Les Nuits Sauvages

« Avant d’être une soirée, [NO GENDER] était le fruit de mon imagination, celui d’un personnage, une superstar extraterrestre androgyne caractérisée par une sexualité totalement scandaleuse » – Heeboo
Fabrice Caterini

« Avant d’être une soirée, [NO GENDER] était le fruit de mon imagination, celui d’un personnage, une superstar extraterrestre androgyne caractérisée par une sexualité totalement scandaleuse »

Novembre 12, 2019

Fabrice Caterini

Originale et vagabonde, « en quête unique du plaisir et de la liberté », extravagance du cuir, hystérie collective et gourmande, fierté d’être qui l’on est, sans abords, ni contours déviés, c’est la [NO GENDER], imaginée par THE FUTURE IS FEMALE : un espace temps super queer où les barrières s’affranchissent d’elles-mêmes. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, la [NO GENDER] n’officie pas à Paris mais à Lyon. Ouai ouai.

La nuit queer lyonnaise a donc elle aussi son côté sombre, moderne et excitant. Il s’appelle NO GENDER, pour une abolition des frontières de genre, le temps d’une nuit, qu’on voudrait éternelle. Techno, désir et fantasmes assouvis, c’est le programme de cette soirée folle qui fête bientôt ses trois ans et que notre photographe Victor Maître couvrait le 31 mai dernier à l’occasion de sa collaboration avec MYST : Leather Pleasure (reportage photo ci-bas). À J-3 de la prochaine édition de [NO GENDER] w/ Angel Karel / Clara Cuvé / Lilith au Ninkasi Gerland, vendredi 15 novembre, on a voulu savoir qui se cachait derrière ce projet insolite et qui s’inscrit dans la durée. Rencontre avec Fanny, Morgane et Angel.

No Gender, vous pourriez vous présenter ?

 

Fanny : Fanny aka Nyx Sorgel, Responsable scénographie & performer [NO GENDER]

Morgane : Morgane aka Sin Eden, booking manager pour “THE FUTURE IS FEMALE”, performer pour Maison Saint Donjon, ancienne communicante et sexothérapeute en devenir

Angel : Angel Karel, Programmatrice & directrice artistique du collectif “THE FUTURE IS FEMALE”, Dj/Productrice 

[NO GENDER] c’est né quand et comment ?

Angel : Avant d’être un événement, [NO GENDER] était le fruit de mon imagination, celui d’un personnage, une superstar extraterrestre androgyne caractérisée par une sexualité totalement scandaleuse, débordante d’originalité, vagabondant de découverte en découverte, en quête unique du plaisir et de la liberté.

Morgane : Et PAF ça a fait la [NO GENDER] 

Pourquoi ce nom là d’ailleurs, [NO GENDER] ?

Fanny : [NO GENDER], qui inclut tous les genres

Morgane : Nous voulions un nom évocateur qui ne s’identifie pas à des règles de genre, mais à des valeurs de partage, de découverte, d’ouverture d’esprit

Angel : Le terme de [NO GENDER] dans ce contexte est un cri assumé à la liberté d’être qui on veut, au-delà des pans de la « normalité ». 

Quand il est 4 h du matin et qu’on vous demande ce qu’est la soirée [NO GENDER], vous répondez quoi ? 

Fanny : Une fournaise de personnes débridées et enflammées sur des DJs set techno, qui s’agrippent aux grilles de la salle ou dansant sur la scène.

Morgane : Un rassemblement d’amoureux, de passionnée, de curieux autour de la techno et de l’ underground où toutes les barrières sociétales s’effondrent : un condensé de folie bienveillante

Angel : Abdominal Pain ou Dark Flight, tout feu tout flamme. 

Et quand il est 8 h du mat’ ? 

Morgane : Le feu

Angel : Rock ‘n’ Roll Suicide 

Votre meilleure [NO GENDER] jusqu’à présent ?

Fanny : Elles sont toutes merveilleuses et de plus en plus à l’image de ce qu’on attend de cette soirée. Tout le monde peaufine, autant nous de notre côté sur le tableau qu’on veut proposer que le public qui se débride de plus en plus. La dernière de septembre était la plus bienveillante et full d’énergies positives. Et celle en collaboration avec la MYST était la plus folle.

Morgane : À chaque fin de [NO GENDER], je me dis que c’était vraiment la meilleure… jusqu’à la suivante. Nos soirées évoluent au fur et à mesure, tout comme le public qui vient à nos soirées. En termes d’expérience, nous cherchons toujours ce qu’il y a de meilleur à offrir : que ce soit d’un point de vue artistique, musical ou humain. Et je constate que le public évolue aussi en ce sens. Les gens viennent de plus en plus lookés, libérés et curieux.

