On s’est tous posé un jour la question : “Qu’adviendra-t-il de notre espèce ?”. Avec toujours la même frustration de se dire qu’on sera clairement pas là pour voir tout ça. Le futur interroge, étonne, fascine, attise curiosité et prédilections drôles ou apocalyptiques en tous genres. Et pour nous, pauvres teuffeurs, ramasses d’after aux genres épars, la question diffère un peu : “Comment on fera la fête dans 10 ans, 50 ans, ou même 100 ans ?”

Beaucoup se sont posé la question de “l’après”. Du mythique Retour vers le Futur à diverses expériences et révélations scientifiques,  nombreux sont ceux qui ont balayé du doigt, du regard ou de la pensée, celle très mystérieuse du temps et de notre place en son sein. Niveau presse, chez Vice on se demande ce qu’il adviendra de notre cher pays la France d’ici 2050, on s’imagine, entre fantasme et utopie. Chez Brain Magazine, avec leurs podcasts Nostalgie 2050, on se projette avec délice dans les méandres d’une décennie où nos vieux jours d’hipsters ravagés se déclinent sans illusions. Politique, société, économie, écologie, tout est clairement parti en couille. Sur Paris Match, on nous explique que d’ici 34 ans, les loups auront repeuplé tout le territoire. Dingue.

L’idée nous germe alors en tête un frigide lundi soir de décembre : mais et la fête dans tout ça ? Pas en 2050 mais quelques décennies plus tard, dans ce futur proche qu’est la fin des années 2000 et le début des années 2100. Que fêtera-t-on ? Quand et comment ? Fêtera-t-on encore, au juste ? Où seront passés les clubs ? La techno sera-t-elle un bref souvenir ? Jeff Mills un BB King que personne n’aura jamais vraiment connu et que certains moqueront ? La French Touch une vague notion enseignée à l’école du rire ? Le Berghain, quatre pauvres vieux murs de la nouvelle Russie dont personne ne se souviendra ? On s’est donc plongés dans les pensées de nos internautes, doux et bordeline oiseaux de nuit aux pourcentages de teufs plus ou moins élevés, pour savoir comment eux la voient cette TEUF 2100 que concrètement, aucun de nous ne connaîtra jamais… Haut les cœurs ! Et vive le rétro-futur !

2016-12-21-14_53_42-Gaëlle-Ma-TataGaëlle – 31 ans – web addict pro – 86%

“2100 odyssée de l’espace : tandis que la population est anesthésiée par le port de lentilles de réalité virtuelle en toutes circonstances, une bande de terroristes de la fête ouvre un espace interdit à la vue. Plongé dans le noir absolu, les corps y bougent sans se voir, s’entrechoquent, se poussent sur les SEDNO. Un génie de la musique scientifique a en effet inventé en 2084 de nouvelles ondes, baptisées SEDNO qui pénètrent directement dans la dopamine-zone jadis stimulée par les drogues hédonistes. Elles ont été interdit par le gouvernement fasciste qui sait que le plaisir peut réveiller les consciences. Le fait est qu’on ne connait pas les conséquences de ces ondes sur la santé mentale, on s’en fout pour une raison que je ne détaillerais pas ici mais qui est liée à la gravité sur mars. Car oui, l’homme mars et ça repart. Les DJs s’appellent des Ednos et ils sont dotés de pouvoirs magnétiques (sinon ils ne pourraient pas diffuser les ondes musicales), dans le lieu tout noir ils oeuvrent à la dissidence sociale et préparent la révolution qui poussera l’homme sur satourne.”

2016-12-21-18_06_50-Adeuline-JourneyAdeline – 30 ans – gourou de profession – 84%

