INTERVIEW DU TEUFFEUR 6.0 – Le teuffeur 6.0, c’est le mec, la nana, la créature nocturne de demain, inspiré des folies d’hier, qui prend son envol dans les nuits et les matins d’aujourd’hui. C’est cet oiseau pour qui la fête est respiration, vitale, comme une bouffée d’air indispensable au bon déroulement des choses, comme un cachet qui rend aimable. On continue notre série de ce début d’hier avec Nissa, couveuse douce et extravertie des nuits sauvages de.. par ici, et par-là.

Nissa, c’est la meuf qui arrive dans le club en premier. Celle qui en sort en dernier. Son gasoil ? L’amour (et des coupes de cheveux qui se transforment au fil des humeurs de nuit). “DJ CRARI résident chez ta reum” le vendredi soir, gogo des podiums qu’elle improvise le samedi, Nissa elle voit des choses qui n’existent pas quand la nuit tombe, et heureusement qu’elle est là. Là, pour assumer ce que tout le monde pense en secret mais ne dit pas beaucoup : les clubs sont morts, la fête est dehors. Oups. Nissa, plus qu’une fille en or qui rayonne -même dans les caves les plus oppressantes, c’est aussi la pro des chutes. Par toute saison, elle fait rire les copains, l’andouille mignonne qui rêve d’une résidence au Tango. Nissa, elle aime les gens, Nissa elle touche à tout et à tout le monde. Derrière ou devant les platines, à regarder fièrement ses potos passer des disques, comme si elle était leur maman. Elle couve, Nissa elle ouvre les bras. Comment les lui refuser ?

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crédit : Lea Singe

Ton prénom : Nissa

Ton âge : 28 ans

Tu fais quoi dans la vie d’ailleurs, officiellement ?

J’ai une friperie itinérante très cool, qui s’appelle Mermaid Express.
Je l’ai lancée il y a plus d’un an avec mon partner in crime Billie Mackenzie. On crée des pop-up lors de soirées ou de festivals et on organise aussi nos propres événements. Le prochain c’est un marché de Noël du tur-fu à la Capela, l’event est pas encore sorti mais on peut commencer à en parler !!

Et plus officieusement ?

Mon profil insta dit “CEO @ “tu préfères” corporation. Other half of @themermaidexpress – DJ CRARI résident chez ta reum”. Tout est dit.

Ta première soirée en club c’était quoi ? 

J’ai du sortir un peu dans les clubs pourris de stations balnéaires quand je vivais en Allemagne, à l’époque du lycée, mais je ne m’en souviens pas très bien. Ma vraie première sortie en boîte à Paris c’était en 2008, j’avais 18-19 ans, c’était aux Planches avec ma grande copine de l’époque, Pauline, et c’était super naze. Je me souviens que j’avais fais boucler mes cheveux vénère, je portais un legging noir, un top à frange et des talons, mon dieu je donnerais cher pour revoir ce que ça donnait.

Tu te rappelles de quoi de cette soirée là ?

Un mec qui était en fac de droit avec nous à l’époque nous avait offert des verres de whisky sur sa bouteille, et j’avais trouvé une petite liasse de billets de 10 euros dans les toilettes. J’étais pas du tout à ma place et j’étais encore choquée de voir que des gens de mon âge puissent avoir autant d’argent à dépenser-gaspiller. Nous on avait même pas de sous pour un taxi, et c’est pour ça qu’on restait jusqu’à la fin, pour pécho les premiers métro. C’était pas un super souvenir, et d’ailleurs j’ai pas souvent retenté ce genre d’expérience. Pendant toutes mes études j’ai été super sage, je crois que je suis sortie moins de dix fois en club, et c’était au Social Club ou au Gibus avec mon amie Alma. C’est quand j’ai fini mes études et que j’ai déménagé à Londres que les choses ont commencé à partir en vrille …

Ton anecdote de soirée la plus géniale/drôle, c’est quoi ?

Tous les weekends ont leur lot de trucs dingues à raconter. Mais les histoires les plus drôles ou géniales c’est souvent des toutes petites choses que tu partages avec tes amis, c’est jamais assez grandiose pour être raconté après coup. La fête c’est surtout la succession de ces petits moments que tu vis avec les gens que t’aimes.

C’est ce beau lever de soleil, au milieu de l’été, qu’on a regardé au bord de l’eau, au Club der Visionaere, avec ma sœur et ma cousine, en se disant des mots d’amour.

