte et constate entre dépit et soulagement que la machine n’est pas branchée. « Bon, si je réussis, personne ne devra connaître cette partie de l’histoire ». Elle retient son souffle, compose à nouveau les quelques signes qui la séparent encore de la délivrance. Ouah, le plus gros rassemblement intergalactique de l’histoire de l’univers…. Là  où des milliers d’organismes vivants et vibratoires se rejoignent pour célébrer ensemble la musique, la fête, l’unisson…

ARMANCE.