Nouveau sur le paysage parisien, Netsh, c’est la dernière trouvaille des gros bad-ass de Qui Embrouille Qui (t’sais le festival-label-collectif qui met le bordel dans ta fête). Chineur de techno avant tout, Netsh naît avec l’IDM, les cracks d’Ableton et l’inspiration de ceux dont l’oeuvre précède la gloire. La gloire, il en a rien à foutre, pour parler poliment. L’occasion pour nous de nous pencher sur ce petit toulousain qui ne suit ni les codes, ni les modes, ni les vagues, et en fait des tas, de vagues.

On le retrouve samedi 21 avril au Petit Bain pour la toute première collaboration de deux crew de choc : Chineurs de Techno et Zoll Projekt. Au côté de Wrong Assessment, Emissär et Hob, Netsh va envoyer du lourd, du pâté, de la meringue fraîche ! Avant le grand soir, on découvre un peu la bête. Netsh, aka le mec qui est pas là pour faire des manières ni pour t’embrouiller.
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Netsh, qui es-tu ?

Netsh, 22 ans je vis à Toulouse et bosse dans un magasin de vinyle. Je fais partie des crew Chineurs de Techno et Qui Embrouille Qui

Comment t’en es venu à la musique ? 

Quand j’ai découvert que j’avais des oreilles et qu’il y avait des sons. Plus sérieusement, je ne vais pas te dire comme tout le monde que j’ai commencé en faisant du piano à quatre ans ou que j’ai écrit mon premier opéra à six ans car déjà ça serait faux et ça n’a pas grand intérêt. J’en suis venu à produire quand j’ai su comment on pouvait télécharger des torrents pour cracker Ableton et Renoise. Après tu ne peux pas sortir des productions dont t’es réellement satisfait au bout de deux jours sur Ableton (encore moins sur Renoise), donc tu approfondis et explores le logiciel.
“Une montée n’est rien d’autre qu’un effet secondaire à l’intensité que tu mets dans ton travail”
Ça m’a pris quelques mois avant d’en sortir des morceaux, à 18 ans j’ai commencé sous un alias (Acid Cat) axé IDM/Braindance par sortir deux albums en auto-production (Syrhex Series et Streich_03-07.Ebr(x)) de 35 morceaux en tout, puis un an plus tard j’en suis venu à sortir sur un label en Roumanie, soundsphere.ro, pareil, deux albums IDM (The Day I Became This et Quartz Live Sessions) de 24 morceaux en tout, et en 2017 j’ai crée Netsh.

Ce nom de scène, il vient d’où ? 

“Netsh” en gros c’est une invite de commande dans Windows, c’est l’abréviation de network shell”. Ça permet d’afficher ou modifier la configuration des réseaux autour de ton ordi ou parfois de changer ton adresse IP, c’est une explication barbante, mais ça signifie qu’on est tous dans un réseau, qu’on a tous une identité et que ces valeurs peuvent être altérées n’importe quand.

Et tu le prononces comment ?

Ça se prononce [nɛts]

Une montée, pour toi, c’est quoi ?

C’est vague une montée, ça a plusieurs sens, si on parle de carrière musicale c’est quelque chose dont il vaut mieux ne pas prêter attention, c’est pas important de savoir si on va monter ou pas. Une montée n’est rien d’autre qu’un effet secondaire à l’intensité que tu mets dans ton travail, si tu commences à te soucier de ta montée” c’est sûrement que tu n’es pas assez passionné ou épanoui dans ce que tu fais. L’image, la gloire et la popularité tout ça c’est du vent. La reconnaissance de ton travail doit arriver naturellement, faut pas la forcer.

Et en dehors de Netsh, y’a quoi ?

Etant allergique à l’enseignement, j’ai passé mon bac au plus vite et puis je suis allé travailler directement là où je suis depuis bientôt six ans, dans un magasin de vinyle.

Et sans la musique, ta vie, ce serait quoi ?

C’est compliqué de devoir imaginer une autre passion quand tu n’en as qu’une dans laquelle tu te donnes à fond ; après tout, les passions se créent suite à un déclic, personne ne naît passionné de curling. Parmi les quelques loisirs que j’ai pu avoir jusqu’à aujourd’hui, il n’y en a aucun qui m’a fait ressentir autant de passion que de créer de la musique, il y a un côté obsessionnel dont je ne peux pas me passer. J’ai toujours besoin de créer.
“La musique, et en particulier la Techno, doit rester un espace de liberté où les gens créent ce qu’ils aiment et dansent, pas une quête de gloire en regardant ce qui marche aujourd’hui”

Si on te demande de résumer ta musique en trois mots ?

Je n’aime pas décrire ma musique à des gens avec des mots, je leur fais écouter, c’est le but d’une musique de raconter une histoire, ça serait dommage de la résumer en trois mots.

Tes premiers amours musicaux ils viennent d’où ?

Mon premier et seul amour musical est Aphex Twin, le premier morceau que j’ai écouté d’AFX c’était vordhosbn et c’est à mon goût le meilleur morceau de musique électronique car la première fois que je l’ai entendu ; je n’arrivais pas à l’analyser et le comprendre, chose qui m’énervait, mais tu ressens quand même toute l’émotion dès la première écoute et cet état de confusion quand t’écoutes de la musique c’est une sensation particulière, parfois dérangeante, mais c’est à ce moment que tu comprends que la musique n’est pas qu’un fond sonore. J’admire aussi énormément le canadien Venetian Snares qui est un puits de créativité dans tout ce qu’il entreprend.

Tu y crois toi à un renouveau de la musique techno ?

De la musique techno, non. De l’esprit techno, j’espère ; j’ai toujours vu la techno comme un cycle qui vogue d’une mode à l’autre, il y a quelques mois c’était l’acid et l’indus” qui étaient très à la mode, maintenant c’est plutôt l’EBM et l’électro. Mais ce sont des styles qui ont déjà été faits il y a 20 ans, on a juste un meilleur rendu aujourd’hui car la production est devenue plus accessible et plus évoluée technologiquement parlant, mais c’est pas une nouvelle ère. Peut-être qu’on parlera d’une nouvelle ère de la techno quand certains gros ou jeunes producteurs arrêteront de suivre les modes et commenceront à faire ce qu’ils aiment vraiment eux et pas ce que les autres veulent qu’ils fassent. La musique, et en particulier la Techno, doit rester un espace de liberté où les gens créent ce qu’ils aiment et dansent, pas une quête de gloire en regardant ce qui marche aujourd’hui ; que tu fasses de la tech-house ou du breakcore, tant que c’est ce que tu aimes, fais-le, mais ne laisse pas ta créativité et liberté musicale s’empoisonner par ce qui va fonctionner pendant quatre mois. Dans la mode, on regarde le nom du couturier, pas celui des mannequins.

Comment ça s’est fait avec Qui Embrouille Qui ?

On s’était rencontrés avec DJ AZF quand elle jouait à Toulouse il y a bientôt deux ans, le projet QeQ n’était pas encore officiel à ce moment là, on est restés en contact après ça, puis elle m’a invité à jouer à son festival l’été dernier à La Station avec que des artistes incroyables et adorables. Le bastion Qui Embrouille Qui s’en est logiquement créé par la suite, et je suis super fier d’en faire partie, car il n’y a que des artistes très humains, passionnés par ce qu’ils font, une grande famille en somme.

Toi t’embrouilles qui ?

Je m’embrouille déjà bien assez tout seul pour arriver à embrouiller les autres !