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crédit : Jules Borie

C’est quand j’ai rencontré un garçon un jour qui dansait torse nu, et que je trouvais que ses tatouages de serpents étaient trop beaux, j’avais l’impression qu’ils ondulaient. En fait le mec n’était pas tatoué et tout était juste dans ma tête.

“Il m’arrive de ne pas pouvoir respirer tellement je suis excitée à l’approche de telle ou telle soirée…”

C’est quand je me suis cassé le pouce en faisant l’andouille au Starnight, juste pour faire rigoler mon pote Erwan.

C’est ce moment génial quand, à la fin de la soirée Make Villejuif Great Again, je me suis retrouvée à jouer de l’eurodance et que devant moi j’avais la brochette de mes dj parisiens préférés qui dansaient sur “Freed from desire”.

La fête, ça tient quelle place dans ta vie ?

Une place énorme. Je peux compter sur les doigts de la main les weekends de 2017 ou je ne suis pas sortie et pendant six mois je crois bien que je n’ai dormi que six jours par semaine. Il m’arrive de ne pas pouvoir respirer tellement je suis excitée à l’approche de telle ou telle soirée.

J’ai commencé à vraiment faire la fête vers 2011 avec la Flash Cocotte, les House of Moda, la Bizarre Love Triangle… Ces soirées gays, c’était une des découvertes les plus merveilleuses que j’ai pu faire. Avec ma petite expérience du Social Club, je déboulais dans un monde de paillettes où tu peux porter tout ce que tu veux, venir déguisé ou carrément en culotte et tout le monde s’en fout complètement. Pendant des années j’ai suivi ma bande de copains sans trop poser de question, et un jour on m’a emmenée au Peripate, à Porte de la Villette. Et là c’est clairement une étape encore au-dessus ; les gens sont nus, plus âgés, plus hétéros aussi. Là je me rends compte que de rester des heures et des heures à danser et rencontrer des gens ça me rend vraiment heureuse. C’est à partir de là que j’ai commencé à sortir vraiment tous les weekends, à être exigeante sur le genre de musique que je voulais entendre…

“Pour moi le clubbing est devenu chiant”

Après ça, on a commencé à organiser des soirées avec mon crew. Quand tu passes un peu de l’autre coté tu comprends le travail monstre que c’est d’organiser une teuf et tu deviens encore plus reconnaissant du boulot des autres qui te permet à toi de faire la fête le weekend d’après.

Tu as l’impression qu’on fait de plus en plus la fête à Paris ou le contraire ?

Je ne sais pas si on fait plus la fête, mais en tout cas on la fait différemment. Je trouve ça génial que ce soit les collectifs et les lieux alternatifs qui se multiplient, et pas les club à proprement parler. C’est des endroits comme le Péripate, la Station-Gare des Mines, l’Aérosol, le Chinois, les squats comme le Hangar, les collectifs de fous comme la BP, Champ Libre, 75021, qui font que le paysage de teuf parisien me plait plus que jamais aujourd’hui.

En plus de ça, tous les weekend je vois passer des events super bien faits, avec des line-up solides et plein de nouveaux lieux, et ce qui est vraiment cool c’est qu’il y en a pour tous les goûts.

Et ça vient d’où ça, d’après toi ?

Pour moi le clubbing est devenu chiant. Même des endroits pointus comme Nuits Fauves ou la Concrète, je n’y mets plus les pieds parce que ça ne m’amuse pas. Une fois que tu découvres ce que c’est que de faire la fête avec des gens ultra heureux, dans un contexte beaucoup plus libre, beaucoup plus bienveillant, dans des lieux investis par des collectifs qui ont une énergie incroyable et qui ne sont pas guidés uniquement par des impératifs économiques, c’est dur de retourner faire la queue devant un “vrai” club pour passer ta soirée à te faire bousculer toute la nuit et payer ton coca 80 euros. Peut être que ça explique qu’on se tourne de plus en plus vers cette scène alternative qui nous ressemble plus.

“AZF est une de mes personnes préférées au monde”

Toi, c’est quoi qui te pousse à sortir le soir ?