Angel : Je dirais la première, car elle est unique ! Sans première, il ne peut pas y avoir de deuxième. Les idées fusaient pour raconter cette story, on était surexcité par le projet. 

Organiser des teufs pour vous, ça représente quoi ? 

Fanny : Faire bouillir des idées pendant des semaines pour créer une expérience unique à chaque fois.

Victor Maître

Morgane : Faire vivre et partager une expérience unique tout en véhiculant les valeurs que l’on défend.

Angel : S’envoler tous ensemble. 

C’est quoi le truc le plus jouissif dans le fait d’organiser une soirée ? 

Morgane : L’adrénaline, l’amour et la reconnaissance du public. Un bon cocktail pour continuer à organiser des soirées !

Angel : L’exaltation de vouloir proposer quelque chose de toujours nouveau et actionner des découvertes sensationnelles à travers cet échange unique lors des [NO GENDER]. L’imagination est la chose la plus importante. 

Et le pire truc ? 

Morgane : Les imprévus. Que ce soit matériel, humain ou environnemental, un imprévu dans l’organisation d’une soirée c’est souvent signe de mauvais présage. Montée d’adrénaline garantie ! Mais quand ça se goupille bien, ça devient jouissif, et ça fait une bonne histoire à raconter.

Angel : Je pense toujours au meilleur. 

Le public de la [NO GENDER] il ressemble à quoi ? 

Fanny : Transpirant, beau, hybride

Morgane : Libre, amoureux, chargé d’émotions = queer

Angel : Libre 

Qu’est ce qu’on attend d’un public d’ailleurs quand on fait une soirée ? 

Fanny : Qu’il soit respectueux, humain, et bienveillant tout en kiffant la soirée

Morgane : Qu’il soit ouvert d’esprit, curieux et respectueux des gens et de son environnement

Angel : Qu’il se laisse glisser dans l’orgie générale. 

On y boit quoi à la [NO GENDER] ? 

Morgane : On boit ce que l’on partage : de l’amour et du très hot !

Angel : Une sorte de potion magique de l’amour, un liquide biologique expulsé du corps… 

Sans transition, votre track préférée à écouter en after c’est quoi ? 

Fanny : Africa – Toto

Morgane : Bryan Ferry – Don’t Stop The Dance

Angel : Savages – Adore Life

Pourquoi on va en after d’ailleurs ? 

Fanny : Parce qu’on n’a pas envie de s’arrêter et qu’on a envie de prolonger l’ambiance jusqu’au petit matin.

Morgane : L’after se passe dans mon lit avec Morphée. Je prolonge la fête dans mes rêves !

Angel : Parce que ça ne s’arrête jamais, l’énergie se renouvelle en continu. 

Pourquoi on fait (beaucoup) la fête ? 

Fanny : Pour oublier notre quotidien, faire un break le temps d’une soirée et partager un bon moment entouré d’ami.e.s

Morgane : « La techno stimule chez les gens des sensations qu’on ne peut ressentir que dans la fosse »

Morgane : Pour évacuer toutes les tensions accumulées au fil des jours, des semaines, des mois, des années. C’est aussi un beau moyen d’expression corporelle. Quand on danse, le corps dit des choses que l’on ne dit pas nécessairement de façon consciente. La fête c’est aussi le bruit, le monde, c’est s’obstiner pour ne jamais atteindre la fin. Parce que : qui a réellement envie d’une fin ? 

Pourquoi autant de techno partout depuis deux/trois ans à Lyon ? Une idée d’où vient ce bouillonnement et cette reconnaissance européenne, voire mondiale, assez récente ?

Fanny : Lyon a toujours été reconnu ville électro, on a de très bons festivals reconnus et une culture underground de rave party en parallèle. Je pense que la techno s’est imposée d’elle- même, et tout le monde a pris le mouvement. On a les lieux et de belles programmations musicales.

Morgane : La techno offre quelque chose de brut qui permet au public de voir évoluer l’artiste lors d’un set. Ce phénomène crée une communion qu’on voit difficilement dans d’autres milieux musicaux. La techno stimule chez les gens des sensations qu’on ne peut ressentir que dans la fosse. Les soirées, festivals font aussi preuve de beaucoup de créativité en proposant une expérience sensorielle toujours plus travaillée.

Angel : Des énergies nouvelles audacieuses propulsées par une intensité si stupéfiante. Lyon is burning. 

Le truc le plus WTF qui vous soit arrivé en soirée ?

Fanny : Ma première fois au Berghain : dès que j’ai franchi l’entrée, j’ai commencé à me dire WTF?! Le style des gens, les corps à moitié chevauchés, l’architecture du lieu, puis une fois montée, c’était l’apothéose. Tu te prends le son dans la gueule, et une foule débridée. Je n’arrêtais pas de sourire tellement c’était dinguissime. J’avais trouvé LA soirée qui me correspondait réellement et je me sers beaucoup de cette expérience pour recréer une bulle berlinoise pendant les [NO GENDER].

