Les Nuits Sauvages

Pourquoi faut-il venir goûter au plaisir de danser nu à La Machine du Moulin Rouge samedi 26 octobre ? – Heeboo
Alan Marty Paquet

Pourquoi faut-il venir goûter au plaisir de danser nu à La Machine du Moulin Rouge samedi 26 octobre ?

Octobre 22, 2019

Alan Marty Paquet

Danser nu dans l’une des plus grandes -si ce n’est la plus grande- boîtes de la capitale, au milieu d’un dancefloor open et inclusif, sur une techno / EBM des plus qualit’ ? Qui aurait cru assister à ça un jour à Paris ? Et pourtant, Forensics l’a fait en invitant la team de Pornceptual samedi 26 octobre pour une grande messe de célébration des corps : Forensics x Pornceptual. Be ready.

Les soirées berlinoises Pornceptual, on vous les introduisait en septembre 2018, à l’occasion de leur anniversaire des 5 ans, lors d’un article très très spécial : Une virée à la Pornceptual : « Tout le monde aime le sexe, tout le monde a besoin de sexe ». Made in Berlin, la Pornceptual anime les bas-fonds de la capitale allemande via leur concept de : « moins tu t’habilles, moins tu paies ». Alléchant non ? Si tu connais Berlin, tu connais la Pornceptual. Parce qu’alléchant concept oui, vu de notre sphère parisienne encore bien frileuse face à la nudité en public. Quoi que, on en a vu des soirées techno, ces dernières années, prendre les vrilles qu’elles méritaient : celles de l’ouverture, de la bienveillance et de l’inclusivité. Pornceptual est la preuve que l’alternatif queer peut s’exporter. Et c’est le message que souhaite faire passer Forensics, créateur franco-berlinois de la magique et déjà légendaire Tech Noire à Paris, à travers cette collaboration nocturne : et s’il était temps de « changer les mentalités sur le milieu de la nuit et la sexualité » ?

Il est temps, il est encore temps d’ouvrir la scène club, à condition que les autorités ne fassent pas trop front. Dernièrement, les encouragements ont été maigres et en vu des récents événements, Forensics a même souhaité prendre des mesures très spéciales pour cette soirée. La nuit s’annonce libre et libérée, bienveillante et inclusive. Car oui oui, si tu n’es pas à l’aise avec la nudité, aucune pression ! Les portes de la Forensics x Pornceptual sont ouvertes à tous.te.s ! Niveau musique, on retrouvera le berlinois Mørbeck, mais aussi IV Horsemen, Philipp Strobel ou encore Al Niklaus.

Rencontre avec Lenny, aka Ghōst, créateur du collectif et Alex, co-fondateur, de Forensics.

Organiser une collaboration berlinoise, à Paris, comme vous est venue l’idée ? Pourquoi à Paris ? Et pourquoi à La Machine ?

Lenny : L’idée nous semblait toute naturelle. Alexandre et moi, qui avons fondé le collectif Forensics, sommes Parisiens d’origines mais sommes actuellement basés à Berlin. Cette collaboration c’est donc l’opportunité d’allier notre ville natale à notre nouvelle maison. Alex évolue dans le milieu techno depuis des années : il était DJ résident à la Drone qui jusqu’à il y a quelques années faisait partie de la Gegen au Kit Kat Club et mixe dans de nombreuses soirées et festivals techno et industriels. On a toujours trouvé que la scène techno parisienne avait parfois tendance à être trop mainstream et à manquer de la folie qui en était à l’origine, un côté alternatif et subversif que l’on retrouvait facilement à Berlin. On a donc décidé d’amener Berlin à Paris !

Alex : Etant natif parisien et vivant à Berlin depuis un bail, cela me paraissait évident. Paris est une ville qui a besoin d’être sérieusement bousculée sur le plan musical et sur la libération sexuelle. Les mentalités changent beaucoup trop lentement encore à mon goût en France et un electro-choc est plus que nécessaire. 

Pourquoi avoir choisi Pornceptual ? Ça représente quoi pour vous ?

