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Pourquoi faut-il venir prendre sa claque tous les jeudis au nouveau rendez-vous inclusif, safe et queer : NOIR.E ? – Heeboo
ENTER - Bonnie Lisbon

Pourquoi faut-il venir prendre sa claque tous les jeudis au nouveau rendez-vous inclusif, safe et queer : NOIR.E ?

Octobre 7, 2019

ENTER - Bonnie Lisbon

Il est de ces nouveaux rendez-vous nocturnes qui sentent le succès à quatre kilomètres. C’est le cas du nouveau jeudi queer club, NOIR.E, qui ouvre ses portes jeudi 10 octobre au Badaboum. Et pourtant, pas toujours facile de lancer une soirée un jeudi. Quoi que, et si le jeudi était le new black de tous les queers de la capitale et d’ailleurs ?

Mathilda, tu la retrouves aux manettes où tout du moins dans l’ombre, de pas mal de soirées parisiennes, principalement techno, queer et libérées. On a pas été très surpris, donc, quand le nouveau rendez-vous du jeudi au Badaboum intitulée NOIR.E a été annoncé, de la retrouver à la tête du projet et d’y lire une programmation plus que juteuse. De Kiddo à SPFDJ en passant par Rui Ho ou encore Vixen, l’heure est à la parité, à la musique et aux… rencontres. Parce que oui, le clubbing de qualité c’est bien, mais il ne suffit pas de faire des line-up au poil pour rendre la scène heureuse, et en particulier la scène lesbienne/trans dont les rendez-vous et espace d’expression sont trop rares. Le club c’est aussi pour… pécho et créer de véritable cocons où l’environnement et l’ambiance comptent tout autant qu’une programmation. Pas de bonne teuf sans public heureux, tout le monde le sait. Un pari qui nous surprend pas, donc, et qu’on soutient haut la main. NOIR.E : Opening • SPFDJ • KIDDO c’est jeudi au Badaboum à partir de 23 h 30, juste après le concert de la productrice Coucou Chloé. L’occasion d’un combo gagnant non ?

Mathilda, comment t’en es arrivée à t’occuper de ce rendez-vous ? Pourquoi toi ?

Cela faisait un moment que je souhaitais m’émanciper un peu et gérer la direction artistique d’un club. L’occasion s’est présentée avec le Badaboum. J’ai eu un véritable coup de coeur pour l’équipe et je connais depuis pas mal de temps la nouvelle personne qui s’occupera de la DA du club en décembre, Benjamin Charvet avec qui je travaille très étroitement sur le projet.

Ha donc c’est toi qui en es à l’origine ?

Oui. L’idée est sortie de ma tête naturellement : je souhaitais créer un rendez vous queer et plus précisément lesbien/trans car je trouve que c’est ce qui manque à Paris.

« Je voulais un endroit où les filles et personnes non binaires puissent pecho tranquille »

Quand j’étais plus jeune on avait beaucoup plus de soirées et de rendez-vous de ce genre ; je pense notamment aux Clitorise, What’s Gouine On, mais aussi les bars comme Le Troisième Lieu ou les clubs comme le Rive gauche et le Pulp. Je voulais juste un lieu où les filles et personnes non binaires aient un endroit où iels puissent pecho tranquille, rencontrer de nouvelles personnes et apprécier du son…

Qu’est ce que tu penses pouvoir amener de particulier à la programmation de cette soirée ?

Au niveau de la programmation c’est très simple : que des artistes femmes et/ou queers. Le but est d’amener des artistes qui tournent très peu dans la capitale et de les allier à des artistes parisien.ne.s. Le problème des soirées lesbiennes actuelles dans la capitale c’est que l’on voit souvent les mêmes artistes tourner. Je trouve cela dommage alors qu’il y a tellement de DJ’s talentueux.ses partout en Europe qui ne demandent qu’à jouer à Paris ! Il n’y aura pas que de la musique ; on pourra retrouver de la vidéo, de la performance, du tatouage, stands RDR, stands associatifs… Le club me laisse plutôt carte blanche et je les en remercie grandement.

