À l’heure du règne des réseaux sociaux, la question de l’identité relève d’une véritable formule mathématique. Affichage d’un soi dépendant des dictates de la société ou détournement des codes et des normes sociétales ? La réponse ce weekend, au Festival Identifié.s, fruit de la rencontre de Filles de Blédards et Chkoun is it?. À quelques jours de l’événement, les crews nous donnent un aperçu de ce casse tête.

Proposer une réflexion autour des identités de l’immigration et questionner notre singularité autour d’un festival pluridisciplinaire, c’est ce que proposent Filles de Blédards et Chkoun is it?, de Mains d’Œuvres au Klub, en passant par La Station-Gare des Mines. Du 29 au 31 mars, ciné-débats, performances, discussions-ateliers et programmation musicale pour questionner l’identité. Et parce que Filles de Blédards et Chkoun is it? sont aussi des adeptes du monde de la nuit, connu pour anéantir les frontières, le Festival Identifié.s  sera aussi un moment pour faire la fête tous ensemble ! Ça se passe le 29 mars à La Station – Gare des Mines pour la soirée d’ouverture Festival « Identifié.e.s? » et le 30 mars pour la soirée de clôture Festival « Identifié.e.s? » au Klub. Venez armés de toutes vos identités !

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Déclinez votre identité

Filles de Blédards : Nous sommes un collectif de femmes artistes comprenant deux photographes, une performeuse et une poétesse. Filles de Blédards s’est constitué autour des questions des nouveaux imaginaires post-coloniaux et de la prise d’espace dans le milieu culturel. Les questionnements intimes, sur nos identités de filles de blédards, dans nos arts respectifs nous ont amené à vouloir créer ensemble des espaces d’expression où les personnes qui partagent et sont intéressées par ces récits se sentiraient bienvenues. Nous existons depuis un an !

Chkoun is it? : Je dirais qu’on est tous les quatre très différents dans nos caractères, nos manières de vivre et d’aimer. On est surtout une famille d’amis dans la vie de tous les jours. L’identité de cette famille est composée par l’ensemble des expériences qu’on a partagées et qui nous ont nourries dans notre compréhension de l’autre. Plus spécifiquement Chkoun c’est une association, qui a pour vocation de transformer le paysage des convivialités et qui voudrait réintroduire durablement du lien dans la fête.

Le Festival Identifié.e.s est né quand et comment ?

Filles de Blédards : Nous cherchions un endroit pour faire notre première exposition et après s’être faites gentiment roulées dans la farine par une galeriste marseillaise on est allées voir l’association Chkoun à Paris (notre collectif est entre Paris et Marseille). À ce moment, les Chkoun étaient résidents au Consulat à Gaité. On est naturellement allées vers eux pour voir leur espace. En se rencontrant on a imaginé ensemble bien plus qu’une exposition. On est partis très très loin. Et paf ! Ça a fait IDENTIFI.É.E.S !

Chkoun is it? : À l’époque avec Chkoun on organisait des soirées au Consulat. Dourane pensait déjà à organiser un festival là-bas avec un autre copain. Le projet ne s’est pas concrétisé mais l’idée nous plaisait. Je me souviens qu’à ce moment là on était tombé sur l’équipe de Filles de Blédards dans le métro. Quelques stations plus tard, l’idée de la collaboration était là. Quelques semaines après, nous avons baptisé ce projet « IDENTIFIÉ.E.S » lors d’un dîner. Un rendez-vous mémorable.

Pourquoi créer un festival autour de la thématique de l’identité ? C’est un thème fort pour vos collectifs respectifs ?