Lenny : L’équipe de la Pornceptual sont de bon.ne.s ami.e.s à moi, que je connais depuis quelques années. Bien évidemment je fréquentais leurs évènements depuis un moment, mais j’ai eu l’opportunité de performer pour eux il y a deux ans lors de leur cinquième anniversaire et de collaborer avec eux en tant qu’artiste performatif. C’est alors qu’on a fait plus ample connaissance et parlé de nos enjeux communs. À l’époque nous fêtions nos 2 ans de Tech Noire (notre événement parisien phare) et venions de lancer notre collectif avec une première collaboration avec [aufnahme+wiedergabe] à la Station. On a donc discuté d’une potentielle collaboration mais avec nos agendas respectifs il a été difficile de trouver une date avant aujourd’hui.
Pour nous, Pornceptual c’est vraiment l’essence berlinoise et ce qui fait de la capitale Allemande l’épicentre de la nuit :  une techno de qualité, un line-up éclectique, un public alternatif et une liberté totale. Pornceptual ont encore la chance de pouvoir produire des événements libres et subversifs alors que les clubs Berlinois ferment peu à peu chaque mois sous la répression de la ville et l’augmentation des loyers.

« Le corps comme objet artistique : qu’il soit nu ou couvert »

Alex : Ce qui nous a séduit chez Pornceptual c’est que c’est un collectif alliant liberté sexuelle absolue et de la bonne musique.


Vous pensez que le public parisien est prêt pour autant de… liberté ? Vous pensez que tout le monde va jouer le jeu ? Vous pensez mettre en place quelque chose de spécial pour que ce soit le cas ?

Lenny : On espère ! L’événement berlinois accueille fréquemment un public français qui fait part de son désir de voir plus de liberté à Paris.On ne peut jamais savoir pour sûr mais on espère que le public jouera le jeu oui ! Il s’est vu par le passé des événements techno à Paris (pour le coup underground voire illicites) où la nudité était reine. Et à vrai dire aujourd’hui on a vendu plus de billets “semi-nu.e / fetish” que “habillé.e”. 😉
Le point à souligner est que cet événement n’est pas SEULEMENT axé sur la nudité mais sur le corps comme objet artistique : qu’il soit nu ou couvert.

Pornceptual © Patricia Almeida


Je pense que le public parisien n’attend que le challenge de pouvoir libérer son corps et son esprit mais est peut-être trop intimidé par les événements axé « sexe ». Cette collaboration c’est l’occasion de leur donner cette opportunité sans trop les intimider : la nudité est non seulement autorisée mais surtout encouragée, mais bien évidemment pas obligatoire ! Les personnes qui se dénudent (pas de haut et / ou pas de bas) ou sont looké.e.s fetish ont droit à une réduction sur le prix d’entrée (14€ au lieu de 16€ en pré-vente, 16€ au lieu de 18€ sur place). Et bien évidemment, pour les plus aventureu.x/ses il y aura une backroom à la chaufferie où chacun.e sera libre d’explorer ses désirs dans le respect et la sécurité de l’autre.

Les trois mots d’ordres de cette soirée ?

Lenny : Art, Liberté et Respect

Alex : Témérité, Curiosité et “Laisse-toi allez bordel”

La prog, vous l’avez faite comment ? Pourquoi avoir choisi ces artistes ?


Lenny : Nous voulions un line-up qui représente parfaitement la pluralité des deux capitales, c’est pourquoi tou.te.s nos artistes en sont originaires. La plupart des DJs sont artistes pluridisciplinaires : musicien.ne.s, photographes, artistes plasticien.ne.s, artistes performatifs, etc.

