AHXAT, résident Shadow Odissey, ou le pendant électronique d’un collectif artistique encore jeune mais prometteur. AHXAT, niveau techno, c’est Antoine de Tyssandier aux manettes. Une techno donc, sombre, percutante et cosmique, pour un aller sans retour vers les ténèbres de la fête. 

À l’occasion de la grande et très attendue Messe de l’Ombre II de samedi 22 septembre où il jouera au côté de Size Pier ou encore Sinus O et NTBR, Antoine a accepté de nous livrer 28 minutes de son obscurité la plus palpitante. La mixtape est exclusive, et la rencontre aussi. Quand un producteur de techno te parle musique classique, ça donne…

Tu en es venu comment à la musique et pourquoi cette musique là ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours adoré la musique, de la makina jacky de la fin des années 90, à l’electronica des 00’s en passant par des choses étranges trouvées dans les recoins d’eMule dont je n’ai même pas gardé les noms en tête ; au-delà de la techno, j’aime également beaucoup la psytrance et la hi-tech, mais aussi la musique classique, qui a bercé mon enfance grâce à ma mère et dont j’ai gardé le goût encore vivace, que j’essaie de faire transparaître parfois dans mes mixes. Je crois profondément que la techno est la digne héritière contemporaine de Tchaïkovski et de Chopin, dans son amplitude créative et sa multiplicité, mais aussi dans sa finesse et sa faculté d’atteindre des zones inexplorées de l’émotion humaine. Pourquoi la musique ? Je suppose que c’est quelque chose d’universel, mystérieux et très humain, qu’on a dans les tripes, à plus ou moins haut degré, dès notre naissance. Depuis le chant matinal des oiseaux qu’entendaient les australopithèques dans leurs cavernes, au tumulte crépusculaire d’un bunker berlinois en 2018, c’est l’immédiateté de l’art et du réel, l’évocation de paysages mentaux surpuissants au travers d’ondes sonores, une pierre fondatrice de la créativité humaine qui m’a toujours énormément touché.

À côté de la musique, il y a quoi ?

J’ai 27 ans et un parcours estudiantin tortueux. Actuellement dans la vente, je vais me mettre à chercher activement du côté de l’écriture, petit dada qui m’a toujours poursuivi quelles que soient mes tocades du moment.

C’est quoi ton plus grand rêve, tu aspires à quoi le matin quand tu te lèves ?

Je n’ai pas vraiment de rêve.

Le nom AHXAT, il vient d’où ?

AHXAT, c’est avant tout le nom de notre collectif artistique, crée avec mon acolyte Aude Haefflinger, peintre de son état, et ce sont tout simplement nos initiales liées par le X de notre rencontre. Deux autres personnes centrales sont venues se greffer au projet par la suite, Augustin Quillet, pour la poésie, et Estelle Marin, pour la vidéo et la photographie. L’idée centrale de la chose, c’est de canaliser nos visions artistiques vers un projet commun. Un objet sonore, visuel et mental forgé dans une esthétique bien particulière qui se développe, se renforce et se complexifie au fil du temps et de nos pontes créatives. Le logo AHXAT (ci-bas), crée dans un café avec Aude, sur un bout de serviette en papier reprend l’idée des monogrammes du XIXème, façon Toulouse-Lautrec.

L’univers AHXAT, en trois-quatre mots ?

Quae sursum volo videre (je veux voir au-delà).

Tu viens d’où ? Ça a influencé ta musique, ton évolution artistique, l’endroit d’où tu viens ? 

Mon père étant militaire de carrière, j’ai beaucoup voyagé durant toute ma vie à travers la France, né en région parisienne, j’ai ensuite fait Lyon, Bourges, Montauban, Versailles, Albi, Toulouse, Strasbourg. Ca fait maintenant sept ans que je suis arrivé à Paris, là où je me considère chez moi finalement. J’imagine que les déplacements variés ont contribué à forger ma personnalité, mais ces déracinements multiples, c’est aussi des traumatismes durant l’enfance… Je ne saurais dire s’ils ont influencé ma façon d’appréhender la musique, peut-être secrètement.

Faire la fête, ça veut dire quoi selon toi ? Pourquoi les gens font (autant) la fête en 2018 ? 

Avec Augustin, on parle souvent de l’Apocalypse Joyeuse, qui définit assez bien cette période de l’histoire humaine que l’on vit. Du haut de notre pyramide de Maslow, ayant écrasé tous nos besoins primaires les uns après les autres, ne reste que la célébration absurde et belle de notre existence. Faire la fête, c’est aussi se libérer de l’étau du réel qui nous enserre et nous étouffe doucement, c’est abandonner sa triste condition le temps de quelques heures dans l’obscurité  réconfortante de la nuit et du rêve. Je fais la fête pour célébrer, mais aussi pour oublier.

Ton rôle dans la nuit ?

J’essaie d’offrir aux gens un instant d’évasion.

Cette mixtape, c’est l’allégorie de quoi, de qui, de quand ?

Mh… Cette mixtape c’est l’histoire d’une libellule bleue qui se promène dans les ruines fumantes de Fukushima, parmi les robots nettoyeurs et les amas de corium.

Ton envie, là, tout de suite ?

M’envoler pour le Japon et observer le soleil à son couchant depuis le sommet du mont Gassan.

Un mot pour tes fans, haha ?

CHO LA TEKNO lol