Morgane : Il y a dix ans, un été : devoir marcher et escalader une montagne, pendant sept heures en tatane, tout en se trimballant le système son sur le dos, avec des amis, pour organiser une rave dans la forêt en Roumanie (Transylvanie). Le plus WTF c’est que pour orienter et accueillir les teufeurs sur le bon chemin, nous avions montés des gardes de deux, à tour de rôle, toutes les quatre heures. Les gens arrivaient après sept heures de marche, dans le noir, parfois sous la pluie (le tout sans smartphone). Nous étions munis d’une petite table pourrie, deux chaises bancales, une lampe électrique et un générateur qui faisait un boucan pas possible pour éloigner notamment les OURS, oui les ours et les LYNX. La vérité, pendant les tours de garde on ne faisait pas les malins. Pendant que les autres kiffaient dans le son, un peu plus loin dans la forêt. La teuf a duré huit jours et c’était… sportif !

Les gens arrivaient après sept heures de marche, dans le noir, parfois sous la pluie (le tout sans smartphone). Nous étions munis d’une petite table pourrie, deux chaises bancales, une lampe électrique et un générateur qui faisait un boucan pas possible pour éloigner notamment les OURS, oui les ours et les LYNX. La vérité, pendant les tours de garde on ne faisait pas les malins. Pendant que les autres kiffaient dans le son, un peu plus loin dans la forêt. La teuf a duré huit jours et c’était… sportif !

Angel : Avec cette fille dont je suis tombée amoureuse, il y a cinq ans, à Berlin, nous avons découvert cette expérience si sauvage et si singulière, chaude, sombre, vibrante, indisciplinée, à l’envers des normes, accueillant toutes les frasques inimaginables, déambulant dans des espaces démesurés pour des soirées sans fin, dans les recoins sombres à souhait, la liberté de tout faire, j’en suis tombée amoureuse. Et une fois à l’intérieur, on ne peut s’empêcher de vouloir le faire exister éternellement. 

Le truc le plus WTF qui soit arrivé à une soirée [NO GENDER] ? 

Fanny : Faire ma première performance dans le cadre d’une soirée, me retrouver à moitié en transe derrière la grille en communion avec le set d’Angel. Je m’arrachais une espèce de seconde peau en cellophane avec un ouvre-bouteille, recouverte d’un faux sang et je suis allée un peu loin à certains endroits de ma “vraie” peau. J’ai de belles cicatrices en souvenirs !

Morgane : Dans le cadre d’une performance avec le collectif Maison Saint Donjon, je me suis mise dans la peau d’une domina à tête de chien(ne), ce qu’on appelle plus communément le petplay (jeu de rôles de dominant/soumis en se mettant dans la peau d’un animal). Je tenais en laisse mes deux puppys. Nous avions travaillé toute une scénographie pour l’occasion, c’était plutôt WTF, surréaliste et intense. À ma grande surprise, le public était ultra réceptif et joueur ! Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on voit ce genre de chose (et on adore). Ou alors cette chose incroyable qui s’est déroulée dans la darkroom… mais bon c’était dans la darkroom donc TOP SECRET. Il faut y aller pour voir !

©Fabrice-Caterini
©Fabrice-Caterini

Angel : De voir dans les yeux d’une personne qu’il kiffe ce qu’il est en train de se passer et en vu des regards croisés, je peux vous dire que c’est souvent WTF… Il faut y aller pour voir. 

D’autres projets parallèles ? 

Fanny : Une nouvelle collaboration avec Bipo.cie pour créer une ligne de t-shirts et de totebags à l’image de la [NO GENDER], développer la scénographie pour qu’elle soit encore plus extravagante et approfondir les performances pour proposer des actions qu’on n’a pas l’habitude de voir en soirée techno. D’ailleurs, vous pouvez nous contacter sur la page de TFIF si vous avez des talents cachés pour enflammer encore plus la scène.

Morgane : Chargée de la programmation du festival “Reperkusound” en avril, carte blanche TFIF (The Futur Is Female / [NO GENDER]) pour une des scènes techno le vendredi soir, proposer des performances toujours plus élaborées avec le collectif « Maison Saint Donjon ».

Angel : Full musique dont plusieurs projets en même temps, j’ai collecté plusieurs idées, expressions, imaginations et je ne connais pas meilleur langage que la musique pour les évoquer. Retrouver le plus souvent possible, l’atmosphere, les émotions qui nous guident, du bonheur, du plaisir, de l’anti-conformiste et des sourires sur tous les visages. 


Adeline Journet

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