“La teuf, c’est là où tout se libère. C’est l’instant assez spécial où plus rien ne compte vraiment. Mais où tout prend, en fait, son sens. La vie. La mort. Et la fine barrière qui les sépare et les unit à la fois. La teuf, c’est vriller à l’infini. C’est mourir et se renouveler sur un dancefloor, dans les bras d’autres corps connus ou moins connus. C’est tout lâcher et tout rattraper à la fois. C’est tout envoyer chier et tout retrouver, en deux claquements de doigts simples. Alors évidemment, il est compliqué, de s’imaginer sans à priori, ce que sera devenu la fête, nos instants chéris, en 2100. Déjà, on s’ra tous bien morts depuis longtemps. En 2100, les enfants qu’on aura pas, seront en âge, eux aussi, de n’plus être d’ici. Leurs enfants, nos petits enfants, petite quarantaine bien bien tapée, seront en âge, eux, de s’inquiéter pour Jessica et Bryan, toujours pas rentrés de Quarantaine. Quarantaine, c’est le nouveau concept d’œufs à la mode dans lesquels s’enferment tous les cools kids du 34e arrondissement de la capitale. En gros, Jessica et Bryan, ce sont tes arrières-petits enfants. Jessica a six doigts à chaque main et à chaque pieds. Bryan, lui, vilain petit canard de l’évolution, n’a pas eu cette chance dont jouit désormais 89 % de la population. Bryan, lui, n’a pas de poil au pattes et le QI d’un dauphin. Mais Jessica et Bryan s’entendent bien, dans ce rétro-futur proche c’est déjà ça, c’est déjà beaucoup, dans ce rétro-futur plutôt proche ou plus personne ne s’entend ni ne s’écoute. Parfois même, ils se parlent ailleurs que sur un Hyperphone le truc qui remplacera les smartphones, et te servira, enfin, de cafetière également- avec leurs cordes vocales, si si, et ça en étonne plus d’un. On rit d’eux, même parfois, à coups d’émojis holographiques balancés anonymement. Mais ça ne les atteint pas Bryan et Jessica. Bryan et Jessica sont un peu en marge.

A Quarantaine, on s’enferme dans des cellules grises qu’on appelle donc des œufs. A l’intérieur de ces bulles d’à peine plus de 3 mètres carrés, on se branche en s’allongeant simplement sur de froides plaques d’alu. Ensuite, tout se passe dans la tête.

  • 80 dollars ouai, le dollar aura finalement conquis la planète- la minute pour un Kiff Vintage : Marcel Dettman en live / cocaïne / gin tonic ou club-maté. En semi conscience, on augmente et on diminue l’intensité du kiff. Les dj set et lives des derniers producteurs de musique techno de l’ère humaine se vendent comme des petits pains et leurs maxi sont désormais des pièces de collection que l’on s’arrache aux enchères
  • 100 balles pour une minute de Fête Triste : larmes / MD / pulsations rave-lyrico-athéiste
  • 150 balles la minute d’Orgie : sexe / dose d’EOG (Easy Orgasm Giver) / saveur de peau au choix
  • le plaisir ultime, réservé au vrais riches, 250 balles la minutes pour la Petite Mort ou plus communément appelée chez les jeunes : SMVA (Simulation de Mort Virtuellement Assistée). C’est l’oeuf le plus prisé, les séances se réservent des semaines, voire des mois à l’avance. Et aucun des cool kids ayant vécu l’expérience n’en est jamais sorti indemne. Mais les places se réservent pourtant toujours, à prix d’or, et les petites morts virtuelles se vendent comme des petits pains .
Vous l’aurez compris, passé 2100, nos fêtes comme on les connait aujourd’hui, seront mortes et enterrées. Nous ne serons plus capables de larmes ni de plaisir charnel. Nos langues seront liées et nos oreilles désenchantées. Nous aurons, comme il est prévu, épuisé nos ressources d’amusement. Et nos morts seront misées sur des plateformes virtuelles. Nos doigts continuant de tapoter dans un mouvement continu. Encore et toujours, les touches de nos vies désamorcés, dans le vide, éternellement.

clémentClément – 22 ans – Etudiant en architecture d’intérieur et design – 62%

“Je ne sais pas s’il y aura une nouvelle révolution aussi puissante que celle d’Internet mais je crains qu’en 2100 les fêtes soient “connectées”. Peut-être que l’on ne se déplacera plus : un masque et un casque à réalité augmentée nous feront faire la fête et l’on se connectera avec qui l’on veut, où l’on veut.
Et pendant que j’écris, je me dis que les casques et masques à réalité augmentée seront certainement déjà obsolètes.
En tout cas, il me semble que le virtuel, l’illusion et le fantasme vont prendre le pas sur la réalité et le concret.”

claraClara – 23 ans – Etudiante en sciences politiques (et future reine de la nuit) – 93%