Je sors pour voir du monde, pour passer du temps avec mes copines, avec ma sœur qui sort avec moi, pour retrouver toute cette communauté de gens merveilleux que j’ai rencontrés dans la fête au cours des deux dernières années. Ce coté social est essentiel pour moi. J’ai du mal avec les gros hangars pour des soirées techno immenses avec plein des kids que je ne connais pas. Je préfère aller là ou je vais pouvoir m’affaler dans un canapé avec plein de gens que j’aime et rigoler toute la nuit. Je vais aussi le plus souvent possible voir mes amis jouer. J’essaye de ne jamais rater AZF (qui est une de mes personnes préférées au monde) quand elle joue à Paris. Plus je l’aime et plus j’aime ce qu’elle joue, et inversement, c’est sans fin. J’ai plein de copains DJ qui sont tous hyper talentueux dans leur domaine, Waldman qui vient de monter LIEF records, Bamao Yendé le king de Boukan, Quentin de Vedelly et une grosse poignée d’autres.

Y a rien qui me rend plus heureuse que de danser à fond quand c’est quelqu’un que j’aime derrière les platines. Je danse et je les regarde fièrement comme si j’étais leur mère, je sais c’est super chaud …

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Mermaid Express / crédit : Camelia Mogghadam

Tu vas en after ? Pourquoi on va en after d’après toi ?

Carrément. Et c’est mon moment préféré du weekend. Ça m’angoisse d’arriver à la fin de la fête, je m’amuse tellement que j’ai envie que ça dure pour toujours. Quand j’ai envie de continuer à danser et à rire et que tout le monde veut rentrer c’est horrible. Je reconnais que je suis difficile à fatiguer. A l’inverse, quand je demande à Camelia ou Roxane si elles veulent se coucher et qu’elles me répondent avec la même grimace de dégoût “dormir? mais quelle idée !”,  rien ne me comble plus de bonheur. J’avoue que sur ce coup là, mes copines sont plutôt fortes pour tenir la route.

Ton record de nombre d’heures de fête, c’est quoi, allez balance…

Il m’est arrivé plusieurs fois de me lever le vendredi matin et de me coucher seulement le lundi matin. Je ne sais plus trop pour quelle occasion, mais c’est un truc que je peux faire quand le weekend est chargé.

Ton plus grand fail en soirée, c’était quoi ?

Ma grande spécialité ce sont les chutes. Parfois c’est vraiment pas drôle, comme quand je suis tombée de la scène du Peacock festival cet été. Mais parfois si. Il y a deux ans, pour Halloween, à l’after 3615 Citrouille au Gibus, je suis montée sur scène (alors qu’on ne m’avait rien demandé) et en dansant comme une folle, j’ai glissé avec mes plateformes et je me suis rétamée. Je suis partie à quatre pattes chercher ma perruque que j’avais perdue et je me suis barrée au plus vite en espérant que personne ne m’aie vue. Évidemment les témoins étaient nombreux, et quelqu’un a même filmé la scène …

“En un claquement de doigt il est 7 h du matin et t’es en after dans une boutique de robes de mariée…”

Tu arrives au bar, tu commandes quoi ?

Je ne bois quasiment pas d’alcool. Alors au bar en général je prends une bouteille d’eau. Je suis une petite frappe, je tiens à peine à la Smirnoff ice, ma boisson de prédilection. Bon je me laisse quand même tenter par quelques shots de vodka get de temps en temps, mais en général quand je bois je me couche tôt, je ne peux pas boire et tenir debout toute la nuit.

Tu peux nous raconter ta plus belle nuit ?

Il y en a eu des très belles nuits. Mais le souvenir le plus marquant que j’ai c’est la première fois que je suis entrée à Champ Libre. Mon amie Khouloude m’avait traînée là-bas quasi de force, je sortais du boulot j’avais aucune envie d’aller danser. Tout d’un coup je me suis retrouvée dans ce purgatoire, avec pas assez d’air pour respirer et pas assez de lumière pour voir. Je me souviens avoir pensé que j’allais pas réussir à survivre dix minutes. Évidemment je suis restée dix heures. Et à partir du moment où j’ai découvert Champ Libre je ne suis plus sortie ailleurs pendant des mois. Tout était là, je n’avais besoin de rien d’autre. C’était un endroit, un format et une communauté qui était au-delà de tout ce que j’ai pu voir la nuit, à Paris ou ailleurs.

Tu es de type qui chope ou qui se laisse choper ?

Ni l’un ni l’autre. Déjà parce que j’ai un mec, mais même sans ça je ne trouve pas que la fête soit très propice pour pécho. Je préfère mille fois danser avec les filles ou discuter avec des inconnus que rouler des pelles.

Y’a un bar à Paris où il t’arrive de faire la fête comme en club ? 

