Les Nuits Sauvages

Femanyst : « Je ne danse pas pour faire de la politique, mais ma danse est politique de par ce en quoi je crois » – Heeboo

Femanyst : « Je ne danse pas pour faire de la politique, mais ma danse est politique de par ce en quoi je crois »

Novembre 15, 2019

Ils sont pas si nombreux, les artistes club qui font le saut d’une musique house colorée à une techno noire et rapide. C’est le cas d’Akua Grant, aka Lady Blacktronika, devenu Femanyst il y a quelques années et qui sortait en 2018 son premier EP sur le label de Paula Temple. Ça bastonne, ça swingue aussi, ça déglingue, tout en sincérité, et y’a pas plus authentique qu’une techno qui te prend au coeur !

Pour cette profondeur, donc, cette force, l’énergie, et l’amour du dancefloor, de San José (USA) où elle grandit jusqu’au milieu des années 1990, à Berlin dans les années 2000 où elle est basée aujourd’hui, on a décidé il y a quelques mois, de demander à Femanyst, de venir imprégner la Station de sa « liberté techno » sans précédent pour notre anniversaire très spécial : Heeboo présente #TTBM, samedi 16 novembre à La Station-Gare des Mines !

Tu joues depuis pas mal de temps right ? J’ai lu que tu avais commencé en Californie, dans les années 1990, en faisant les voix pour Mattski, tu peux m’en dire un peu plus ?

Je l’ai rencontré dans une soirée à San José, on est devenus amis. Et c’est comme ça que j’ai commencé à enregistrer pour lui, puis on connaît la suite de l’histoire. Malheureusement, on a plus enregistré que ce qu’il a sorti, donc il n’y a plus grand chose à écouter aujourd’hui.

Il vient d’où ce nom que t’as choisi à l’époque, Lady Blacktronika, quand t’as commencé à jouer ?

En fait, Lady Blacktronika était Blacktronika Girl au début, c’était mon pseudo sur Deephousepage.com au début des années 2000. j’ai choisi ce nom pour rendre hommage aux racines afro-américaines de la culture house et techno.

Et Femanyst, c’est arrivé quand, et comment ?

Femanyst est arrivé au moment où j’ai commencé à chercher un nom plus dur et agressif comme l’a fait The Horrorist ou Brutalist. Puis je suis quelqu’un de très féministe. Donc Femanyst !

Rien à voir, mais tu te souviens de ta toute première teuf, en Californie ?

Oui, j’avais 16 ans, c’était au Sofa Street Fair, dans le centre-ville de San José. C’était là où tous les ravers, les punks, les fans de hard rock trainaient. C’est là que j’suis partie en vrille, et je n’ai plus jamais arrêté !


Un truc qui t’a marqué ce soir là ?

Et bien, c’était la toute première fois que je passais une nuit blanche dehors. J’avais l’impression de vraiment faire un truc de fou, c’était dingue !


C’était quoi qui te poussait à sortir à l’époque ?

Une prise de liberté par rapport à mon éducation super religieuse, et par rapport à une société dans laquelle je me sentais complètement oppressée, en tant que personne queer.


C’est quoi, qui à l’époque, aurait pu tout gâcher ?

Les raves parties ont commencé à être mal fréquentés, puis les gens sont passés de la coke à l’héro au milieu des années 1990. Puis je suis rentré dans le milieu du travail du sexe, et ça a pas mal ruiné ma vie nocturne pendant quelques années.

Tu écoutais quoi comme musique à l’époque ?

De la musique house et de la hardcore UK, à la radio, mais même bien avant de me mettre à sortir.

Tu te souviens de ta toute première scène ?

Oui, c’était en 2011, à Toronto, et c’était plutôt un désastre ! Mais c’était drôle, haha ! Ce n’est qu’à ma cinquième scène, c’était au Panorama Bar, que ça a été incroyable.

Tu as changé depuis cette époque ?