“En 2116, quand t’iras à une teuf, t’iras pas vraiment. Mais pourtant c’est tout comme. Ce sera un peu comme ça : vers 18h tu te déconnectes du taff, la journée est finie, bientôt tu vas pouvoir aller sortir, te défouler, écouter de la musique trop cool à divers endroits. Tu es chez toi. Tu te reposeras un peu, peut-être que tu feras un peu de sport même. Quand tu voudras bouger en soirée t’appelleras tes amis et puis tu fermeras les yeux. Vous avez décidé de faire apéro dehors, dans un parc vu qu’il fait plutôt bon. Au final tout se passe plutôt comme ce à quoi nous sommes habitués. Les codes restent les mêmes, les relations sociales aussi. Vous n’êtes peut-être pas physiquement au même endroit mais c’est comme si vous l’étiez. Vous sentez d’odeur de l’alcool qui se renverse sur votre pull, mais nous n’avez pas à nettoyer. Vous sentez l’odeur de la clope mais elle ne vous fait pas de mal aux poumons. L’alcool est toujours là, il suffit d’en téléchargez un peu, rien de plus simple. Ce qui est cool c’est que chacun peut choisir son alcool au centilitre, on n’a plus besoin de galérer avec les goûts de chacun. C’est la simplicité absolue. Un moment quand même vous déciderez de partir, parce qu’il y a un des DJs que vous voudriez voir qui joue à telle heure. Vous arrivez dans la boîte instantanément, même s’il n’y a pas encore trop de gens on ressent la lourdeur de l’air. C’est une des meilleures boîtes de Paris, construite sous les vestiges du Rex Club, et qui s’étend sur 3 étages en sous sols. La musique est trop belle, la qualité sonore est parfaite, mais le contraire serait étonnant vu qu’elle est diffusée en HQ directement dans tes synapses. L’alcool te soulera peut-être un peu au bout d’un moment, car, même s’il est virtuel il fatigue. Tu verras, la consommation de drogue est si simple ici. Tout est téléchargeable, et tout est pure, ou du moins c’est ce qu’ils disent. Quand t’en auras marre de la soirée tu pourras facilement te déplacer à une autre, sans devoir refaire la queue ou avoir l’air défoncé devant le videur. L’after n’est qu’à un pas, enfin même zéro, la fête n’existe pas vraiment et donc elle ne finit jamais. Enfin si, un moment tu fatigueras, tu te déconnecteras et t’iras dormir. Les DJs pourront faire encore plus de gigs à la suite, ça sera super simple. Ils mixeront vraiment, mais dans leur têtes et celles de tous ceux qui ont décidé de se connecter à cette soirée.

Néanmoins, tout le monde n’aura pas l’envie ou les moyens d’avoir un implant. En dehors des sentiers battus, certaines personnes raveront encore dans les multiples lieux désaffectés. Des lieux abandonné y en a plein depuis la virtualisation, ça tombe bien. La drogue sera réelle, et les enceintes crachent du son pour de vrai, et ce petit grésillement qui peut nous paraître désagréable, il deviendra un vrai signe de la réalité. La vraie fête, elle sera aussi vécu par des adeptes du virtuel, qui décideront de ne pas faire usage de leur implant, dans la recherche d’une expérience véritable.

La technologie évolue, mais la teuf reste la même.”

1192642Simon – 22 ans – Etudiant en communication – 91%

“En 2100, on se donnera rendez-vous 10 minutes avant la teuf. Dans des grands champs prêtés par les copains. Chaque individu fera partie d’un cercle, d’une confrérie et les biens sur les lieux, seront tous mis en commun : argent, drogue, alcool, nourriture, vêtements, vinyles. On déposera tout ça dans des grands bacs et tout servira. L’entrée sera bien sûr, libre, l’espace libéré, les chaînes cassés. Tout le monde sera danseur et dj de la fête, barmaid et buveur, dealos et camé, portier et responsable du bien-être de chacun. En 2100 on sera tous responsables les uns des autres. Plus d’accidents, de mauvais trips, de bads mortels, on en laissera pas un(e) sur le côté, on se soutiendra, on se portera, on s’aimera, un peu différemment qu’aujourd’hui, mais sans doute un peu mieux. En 2100 les histoires d’amours seront multiples et cosmopolites, les corps seront déliés et les destins tous liés. Dans un cercle, une bulle, une confrérie, les cœurs ne feront qu’un et les fêtes seront plus belles que nos assourdissements actuels. En 2100 on vivra nos teufs dans des rêves et nos rêves seront tous teufs.”