Oui, le Dixième, sans hésiter. C’est le bar de mes amis, Arnaud et Xavier, à Strasbourg Saint-Denis et c’est le pire traquenard possible. Tu penses passer pour un petit verre en te disant qu’on est jeudi, qu’il est 17 h et qu’il ne peut rien t’arriver, mais en fait tu croises la moitié de tes potes en terrasse et en un claquement de doigt il est 7 h du matin et t’es en after dans une boutique de robes de mariée ou chez Junior (pauvres colocs).

Le meilleur club actuel pour toi ?

Le Tango, aka la Boîte à Frissons, rue au maire. Fin du game. Si un jour le DJ prend sa retraite, j’espère qu’ils penseront à moi pour lui succéder. On a exactement la même playlist.

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Le remède qui soigne ta gdb du lendemain ?

Vu ce que je bois pas j’ai rarement la gueule de bois. Et ma théorie c’est que si tu finis par un bel after avec la lumière du soleil et des gens qui te font rire, tu ne ramasses presque pas.

Ton QG pour le before ?

J’aime bien arriver tôt en soirée alors je suis pas une très grande fan des before. Mais si il faut prendre un petit verre avant, je vais au Dixième.

“Pas de drogue du tout”

Ton heure d’arrivée moyenne en boîte ?

LE PLUS TÔT POSSIBLE. Généralement, les fêtes que je préfère commencent dans l’après midi. Donc vers 16h je suis déjà là.

Heure de départ ?

Ca dépend vraiment. J’aime bien rester jusqu’au bout, sauf si quelqu’un propose son appart pour un after.

Drogue dure ou drogue douce ?

J’ai fait l’expérience récemment de la plus grosse peur de ma vie, et c’était lié à la drogue. Une fille a fait une overdose lors d’une soirée que j’organisais avec mon crew. Elle va très bien, et j’en suis ravie mais c’est quelque chose qui peut arriver et on l’oublie trop souvent. Alors je vais peut être paraître naze mais je vais répondre : pas de drogue du tout. Car je pense qu’on peut carrément se passer d’en parler !

Ton track de la teuf ?

J’ai envie de mettre un lien vers un mix de 10 h de tubes eurodance. Mais je vais pas vous infliger ça.
Je te fais une petite sélection parce qu’un seul track c’est impossible !

Le premier morceau c’est AZF qui me l’a fait découvrir, je l’écoute tous les jours et c’est généralement ce que je mets quand on me tend l’ordi en soirée :

Mon all time favorite c’est un grand classique, mais je l’écoute, je le chante, je le joue (parfois plusieurs fois dans le même set), je l’aime tellement, il est parfait.

Je suis obligée de caler un peu de frapcore, parce que le rap c’est ma première passion et que ce remix me rend systématiquement folle

Et je finirai avec un peu de pop, parce que tant d’efficacité ça fait du bien.

Je me rends bien compte que c’est très chelou comme sélection. Je crois que ça donne pas trop envie de faire la fête avec moi … ! (rires)

“Selon moi, tous les teuffeurs peuvent être classés dans les quatre maisons de Poudlard selon leurs habitudes de sorties”

Quel type de teuffeur seras-tu dans 10 ans, d’après toi ?

J’aurais peut être raccroché ma banane. Sauf si on peut laisser les enfants au vestiaire pour 2 balles…

Si tu as des gosses, tu les vois sortir comment dans 20 ans ? 

Déjà en 20 ans, le Salo aura eu le temps de changer encore 50-60 fois de nom et de direction artistique, mais peut être que ça existera toujours ? J’avoue que c’est pas une question qui me taraude, mais je fais déjà confiance à mes enfants pour trouver une manière de faire la fête qui les rendra heureux. Et moi dans 20 ans je leur raconterai des histoires mythos sur le Berghain (où je n’ai jamais mis les pieds), un peu comme ceux qui nous parlent du Pulp aujourd’hui…

Un samedi comme un autre, 3 h du mat’, on te trouve où ?

Dans le coin chill de la soirée que j’aurais choisie. En train d’expliquer à un inconnu ma théorie : selon moi, tous les teuffeurs peuvent être classés dans les quatre maisons de Poudlard selon leurs habitudes de sorties. Weather et Concrète c’est très Gryffondor par exemple. Moi je suis Serdaigle, sans hésiter. Je tiens beaucoup à cette théorie, mes potes en ont marre je crois…

Photo cover : Pierrick Rocher