Quand j’ai commencé à produire, en 2006, je ne faisais principalement que de la musique house un peu dépressive, j’étais super déprimée. Depuis quelques années, je fais de la techno, et je me sens juste totalement libérée. Je suis heureuse aujourd’hui, bien que ma musique soit très énervée.

Tu as sorti un EP sur le label de Paula Temple, c’est arrivé comment ?

J’ai joué à une de ces soirées, je crois que c’était en 2015, puis il y a quelques années je lui ai écrit, au moment où j’ai commencé le projet Femanyst, et c’est là qu’elle m’a proposé de faire un EP. Je n’y croyais pas au début. Produire cet EP a représenté beaucoup de travail, mais ça en valait carrément la peine, et j’ai réussi à le sortir à temps pour les Nuits Sonores l’année dernière !

C’est quoi qui te rend heureuse quand tu joues ? Tu as un rituel avant de jouer d’ailleurs ?

Mon rituel ? L’anxiété haha puis tout faire pour en sortir ; ensuite je joue, j’essaie de tout déchirer et me nourrir de l’énergie de la foule. Le plus important pour moi, ce qui me rend vraiment heureuse, c’est quand le dancefloor accroche ma musique !

Et quand tu sors de scène ?

Je me sens toujours complètement vidée après et épuisée, mais d’une bonne manière !

Il y a des inconvénients dans le fait de faire partie du monde de la nuit ?

Oui, beaucoup. Le classisme par exemple, auquel j’ai été souvent confrontée, ça a été un obstacle important pour moi. Puis le délit de faciès, ça aussi c’est un problème.

C’est quoi que tu aimes dans l’industrie musicale à Berlin ?

C’est le centre du monde de la techno ! Et je ne connais aucun autre endroit qui offre la liberté que l’on trouve à Berlin. Personne ne se soucie de ce à quoi tu ressemble, l’important c’est d’être quelqu’un de cool et d’être bon dj.


Tu sors souvent, en dehors de tes sets ?

Oui, quasiment tous les weekends. Je ne suis pas de ces djs déconnectés du monde, qui ne se rendent pas compte qu’il font partie intégrante de la scène nocturne.


Pourquoi les gens sortent autant, d’après toi ?

Pour s’amuser bien sûr, et pour dire « fuck » aux règles de la société !

Fut un temps, la fête était politique. Tu penses que cette époque est révolue ?

No, pas du tout. Ça ne fait que commencer !

C’est quoi ton militantisme, toi, dans ta conception de la fête ?

Prendre du plaisir, c’est ça le plus important. C’est l’essence même de la vie nocturne. Je ne danse pas pour faire de la politique, mais ma danse est politique de par ce en quoi je crois. Et pour tout te dire, pour moi, une fête n’est pas réussie si je n’ai pas parlé politique au cours d’une conversation.

Tu penses que les gens sortiront comment dans 20 ans ?

Pour être honnête je n’en ai aucune idée. J’espère juste qu’ils sortiront toujours, que sortir sera toujours libre et légal. Tant de villes tentent de tuer la vie nocturne… Ils ne comprennent pas nos façons de vivre, et ils nous détestent pour cette raison.

Un dernier message à faire passer à la nuit ?

J’espère que vous kiffez !

L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, nuit et gros plan

You’ve been playing for a while now, you come from California right ? Can you tell us a bit more about that time when you were doing vocals for Mattski ? How did it start ? How was it ? What impact did it have on your life ?

Akua :  I met him at a basement party in San Jose somewhere, we became great friends. Started recording with him and the rest is history. Unfortunately we did more recording than he did releasing so there’s not much to show for those years. 

Why this name, Lady Blacktronika(how did you choose it, where does it come from), when you started to play ?

Akua : Lady Blacktronika started out as Blacktronika Girl my handle on Deephousepage.com back in the early 2000s. I wanted to pay homage to the Black roots of house and techno.  


When did Femanyst come ? And what’s the explanation for this nickname ?

Akua : Femanyst came about because I wanted to pick a name that sounded tough and agressive like Horrorist or Brutalist. Feminism as well is very close to my heart. 