Pourquoi une soirée club “Queer, inclusive, sombre, performative, éclectique, marginale. Un espace safe” est encore indispensable en 2019 ?

Ca n’arrêtera jamais d’être indispensable. Il n’y en aura jamais trop. Je trouve cela plus “facile” de créer un espace safe dans un lieu plus petit, 400 de capacité cela reste très intimiste, de plus il y aura une sélection très sévère à la porte. Nous avons particulièrement misé sur l’accueil de ce public avec un staff employé spécialement pour lui ; une physio, une nounou à l’intérieur du club et une sécurité et un staff briefé.

La marginalité, tu penses que c’est elle qui nourrit la créativité et la pertinence d’une certaine vision du monde de la nuit ? En quoi ?

La marginalité non, je ne pense pas. Moi ce qui est trop marginale me soule rapidement car c’est souvent du fake, du trop, du mal fait. Cependant la créativité, les physiques atypiques, les configurations différentes d’un lieu, des performances etc… Oui ça il faut le préserver et constamment se renouveler. Ce qui fait la nuit c’est le public. Si tu as un bon public, tu as une bonne soirée. Du moins c’est ce que je pense.

C’est quoi ton coup de coeur musical de la série de rendez-vous annoncée ?

Tou.te.s les artistes booké.e.s sont de réels coups de coeur. Pour donner une petite idée, je booke Vixen de l’écurie Fast Forward (Copenhague) qui est une artiste bulgare techno /  fast techno qui n’est jamais passée en France.

Il y aura aussi Rui Ho que j’ai booké sur un autre projet en septembre et qui a littéralement retourné la salle avec un set entre 90’s, bitchy trance et eurodance incroyable !

Il ressemble à quoi le public de la NOIR.E ?

Il ressemblera je l’espère – c’est l’envie et la volonté – à un public ouvert d’esprit, respectueux, avide de nouvelles découvertes musicales et majoritairement lesbien / trans / gays.

Pourquoi ce nom d’ailleurs, ça vient d’où ?

C’est venu très naturellement lors d’une réunion. L’écriture inclusive pour moi était important à mettre dans le nom afin d’identifier tout de suite la soirée. Mes ami.e.s se foutent un peu de moi et pense que j’ai choisi ce nom pour créer une soirée à mon image ahah (car je suis noire et lesbienne) mais finalement c’est peut-être un peu vrai ahah.

Depuis quelque temps, la population queer a quelque peu déserté le Badaboum, tu es confiante ? Et pourquoi ?

Confiante, sincèrement, non. Je n’ai pas l’habitude d’être en confiance d’ailleurs et je pense que pour faire des soirées de qualité, on se doit de ne pas l’être.

« Le but c’est que tout le monde puisse se sentir à l’aise dans un environnement sain, safe et agréable »

Au contraire, je pense qu’il faut se poser beaucoup de questions, se faire violence sur certaines choses, réfléchir à différentes stratégies de communication… Et se demander aussi pourquoi le public queer ne va plus au Badaboum…

Une solution du coup ?

On a réfléchit à tout cela en équipe et comme dit plus haut nous avons tout repensé pour ces soirées : le staff, l’accueil, la physio… Le but étant que tout le monde puisse se sentir à l’aise dans un environnement sain, safe et agréable.

Qu’est ce que tu penses que NOIR.E peut apporter au monde du club ? À la scène queer ?

Je n’ai pas la prétention de dire que cela va ajouter quelque chose. J’espère juste créer un rendez vous sympathique où les gens voudront revenir chaque semaine.

La PMA vient d’être ouverte à “toutes” les femmes. Tu en penses quoi ? C’est quoi le next step selon toi ?

C’est une victoire amère car la PMA est toujours refusée aux personnes trans. La prochaine étape, le prochain combat c’est celui ci ! En espérant que cela arrive vite !

Un message à faire passer au monde de la nuit ?

Prenez soin de vous et des autres

Adeline Journet

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