Filles de Blédards : Bien sûr que c’est un thème fort. C’est même le thème central de notre collectif. On a toutes des identités multiples : françaises bien sûr mais nos parents sont nés ailleurs. On a multiplié les cultures, et en tant qu’artistes, en tant que freaks, on a trainé dans d’autres milieux et toutes ces identités n’ont fait que s’agréger entre elles pour faire ce que nous sommes aujourd’hui. C’est ça aussi qui nous lie avec les Chkoun. Ils sont comme nous. C’est des êtres humains indéfinissables parce que non réductibles. Il faut les rencontrer. Il faut avoir envie de se rencontrer pour comprendre les autres. Sinon on ne captera jamais la complexité d’une identité. On ne peut plus essentialiser en 2019. Le dialogue et l’écoute sont la clé.

Chkoun is it? : Ce thème est inhérent à la condition humaine. Dans un contexte postcolonial en France, à l’heure où le corps politique s’interroge avec force sur cette question d’identité nationale, on pense qu’il est urgent que les gens s’emparent de cette question pour eux-mêmes. On a du mal à croire qu’il puisse y avoir une identité nationale, lisse et uniformisée. Le nationalisme français tend pourtant à nous imposer cette vision. La France n’a jamais cessé d’être nationaliste. D’un nationalisme lié directement à l’essence même du jacobinisme qui, s’il se présente sous le label d’un universalisme, entend d’abord assurer la domination d’une couleur, d’une religion et d’un genre. Cela évidemment n’engage que nous. Nous ne sommes pas des êtres politiques par essence et la question des identité.e.s ne peut s’entreprendre sans autodétermination.

Crédit : Laurianne Bixhaim

Alexia, Kahina, Mariam et Rasheeda du collectif Filles de Blédards. Crédit : Laurianne Bixhaim.

Pour vous, qu’est-ce que ça signifie l’identité ?

Filles de Blédards : On pourrait tenter de l’expliquer en formule mathématique absurde. Ce serait A₂+B₂+(facteur environnemental x humeurs dépendantes de l’alignement des planètes) x nombre d’années sur terre + (X personnes rencontrées sur le chemin + personnes influentes dans la famille) + lieux marquants x moments cruciaux = YOURSELF. En vrai, nos bases en maths sont très légères ! Mais si quelqu’un est intéressé pour plancher sur une formule qui définirait l’identité, en terme de projet expérimental bien sûr, contactez nous c’est intéressant. Parce que de notre côté plus on cherche moins on trouve ! Et c’est ça qui est bon.

Chkoun is it? : L’Identité est un concept que l’on aime à penser au pluriel. Faudrait-il encore concevoir l’ensemble des identités qui forme notre singularité. Qu’est-ce qui fait sens quand je parle de moi ? Et pour qui ? Comment se résumer à une identité professionnelle ou une identité sociale quand le « je » parle du « soi » ? Qu’est-ce que mon passeport dit vraiment de moi ? Nous aimons que cette réponse invite au questionnement. Ça permet de traiter la question de manière dynamique et de ne pas s’installer dans des cases prédéfinies.

Qu’est-ce qu’on y fait au Festival Identifié.e.s ?

Filles de Blédards : On y fait absolument tout. On se rencontre, on se culture, on regarde de belles oeuvres et de beaux spectacles, on mange bien et pas cher, on prend notre temps dans des lieux safe pour tout le monde, et on écoute du bon son. C’est pour tout le monde !

Chkoun is it? : Comme le disent nos comparses c’est avant tout un lieu de rencontre à travers les arts : on y voit de jeunes artistes à qui on ne donne pas assez souvent la parole, le tout articulé autour des identité.e.s dans une ambiance conviviale et ouverte à tous ! Comme on le dit souvent, vous êtes bienvenu avec vos amis, votre famille, vos amours. On y mange, on y danse, on y boit, on y pense…

Quelles sont les autres thématiques présentes dans votre festival ?

Filles de Blédards : Les identités multiples et post-coloniales c’est déjà un assez gros morceau pour nous, franchement. On est deux jeunes collectifs, on s’est attaqué à une montagne, parce qu’elle nous concerne, mais on n’est pas partis ailleurs ! Heureusement ! (rires)

Chkoun is it? : La précarité sexuelle et affective dans les cités, les parcours migratoires, l’assignation de genre, la sexualité. On a aussi voulu mettre en avant des parcours bien spécifiques, pour rendre manifeste les particularité.s de chacun.e.s des artistes qui ont répondu présent.e.s pour ce projet.