Can you tell us everything about your own first party ?

Akua : My first real party was when I was 16 at the Sofa Street Fair in Downtown San Jose. It was where all the ravers, punks and death rockers hung out. From there I just went crazy until now. 


What is the most important thing you remember from it ?

Akua : Well it was the first time I stayed out all night. I felt like I had really done something. It was amazing. 


What’s the main reason that made you go out at that time ?

Akua : For me it was freedom from my strict religious upbringing and a society where I felt completely oppressed as a queer person.  

What was the dark side of parties, according to you, at that time ? The thing that could have ruined everything ?

Akua : Gangsters invading the rave scene and people switching from snorting drugs to shooting up in the mid 90s. Then soon after that I got into sexwork and it pretty much ruined my night life for partying for a few years. 

What was the type of music you were listening to at the moment you started to go out ? Where do your first vibrations come from ?

Akua : I was listening to house music and UK hardcore on the radio before ever going out. 


Did you change your way of listening to music since you play and produce it ?

Akua : I actually don’t listen to music as much as I did before I started djing. It becomes work and I don’t want music to be work. 

What’s the club / place where you like to play the most, and why? 

Akua : Pretty much all of them. 


Do you remember the very first time you played in front of people ?

Akua : The first time I played in front of people was in 2011 in Toronto and it was pretty much a disaster. Fun though. HAHA My 5th time playing out was at Panorama bar and that was amazing. 

What’s the most important thing that changed about you, between your beginnings and now ?

Akua : From getting started producing in 2006 to just a couple years ago I was mostly making sad depressing house because I was extremely depressed. Now I’m making techno and I feel so liberated. I’m happy now even though my music is angry. 

You released an EP on Paula Temple’s label, can you tell us a bit more about it ? How did it happen ? What’s your feeling about it ?

Akua : I played a party for her once in I think 2015 and then a few years later I wrote her after starting with the Femanyst alias and she asked me to do an EP. I couldn’t believe it. It was tough work but it was so worth the effort to get it done in time for Nuit Sonores that year. 

What’s the thing that makes you happy when you play music ? What’s your ritual to get ready for a set ?

Akua : My ritual is having anxiety and then working through it, playing, killing it and loving the energy from the crowd. Having an appreciative crowd that gets my music means the world to me. 


How do you feel exactly before going on stage ? And after ?

Akua : Like a nervous wreck before and completely destroyed and exhausted in a good way after. 

Do you feel any disadvantages in the fact of belonging to the night and music industry world ?

Akua : Yes many. Classism I feel has been the biggest hurdle. One no one seems to recognize or talk about. Lookism is another issue. 


What’s the good thing about Berlin music industry that you don’t think you could find anywhere else ?

Akua : Berlin is the absolute center of the techno world and there’s no other place you can be so free. No one cares about how you look just that you’re a cool person and a good dj. 


Do you go out a lot, when not playing ?

Akua : I go out almost every weekend. I’m not like one of these djs who thinks they are separate from the people and perhaps above being a part of the party scene. 

According to you, why do people need to go out / to party that much in 2019 ?

Akua : To have fun of course. Not to give a shit about society’s rules. 

In Europe, for a moment, parties used to be very political(by organizing them in forbidden spaces, or to protest against something, or to support something, a cause). Do you think this time is over ? 

Akua : No it’s not over. It’s just getting started. 

Do you have a militancy in your way of being part of the nightlife ?

Akua : Hedonism is most important. That’s what nightlife is supposed to be about. I don’t dance for politics but I am political in my beliefs. I think also its not a good party if I don’t have a good conversation about politics. 

How do you think young people will go out in 20 years ?

Akua : I have no idea to be honest. I hope they are still going out and that it’s still legal and free. So many cities are trying to destroy nightlife. They don’t get our lifestyle and they hate us for some reason. 


Do you have a message for“the night” ?

Akua : I hope you like it hard! 

Adeline Journet

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