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ACAB II w/ Marsch (Allemagne) : « Le problème, c’est que tant que nous ne sommes pas touchés, nous n’agissons pas, et pourtant la crise, qu’elle soit sociale, sanitaire ou économique est sous-jacente depuis longtemps » – Heeboo

ACAB II w/ Marsch (Allemagne) : « Le problème, c’est que tant que nous ne sommes pas touchés, nous n’agissons pas, et pourtant la crise, qu’elle soit sociale, sanitaire ou économique est sous-jacente depuis longtemps »

ACAB II : All Coronas Are Bastards - Avril 6, 2020

En confinement avec nous, nos djs préférés. Très énervés par le climat sanitaire et politique actuel, iels ont mis au monde, en peu de temps, des bébés musicaux ni contaminés ni condamnés. Au programme de ce lundi – premiers jour de la semaine, au cas où t’aurais perdu le compte – une mixtape coup de poing de la française exilée à Berlin, Marsch. De quoi te faire retrouver la notion du temps, car la claque est indus et grande, aussi grande qu’un confinement de six semaines auquel personne s’attendait ! Ce qu’il te reste à faire en cet aprem maussade ? Mettre le son de tes enceintes à fond, ouvrir grand les fenêtres et hurler à la mort, ta joie de vivre, ta rage, ton angoisse, ce que tu veux, sur le rythme de la musique. Ça tombe bien, t’as que ça à faire !

Tu es dans quelles conditions toi pour ce confinement ?

Pour enregistrer ce podcast, les conditions n’étaient pas des plus optimales. Je voulais le faire dans un studio mais ils sont fermés, et aller chez des amis n’est pas non plus une option. Ne pouvant enregistrer avec mon vieux controler, c’est donc finalement sur Ableton que je me suis lancée. Plus généralement parlant, il y’a une semaine j’aurais répondu à cette question en disant que je fais partie de ceux qui ont encore la chance d’avoir un travail, pour lequel je peux travailler de chez moi. Depuis, ma situation professionnelle a déjà beaucoup évolué, et même si l’avenir est à présent incertain, je suis heureuse de pouvoir appréhender cette période comme une pause, et je me sens malgré tout extrêmement chanceuse d’avoir un toit, quelqu’un avec qui partager ce confinement, et surtout une opportunité de me réinventer et de me concentrer pleinement sur la musique pendant quelque temps.

Tu penses quoi de la gestion de la crise par les divers gouvernements ?

De manière générale, nous avons appris à fermer les yeux sur le politique, le social et l’environnemental. Je remarque un sentiment général de discorde, notre société déchirée entre exagération et détachement complet. Selon l’histoire des pays, nous pouvons observer différentes mesures politiques, en commençant par une légèreté d’Esprit jusqu’à ce que la crise arrive finalement sur notre continent. La France en guerre de Macron dont la popularité ne cesse d’accroître, tandis que certains voient la révolution quasi inéluctablement. L’Allemagne quant à elle refuse d’imposer trop de règles, comme par peur que le passé ne résonne trop, alors que les Etats-Unis prétextent la crise pour ne pas respecter les normes environnementales… Le problème, c’est que tant que nous ne sommes pas touchés, nous n’agissons pas, et pourtant la crise, qu’elle soit sociale, sanitaire ou économique est sous-jacente depuis longtemps.


Le monde ressemblera à quoi d’après toi, après tout ça ?

A titre individuel, la quarantaine offre une possibilité de se réinventer, de redécouvrir son univers ; et de repenser ses habitudes et ses modes de création, surtout en voyant comment la communauté se réorganise en ligne.J’oscille donc entre un optimisme et une forme d’abandon sans vraiment trop savoir lequel des deux choisir. Une partie de moi imagine une renaissance de la scène mais également de nos modes de fonctionnements, mais cet espoir s’estompe rapidement en pensant à la réalité économique qui surement ne permettra pas à certains de perdurer dans l’inactivité.Au niveau sociétal, cela va plus loin. Nous nous devons de réinventer et restructurer les éléments qui construisaient notre environnement quotidien, et alors que face à cette crise nous avons besoin d’être présents les uns pour les autres, nous devons pour le faire éviter tout contact humain, et je trouve que cette contradiction est dure à intégrer pour certains. Nous avons appris à déléguer a ceux qui ont la responsabilité de nous représenter le pouvoir de prendre les décisions. Même s’il s’agit de la base de la démocratie, la transition ; qu’elle soit écologique, économique ou politique, a non seulement besoin de l’action des citoyens, à commencer par notre sensibilisation en nous informant, en cherchant à comprendre, en aiguisant notre esprit critique et en agissant dans notre vie quotidienne, à chaque fois que nous pouvons prendre une décision, qui peut avoir une influence, qu’elle soit grande ou petite. Agir avec ceux qui nous entourent ; agir collectivement, partager et supporter les initiatives qui nous parlent, pour empêcher « que le monde se defasse », comme écrivait si bien Camus. Si nous sommes à la cause des crises et maux de notre société; nous pouvons et nous nous devons également d’être partie intégrante de la solution.


To record this podcast, the conditions were not very optimal. I wanted to do it in a studio but they are closed, and going to friends is not an option either. Not being able to record with my old controler, my only option left was Ableton so I decided to give it a go. More generally speaking, a week ago I would have answered this question by saying that I am one of those who are still fortunate enough to have a job, for which I can work from home. Since then, my professional situation has already changed a lot, and even if the future is now uncertain, I am happy to be able to see this period as a break, and I still feel extremely lucky to have a roof over my head, someone with whom to share this confinement, and above all an opportunity to reinvent myself and focus fully on music for some time.

In general, we have learned to turn a blind eye to the political, social and environmental. I notice a general feeling of discord, our society torn between exaggeration and complete detachment. According to the history of the countries, we can observe different political measures, starting with a lighthearted spirit until the crisis finally arrived on our continent. France at war with Macron, whose popularity continues to grow, while some see the revolution almost inevitably. Germany, for its part, refuses to impose too many rules, maybe out of fear that the past may resonate too much, while the United States pretends to be in crisis for not respecting environmental standards … The problem is that as long as we are not affected, we do not act, and yet the crisis, whether social, health or economic, has been underlying for a long time.

Individually, quarantine offers a possibility of reinventing yourself, rediscovering your world; and rethink your habits and ways of creating, especially by seeing how the community has been reorganizing itself online.I oscillate between an optimism and a form of abandonment without really knowing which of the two to choose. Part of me imagine a renaissance of the scene but also of our modes of operation, but this hope quickly fades by thinking of the economic reality which surely will not allow some to persist in inactivity.At the societal level, this goes further. We must reinvent and restructure the elements that built our daily environment, and while faced with this crisis we need to be present for each other, by avoiding all human contact, and I find that this contradiction is hard to integrate for some. We have learned to delegate the power to make decisions to those who have the responsibility to represent us. Even if this is the basis of democracy, transition, whether ecological, economic or political, needs the action of citizens, starting with our awareness by informing ourselves, seeking to understand, and sharpening our critical mind and acting in our daily life, every time we can make a decision, which can have an influence, whether big or small. Act with those around us; act collectively, share and support the initiatives that speak to us, to prevent « the world from falling apart », as Camus wrote so well. If we are the cause of crises and ills in our society; we can and we must also be part of the solution.

Adeline Journet

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