En 2019, que peut-on faire pour sortir des identités normatives et des stéréotypes ?

Filles de Blédards : En 2019 la France doit réaliser que les identités normatives et les stéréotypes sont une gangrène. Elles oppressent les personnes, les enferment socialement et leur mettent une pression de dingue sur les épaules. En fait il faut juste que la prise de conscience soit plus effective, qu’on arrête de pointer du doigt la multiplicité, et ce pays pourra peut être lever la tête, sur ces questions là en tout cas. Parce que la France est sacrément à la bourre !!

Chkoun is it? : Il faudrait déjà que nous puissions tous réaliser que nous sommes conditionnés par ça. Il faut que le combat s’invite dans le monde des idées, dans l’inconscient collectif, que les initiatives pour s’interroger sur ces questions soient de plus en plus nombreuses. A l’aube de 2020, on a quand même plein d’outils pour véhiculer d’autres cosmologies du monde, de soi et des autres. Par la musique, le cinéma, la danse, le théâtre, l’écriture et on en passe !

Andréa, Dourane, Conan et Sofia du collectif Chkoun is it?. Crédit photo : Bettina Pittaluga.

Le public du Festival Identifié.e.s vous l’imaginez comment ?

Filles de Blédards : Nombreux et non identifi.é.e.s ! Les Chkoun ont bien parlé !

Chkoun is it? : Nombreux et non identifié.e.s !

Dans le cadre du festival, vous organisez deux événements en club. On dit souvent que la nuit et la fête sont des moyens de révéler notre véritable personnalité/identité. Vous en pensez quoi ?

Filles de Blédards : La fête à ce truc un peu fou et la nuit aussi de faire redescendre la pression sociale. Les personnes se sentent plus libres de leurs mouvements et de leurs paroles. Ce n’est pas leur véritable identité qui s’exprime mais l’oppression sociétale qui s’éloigne. Il faut juste être lucide sur la pression psychologique que c’est de vivre dans une société post-capitaliste et dans une culture occidentale en fin de cycle, au bord de l’apocalypse. Le manque de sens est cruel. La nuit recrée du sens, du réel, permet d’être dans le présent plus facilement. Venez à la Station vendredi soir et au Klub samedi soir, vous verrez comment on évacue la pression !

Chkoun is it? : Véritable personnalité ? Je ne crois pas qu’il y ait une partie de nous qui soit moins véritable qu’une autre. Mais la fête, il faut l’admettre, permet de rencontrer des gens qui initialement ne font pas partie de notre environnement et surtout ça reste pour beaucoup de jeunes un moyen de s’évader des contraintes du quotidien. Le poison est dans la dose, et la fête ça peut tout aussi bien être un moyen de fuir son existence, et c’est en ce sens que la démarche festive est tout aussi importante que la fête elle même.

Pour finir, c’est quoi le film, l’artiste et l’objet qui représentent l’identité du festival ?

Filles de Blédards : Pour le film, Vers la Tendresse réalisé par Alice Diop. Un.e artiste Maty Biayenda. Pour les deux on ne prend pas trop de risques ce sont deux personnes extrêmement talentueuses et non réductibles à une identité ou une thématique. Il faut juste s’intéresser un peu à leurs travaux pour saisir la finesse de leurs réflexions. A voir à Mains d’Oeuvres Vendredi et Samedi à partir de 14 h. Un objet ? Un ticket de métro pour se déplacer sans trop d’empreinte carbone d’un lieu à l’autre.

Chkoun is it?L’ensemble des artistes, films et objets présenté au festival représentent pour nous ses identités dans leur pluralité, alors on vous invite à venir les rencontrer ce week-end!