Une « ambiance un peu cul et poisseuse ». Moore & More pourrait être une nuit qui s’entame, comme une nuit qui peine à se terminer, le soleil perçant les rideaux d’une sorte d’after d’un grand appart de banlieue, une matinée tiède qui s’éternise à délice et se délecte, tranquillement, des heures qui passent. Moore & More c’est le nouveau morceau de Nicol et ça sort tout juste sur le label qu’on adore : Microclimat.

De Lyon à Paris, des raves party au club, il n’y a eu que 2h30 de train, et quelques années. Quelques années pour voir le paysage nocturne parisien se transformer, et le milieu queer non pas s’enrichir, mais exister ; Exister avec un E majuscule, comme il n’a jamais existé avant. Puis quelques années également pour voir le Lyon queer vivre, Vivre comme il n’a jamais vécu. La fureur de vivre. Nicol, depuis son milieu des années 1990 où il découvre la musique électronique à la radio, a pris le temps d’apprendre et de devenir, au fil des nuits qui se sont enchainées, le petit prince des platines, connu pour son nez, son casque vissé au front et sa faculté à enflammer un dancefloor en quelques minutes à peine. Connu surtout pour ses dj sets, on le découvre depuis quelque temps producteur, via des sets cosmiques et 100% live. L’occasion pour nous, de sortir en exclusivité son nouveau morceau, Moore & More, avec l’aimable autorisation de Microclimat, et de partir à la rencontre de Nicol.

© Manu Colombani

Nicol, tu en es venu comment à la musique électronique ?

Dans ma famille, la musique a toujours été très présente, et j’avais un oncle qui avait plein de matos dans sa chambre, des bandes magnétiques, des boîtes a rythmes Roland, et toutes sortes de gadgets électroniques, ça me fascinait.

En 1994 -1996, la musique électronique explosait à ce moment là , les 1eres raves faisaient leur apparition mais j’étais encore trop jeune pour y aller, c’est à travers la radio avec FG, couleur 3 et Fun radio (qui à l’époque n’était pas ce que c’est devenu), on entendait Garnier, Carl Cox, Jeff Mills et tous les gros noms de l’époque, j’enregistrais tout sur des cassettes, aussi bien les interviews que les mixs. Je me passais en boucle les retransmissions de la techno parade de 98 ou de la love parade en VHS, et j’observais à la loupe leurs moindres faits et gestes.Puis à 17 ans j’ai acheté ma 1ere platine MK2, puis une 2e et une 3e. Je séchais les cours pour pouvoir m’enfermer dans ma chambre et apprendre à mixer (en essayant de me prendre pour Jeff Mills ^^) et parcourir les magasins de disques afin de dénicher les dernières pépites. Et c’est à cet âge que j’ai commencé à aller en rave, mes parents m’emmenaient en teuf, et venaient me chercher vers 3 h du mat, en donnant leur accord aux orgas.

 Le nom Nicol, il t’est venu comment ? Il signifie quoi pour toi ?

Lorsque je suis arrivé sur Paris il y a à peu près 10 ans, la teuf comme on la connait aujourd’hui n’existait pas, le Pulp venait de fermer, il restait en gros que le Rex, le Batofar, et pour les soirées queer le choix était très restreint. J’ai rencontré un groupe de potes qui féminisait tout, donc on m’appelait la Nicole. Au début ça m’insupportait, et puis à force j’y ai pris goût et je me suis mis aussi à tout féminiser. Et naturellement, au moment de choisir un pseudo, j’ai enlevé le E et c’est parti sur Nicol.

On te confond souvent du coup ?

J’avoue ça me fait marrer quand j’arrive sur scène et que certains s’attendent à voir une meuf

L’univers Nicol, en trois mots ?

Trois mots pour me résumer : Grand, pd, nez cassé ^^ (et sinon pour mon univers musical en djset je joue généralement plus vénère et en live pour le moment plus rond et low-tempo )

Tu viens d’où ? T’as grandi où ? Ça a joué sur ta musique et sur qui tu es aujourd’hui ?

Je viens de Lyon, j’y suis resté 23 ans, à l’époque c’était dur le milieu de la teuf avant que les Nuits Sonores n’arrivent là bas, on faisait la teuf dans des coins de nature perdus, avec une hotline pour y arriver, sans GPS à l’époque, autant dire que c’était toute une expédition pour y arriver, c’était des groupes de 300 personnes max, nous on jouait de la techno-hard à l’époque, un autre groupe de la trance et progressive, et le reste c’était le mouvement free partie (drum&bass, hard core et tribe/hard techno) qui était de loin le plus gros avant les lois restrictives de type Mariani. Forcément ça a influencé ma musique et qui je suis aujourd’hui, à l’époque j’allais jamais en dessous de 133 bpm, toujours en mode vénère grosse techno, alors que maintenant mes dj-sets et mes prods sont beaucoup plus variés en terme de vitesse et de styles musicaux.

