La Pornceptual. Une légende pour certains. Un rendez-vous pour d’autres. Une curiosité pour beaucoup. Créée en 2013, elle est la soirée berlinoise auxquels peu osent encore se frotter. Pour quoi ? Parce qu’elle est aujourd’hui temple du corps, de la nudité, de l’acceptation de soi la plus totale, et ça, en 2018, pour pas mal d’entre nous, c’est encore… un mur de Berlin à escalader.

Pornceptual. Comme le concept du porno, revisité, réhabilité, auquel on aurait donné et non redonné ses lettres de noblesse. Parce que le porn, le porno, le pornographique, est, peut être, art, avec une lettre majuscule, dorée et polie sans être dénaturée. Plus qu’une simple soirée où clubbeurs en manque de cul peuvent se retrouver, la Pornceptual est famille, équilibre, bienveillance et avant-garde. Aujourd’hui magazine, shop et véritable laboratoire artistique, Pornceptual donne envie, pousse à accepter son être, à travers son corps, et sa sexualité.

À l’entrée de la soirée, « tu paies selon si t’as froid », comme dirait l’autre. Plein tarif si tu gardes tes vêtements. Demi tarif si tu te démunis d’un haut, ou d’un bas. Rien à payer, ou quelques euros symboliques pour celles et ceux qui enlèvent (le) tout. À l’intérieur, pas de photos, pas de jugements, hétéros, gay, trans, lesbiennes, bisexuels, de tous âges et de tous styles y papillonnent, on y croise bonheurs et surprises, éclats de lumières et sursauts d’ombres délicieux. Ça donne envie, non ?

Alors mieux que de tester la soirée (puis aussi parce que les billets d’avion étaient trop chers), on a décidé de poser quelques questions à ceux qui font la soirée. C’était l’anniversaire, les cinq ans, et la soirée s’annonçait folle avec un DJ Hell en tête d’affiche. Patrick, un habitué et ami des créateurs de la soirée depuis les débuts, et Monty Luke, producteur et DJ du line-up, ont accepté de nous confier leurs impressions et leur amour profond pour la Pornceptual…ou l’une des soirées les plus libertines du monde. Rencontre.

PATRICK

Tu peux te présenter ?

Oui, je m’appelle Patrick, mais la plupart des gens m’appellent Mutti – en particulier à Berlin, la plupart des gens connaissent mon surnom. J’ai 27 ans et je suis Directeur dans une agence de Consulting. J’ai aussi ma propre boîte d’événementiel, relation presse et marketing des médias sociaux.

Quand tu sors, c’est quoi ton vice à toi ?

Haha. Le chocolat chaud que je bois ensuite. C’est mon pêché mignon ! <3

C’est quoi ton rapport à Berlin ?

J’ai déménagé à Berlin il y a dix ans maintenant pour étudier et travailler. Je suis devenu à l’époque un goûteur de vin pour Le Guide Michelin. C’est là que j’ai tout appris sur les alcools et les liqueurs, toutes les boissons en fait. J’ai du coup commencé à travailler pour une grande boîte qui gère plus de 30 différentes marques, et je suis devenu Directeur Régional de marque. C’est là que tout a commencé. Parce que mes clients n’étaient pas juste des restaurants mais aussi des clubs, des bars, des festivals, etc. J’ai intégré le monde de la nuit à Berlin environ quatre ans après y être arrivé.

J’ai donc commencé à beaucoup sortir, j’ai beaucoup d’amis musiciens, de gens qui jouent dans des groupes, tous ces club kids autour, j’y ai fait beaucoup de rencontres, et c’est là que j’ai rencontré les amis que j’ai aujourd’hui de plus proches. Je ne suis pas ici grâce à eux mais ils sont la raison pour laquelle je suis encore vivant. Beaucoup de gens ont vrillé à Berlin et sont devenus des junkies. La plupart d’entre eux pensaient que vivre à Berlin était comme passer des vacances ou un weekend à Berlin. Ces gens sont idiots. Désolé d’être si honnête, mais c’est tellement ça… Ce genre de personnes passent leur vie à perdre le contrôle de tout. Maintenant, ce n’est pas pour autant que je n’aime pas la liberté. J’adore la liberté. Mais il est vrai que les choses allaient mieux ici il y a 5 ou 10 ans. Typique tu me diras !

Si tu devais décrire cet anniversaire Pornceptual en quelques mots… ?

Je dirais que Pornceptual permet aux gens de pouvoir aimer tout le monde et les corps de tout le monde en même temps.

C’était ta première ?

Non, je vais aux soirées Pornceptual depuis leurs débuts.