Nos DJs résident.e.s Al Niklaus et Law & Haktion étaient une évidence pour représenter notre collectif, ainsi que Deepneue pour Pornceptual. En tant que figure de proue de la techno Berlinoise et au vu de son expérience, Mørbeck semblait une parfaite addition comme tête d’affiche de notre line-up. Ses influences sont très vastes et ses sets éclectiques. Enfin, nous voulions un guest DJ de chacune des capitales. Philipp (Strobel, ndlr) est un très bon ami du collectif avec qui nous avons travaillé à plusieurs reprises. Nous évoluons dans le même milieu (wave et goth) dont les musiques influencent aussi ses sets ce qui correspond parfaitement à notre univers ! Il en va de même pour IV Horsemen dont Timothée est la moitié du groupe EBM / cold wave Poison Point, aussi représentés par [aufnahme+wiedergabe] dont Philipp est à la tête. Un line-up à mi-chemin entre EBM et techno et donc parfaitement représentatif de notre identité ! 

Un petit coup de coeur parmi ces artistes ? Un track en particulier ?

Lenny : Mørbeck – “Pleasure To Burn”

Alex : Phillip est le fondateur du label [aufnahme+wiedergabe] donc les tracks sont nombreux. Difficile de choisir !

Il ressemble à quoi le public de la Forensics à Berlin ?

Lenny : À Berlin, Forensics se concentre surtout sur les évènements synth, wave et EBM plutôt que techno dont la scène est déjà saturée. Le public est donc beaucoup plus alternatif.

Alex : Comme dit Lenny, notre public est peut-être un peu moins queer à Berlin mais certainement plus alternatif !

Le cul en soirée, on en pense quoi ? Nécessaire ? Libérateur ? Primordial ?

Lenny : Le cul n’est pas fondamentalement nécessaire en soirée, mais l’option de pouvoir en profiter librement est primordiale. Personnellement, je suis à l’aise avec mon corps et la nudité partielle, la nudité complète un peu moins, et le sexe en soirée pas du tout. Mais je trouve qu’il est primordial de donner l’opportunité au public de s’exprimer et se libérer en soirée. Je me souviens la première fois que je suis allé au Kit Kat à Berlin, j’étais un peu mal à l’aise face à tant de nudité car je n’y étais pas habitué. Mais une fois qu’on passe au-delà des à priori, on se rend vite compte qu’il n’y a aucune perversité à la nudité, simplement un besoin de liberté totale. C’est un peu comme une plage un soir d’été : le bain de minuit n’est pas obligatoire, mais n’est-il pas bien plus agréable et libérateur ?

Un ou deux mots prévention à l’attention des teuffeurs de la nuit ?

Lenny : Au vu des récents événements sur la scène parisienne, la soirée sera encadrée sur tous les fronts :

Votre rêve le plus fou, pour faire suite à la Forensics x Pornceptual ?

Lenny : Forensics vient de se lancer dans la représentation de talents artistiques (DJs, drag queens, artistes performatifs). On aimerait donc multiplier leurs opportunités et montrer à la France et à toute l’Europe le talent qui se cache au sein de notre collectif. En ce qui concerne les musiques électroniques, Forensics veut se concentrer sur des événements underground et alternatifs, une capacité comme celle de La Machine restera donc l’objectif maximal au niveau du public.

Tech Noire © Alan Marty Paquet

On ne souhaite pas devenir une machine de guerre des événements techno et produire des soirées de plusieurs milliers de personnes. Cependant, on aimerait pouvoir exporter ces dernières à travers la France et l’Europe, et pourquoi pas changer les mentalités sur le milieu de la nuit et la sexualité. La municipalité de la ville de Paris et le gouvernement Français en général sont de plus en plus durs envers les événements techno et la scène alternative, on espère donc participer au changement.

Forensics a aussi le projet de produire une seconde édition de Snatched, le premier festival drag Parisien qui a accueilli des dizaines d’artistes internationaux à La Machine au printemps dernier. La seconde édition sera donc encore plus grande et plus audacieuse !

Et en attendant, on retrouve notre public habitué à nos soirée Tech Noire, tous les deux mois au Klub, et plusieurs fois par an à la Station.Prochain évènement : Tech Noire XXL ft. Molchat Doma & War Scenes (Instruments of Discipline), le 9 Novembre à la Station – Gare des Mines : https://www.facebook.com/events/389674198329269/

Alex :  Faire une collaboration au Japon ou en Corée du Nord (en 2046 peut-être).

Adeline Journet

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