Et pour revenir à Lyon, aujourd’hui c’est plus du tout la même situation, j’ai rejoué là-bas récemment et j’ai vraiment halluciné, notamment par rapport au réseau Queer, il existe une diversité et une fraicheur que je n’avais pas connues à l’époque, et ça fait chaud au coeur ! Big Up à des personnes comme Isa Favotte et Seb Krod, les soirées ‘’garçons sauvages’’ ou des lieux comme le Sucre.

Ton rôle dans la nuit ?

Rassembler autour d’une musique de qualité toutes sortes de personnes sans aucunes étiquettes, donner un espace de liberté où ils peuvent s’exprimer pleinement, créer de la joie et des sourires, pour une fête libre au sens pur du terme.

Quand tu ne joues pas en soirée, tu fais quoi ?

Je passe la plupart de mon temps dans ma chambre qui fait office de studio à créer de la musique et bosser mes dj sets. J’essaye de m’imposer un minimum de deux heures par jour pour la prod, histoire de garder une certaine constance. Les trames d’un morceau peuvent jaillir très vite mais le boulot de post prod me prend beaucoup de temps, si tu veux que ton track sorte correctement sur tous les systèmes son ça demande pas mal de travail. Ça m’arrive souvent de faire 10 à 15 versions du même track avec un mixage différent, mais ça c’est pas forcément une qualité haha

Et depuis peu je fais du sound-design pour différents univers, le théâtre, la danse, pour Corrine chez Madame Arthur ou encore des jingles pour de la radio. J’aime bien explorer de nouvelles pistes.

Avec Corrine
© Luc Bertrand

Le truc le plus wtf qui te soit arrivé un soir où tu jouais ?

À La Machine du Moulin Rouge, une amie complètement défoncée (dont je tairais le nom) s’est amusée à couper le courant pendant mon set, dix longues minutes sans son, j’avais envie de la tuer !

Tu t’es déjà demandé pourquoi tu faisais la fête ?

On en revient à cette notion de liberté, de lâcher prise, de dépassement de soi, on fait la fête pour échapper à notre quotidien souvent trop bridé afin de recréer un espace où tout est permis ou presque. On est tous rassemblés avec une envie commune de passer un bon moment, forcément la qualité d’interactions entre les gens en est impactée.

Une envie particulière, là tout de suite maintenant ?

Jouer davantage à l’étranger, découvrir d’autres manières d’appréhender la fête, Je me suis mis au live depuis un an environ et c’est hyper excitant (et flippant ), mon setup est en constante évolution, j’aimerais m’acheter encore plus de machines, arriver à terme à faire sans ordi et continuer mes collaborations avec d’autres artistes comme Corrine par exemple.

Ce morceau en exclu, tu l’as conçu comment ?

Tous les éléments du track ont été faits séparément, je bosse souvent comme ça sur mes prods, je travaille une basse ou un lead un jour, et le lendemain je fais juste la voix, ou le kick, et après quand je fais le morceau c’est un peu au feeling, je regarde dans ma banque d’idées et j’assemble selon l’envie du moment.

La voix que j’ai samplée, elle appartient à « Alan Moore » un gars incroyable, scénariste de génie connu pour ses positions anarchiques et son goût pour la magie. Pour la rythmique, j’ai bossé les drums et le kick de sorte à avoir un son bien sale, genre Lo fi.

Les petits sons déviants et dissonants sont faits avec de gros delays « nightmare » sur mes synthés afin de rendre ces sons semblables à des cris ou alarmes synthétiques. Et pour la construction du morceau j’ai essayé de garder un certain équilibre entre le côté optimiste et lumineux et la partie sombre et torturée du track. Puis j’ai envoyé le morceau à Antoine Calvino pour avoir son avis. Là il me dit qu’il aimerait le sortir sur leur première compilation Microclimat, en vinyle aux côtés de Remote, Modgeist, ZPKF, Jacquarius et Galawak. Ça fait vraiment quelque chose quand t’as ta première sortie vinyle en main, comme un rêve de gosse qui s’accomplit.

Si c’était la bande son d’un film, tu prendrais qui en réal ?

Dans mes rêves les plus fous Yan Kounen ou Gaspard Noé ! Et plus sérieusement y’a un clip en préparation ; à la base ça devait se faire avec les mecs de « La Toilette » (Victor et Alexandre Carril) dont j’aime particulièrement le travail mais ça a pas pu se faire. Au final ce sera Ronald Pauffert, un réal encore inconnu et non moins talentueux que j’ai rencontré par le biais de Microclimat, il devrait être prêt dans les semaines à venir.

© Cha Gonzalez

Si tu devais la faire écouter à un artiste que tu admires ?

Dernièrement j’ai envoyé mon track à Manu le Malin et j’étais trop content qu’il prenne le temps de l’écouter et me réponde. Même si ce n’est pas une fin en soi, recevoir l’avis d’artistes que tu admires fait du bien au moral et te donne encore plus envie de progresser.

Un club, un contexte, où tu aimerais que quelqu’un passe ce morceau ?

J’ai l’impression que ce track peut bien fonctionner avec une ambiance un peu cul et poisseuse, genre en after !