Pourquoi on va aux Pornceptual ?

Facile. Tu sais, le porno est encore, et à tort, un sujet sensible, tabou. Tout le monde aime le sexe, la sexualité, et selon moi, tout le monde a besoin de sexe. Et de voir que cette soirée peut correspondre à autant de gens en une seule nuit, plus que n’importe quelle autre soirée, me pousse à penser que ce tabou doit vraiment être brisé. C’est une guérilla en quelque sorte. Bien sûr, certaines personnes viennent à la soirée sans comprendre le message, mais tout le monde le saisit d’une certaine manière, à des degrés différents. J’en suis certain. C’est une soirée qui force à s’accepter comme on est, à travers le corps, et c’est important.

Si tu devais nous parler d’un moment en particulier, tu prendrais lequel ?

Je dirais… l’un de mes amis hétéros. Il s’y est senti tellement à l’aise, qu’on a fini par… enfin tu vois. Je n’y avais même jamais pensé avant, mais de le voir comme ça, aussi à l’aise, je me suis dit « ok go ». Aujourd’hui, quand j’y repense, c’est une des plus belles expériences que j’ai eues. Bon par contre, il n’est pas devenu gay ! (rire)

Musicalement, c’est quoi ton meilleur moment à la Pornceptual ?

Je crois que c’était une Pornceptual de 2017, un set de Lipstick Trash. Ce mec était juste magique. De A à Z, des tracks qu’ils passaient à l’expression sur son visage… Je ne l’ai jamais oublié et je suis quasiment sûr qu’il se souvient de moi aussi…

Une personne en particulier, qui t’a marqué, au cours de ces années de Pornceptual ?

Oui, Raquel, l’une des fondatrices de la soirée. C’est une grande activiste du mouvement de positivité du corps, elle travaille dur, et c’est quelqu’un de très posé. Pour moi, c’est une collègue magnifique et précieuse.

MONTY LUKE

Tu peux te présenter ?

Je m’appelle Monty Luke. Je suis producteur de musique, dj et j’ai un label qui s’appelle Black Catalogue. Mon âge ? C’est juste un chiffre.

Quand tu sors, c’est quoi ton vice à toi ?

La musique. Je vis pour elle, j’aime pour elle, je n’en ai jamais assez, je n’en viens jamais à bout.

C’est quoi ton rapport à Berlin ?

J’y ai déménagé il y a deux mois. Je viens de Detroit, où j’ai passé mes dix dernières années. Je suis venu ici pour la vibe, l’ambiance. Pour étendre mes horizons, et pour travailler ce à quoi je suis bon aujourd’hui. Je suis à Berlin pour approfondir mes talents, enrichir mes expériences.

Si tu devais décrire cet anniversaire Pornceptual en quelques mots… ?

Expression de soi radicale. Tu sais, j’ai vécu à San Francisco pendant environ 15 ans. J’ai fréquenté des soirées similaires à la Pornceptual, des trucs comme Folsom St. Fair, Exotic Erotic et autres, mais Pornceptual… c’est un monde à part, quelque chose de totalement différent.

C’était ta première ?

Non. J’y suis allé pour la première fois, mais en tant que public, l’année dernière pour l’anniversaire des quatre ans. J’étais de passage sur Berlin, pour les vacances. Puis j’y suis retourné en juin dernier, et j’ai fait un b2b dans la salle Techno avec ma pote et résidente Pornceptual, Jamaica Suk ! Puis j’ai eu la chance qu’on me propose de jouer pour les cinq ans, dans la salle House. C’était incroyable. J’ai fini trempé, en sueur, avec toute la salle dans le même état que moi !

Si tu devais nous parler d’un moment en particulier, tu prendrais lequel ?

Alors après mon dj-set, je suis allé vendre mes disques dans la salle VIP, et il se passait plein de choses là-bas… dont deux filles qui couchaient ensemble, l’une étaient en train de baiser l’autre avec un god-ceinture, en levrette. Un super moment !

Musicalement, c’est quoi ton meilleur moment à la Pornceptual ?

DJ Hell bien évidemment ! Je ne l’avais jamais vu mixer avant, et c’était vraiment mortel ! Il joue la techno d’un manière vraiment unique !

À 2 h du matin, tu faisait quoi ?

Je commençais tout juste mon dj-set dans la salle House. Je jouais de 2 h à 5 h. Juste avant, il y avait Akirahawks, il soulevait la foule, on a dansé tout devant avec des amis, c’était un cool moment !

PORN by Pornceptual – 5 Years from Pornceptual on Vimeo.