« Post Internet Booty Music ». « Pas une maladie rare des poumons, mais qui vous fera sûrement perdre votre souffle ». C’est ce qu’on peut lire sur Fatma Pneumonia sur les rares événements où la prose est donnée pour mettre en lumière les artistes qui en donneront le la. Ce qu’on en retient, de Fatma Pneumonia, sans mauvaise rime, c’est que de son aura, on en danse, on s’en épanche avec délectation, on en suinte, on en sue sans raison. De quoi mettre en chauffe ton corps pour tout l’hiver !

À l’affiche d’une des soirées les plus excitantes de la rentrée vendredi 7 septembre, Melange • No Competition, au 14 rue Saint Denis pour ne pas citer la célèbre double cave du Klub à Châtelets, Fatma Pneumonia a répondu à quelques questions idiotes puis, surtout, nous a concocté une mixtape inédite : Dusk Til Dawn de rentrée, qui sent bon le fessier qui frotte, les genoux qui ploient, les cuisses qui flanchent, tout dans le contrôle, et avec style. C’est bien foutu, c’est malin, c’est audacieux, on signe !

photo par Brevely Burne
couleurs par Flagalova

Tu en es venu.e comment à la musique, pourquoi la musique, et pourquoi cette musique là ?

Je fais de la musique depuis l’âge de 7 ans, je crois que mes parents considéraient primordial de pratiquer une activité créative. J’ai fait de la batterie et des percussions jusqu’à mes 17 ans, en découvrant en parallèle les logiciels de MAO et la musique électronique (j’écoutais beaucoup de trucs extrêmes, du metal, etc…). Les logiciels de MAO et mon emménagement à Paris ont pris le dessus sur la pratique de l’instrument, pour des raisons ergonomiques, économiques et une certaine paresse qui m’est chère. Jusqu’il y a peu de temps j’ai pas mal tâtonné pour savoir dans quelle direction je voulais aller musicalement, au début avec un copain on avait un groupe qui s’appelait Chevaliers Liqueur, c’était plutôt pop. Pour les choix de maintenant, je suppose que c’est toutes les formes d’expressions que j’ai pu observer en grandissant qui les façonnent, même si je suis conscient que ce que je fais n’est pas ultra-personnel, c’est quelque-chose qui viendra avec le temps.

À côté de ça tu fais quoi ?

Je fais pas mal de trucs à côté, de la vidéo principalement, en indépendant ou avec Laetitia Bech, avec qui j’apprends aussi dans d’autres domaines comme le set-design. Je me suis récemment installé au Carbone 17 à Aubervilliers, qui bouillonne tout le temps d’idées et d’initiatives, entre micro-édition, musique, sérigraphie, concerts, graphisme… Ponctuellement j’organise aussi des soirées, les High Heal avec Lisa Fetva et Lorenzo Targhetta, qui sont plutôt des réunions axées sur des thèmes humains avec une programmation ambiante voire expérimentale, et diverses fêtes avec Jeremy Piningre et Pablo Cavero.

Tu as quel âge ou tu prétends avoir quel âge ?

J’ai 22 ans, mais je crois que les gens m’en donnent plus.

 

C’est quoi ton plus grand rêve, tu aspires à quoi le matin quand tu te lèves ?

J’ai pas vraiment de grand rêve, ça induit l’idée d’une projection dans le temps et ça me fait flipper. Du coup c’est plutôt au jour le jour, et je pense que c’est d’aimer et être aimé. Sinon j’aspire aussi à un thé le matin.

Le nom Fatma Pneumonia, il t’est venu comment ?

On m’a demandé ça plusieurs fois récemment. Je savais pas quoi répondre. J’ai toujours un peu peur que le débat sur l’appropriation culturelle s’invite à table quand on me demande ça, mais après réflexion je me dis que si je suis à l’aise avec mes opinions et les autres, il a pas lieu d’être ici. Plus concrètement, « Fatma » c’est phonétiquement très beau, c’est aussi simple que ça. Pour « Pneumonia », j’ai une petite fascination pour les mots qui évoquent la maladie, le pourrissement, comme « miasme » ou « fétide ». Il y a un attrait quasi animal à la pourriture en fait, récemment l’internet a focalisé sur la trypophobie, et c’est lié dans le sens où la majorité d’entre nous ont une peur bleue de ce qui grouille dans des trous, parce que c’est le symbole global de la décomposition. Personne a vraiment envie de penser à sa propre décomposition, mais ça fascine quand même, tu peux pas vraiment détourner le regard.

Comment on choisit un nom d’artiste ?

Choisir un nom d’artiste je sais pas trop comment on fait… Je pense que ça dépend de chacun, certains vont avoir un choix très personnel et faire ça pour eux, d’autres voient peut-être ça comme une vitrine comme les marques choisissent des agences de naming pour que ça fasse cool sur un line-up, je sais pas… Je pense que par un nom tu peux aussi t’identifier à une scène, comme certains musiciens noise qui utilisent des pseudos incompréhensible (phénomène qu’on retrouve dans la techno parfois), la vaporwave qui a saigné tout ce qui était saignable dans le lexique informatique, ou la pop-rock parisienne avec des mots rigolos et pittoresques de la langue franglaise.

L’univers Fatma Pneumonia en trois mots ?

Dusk til dawn ?

Faire la fête, ça représente quoi pour toi ?

Faire la fête, c’est un peu tout le temps pour moi, rien que d’arriver à mon atelier et partager un café avec quelqu’un que j’aime bien constitue une petite fête, du coup je considère pas réellement ça comme une pratique particulière. J’ai de plus en plus de mal avec le fait de faire la fête dans des lieux institutionnalisés à Paris, c’est souvent trop violent pour moi, aussi bien économiquement que politiquement… Il me faut plus que des artifices pour que je me sente bien dans un lieu, sans parler de sécurité, j’ai besoin de sentir qu’il y a une vraie invitation à passer un moment avec des gens qui aspirent à la même chose, du coup je suis assez sélectif et préfère souvent les afters que je passe avec un petit comité de gens que j’aime.

D’après toi, pourquoi les gens font (autant) la fête en 2018 ?

Pourquoi les gens font autant la fête en 2018 ? C’est presque une question de dissertation de socio ça, y’a plein d’aspects qui sont tous intéressants à approfondir, et les angles de réflexions sont innombrables. On entend et lit souvent que c’est l’exutoire d’une génération désabusée, qui essaie d’oublier l’abattement global de sa société en jouant les hédonistes le weekend… Je trouve que c’est un peu facile, la fête c’est un business comme un autre maintenant, mais avec des cibles plus restreintes. Ce qui est vicieux c’est qu’on prône encore des valeurs libertaires dans un domaine qui a été gangrené par le capitalisme…

Ton rôle dans la nuit ?

Je saurais pas dire… Je fais écouter de la musique aux gens, j’essaie de communiquer avec eux comme ça, si ça marche je suis hyper content. Quand j’organise des trucs moi même je veux juste qu’on me voie comme quelqu’un qui avait une envie et qui la partage.

Ton envie, du coup, là, tout de suite ?

La lumière qui passe par la fenêtre est très belle là, j’aimerais qu’elle ne décline pas.

Cette mixtape, c’est l’allégorie de quoi, de qui, de quand ?

C’est un concentré des sets que j’ai fait cet été je crois, j’ai pas du tout l’habitude d’enregistrer du coup je sais pas si on peut en tirer une intention… En tout cas c’est que des morceaux que j’aime beaucoup ! D’ailleurs il faut que je remercie Savinien, Florian et Loïc, qui m’ont permis de l’enregistrer proprement.