Nana Benamer, djette de la téci, entre Tchernobyl et la garrigue, de la scène des Spice Girl à un garage rock, ça fait vlam, ça fait splatch et ça fait chtuck. Douce et castratrice, Nana Benamer, semble issue de l’esprit délicieusement dérangé du rejeton mal-aimé d’une Emilie Simon sous ecsta et d’une Lova Moor enfin romantique.

Nana Benamer sera au line-up de la très attendue Queer Station #5, vendredi 29 juin prochain, au côté de Punish Yourself ou encore VIRILE pour un set de techno weirdo. L’occasion pour nous de lui demander quelques pas libres et exclusifs dans son univers, via une mixtape de 50 minutes, entre acides tendres et demi-conscience ultra viole(n)t(t)e.

Tu en es venue comment à la musique, pourquoi la musique, et pourquoi cette musique là ?

Au début de l’école primaire avec mes copines on jouait à être les Spice Girls, on donnait des concerts dans la cour de récré. J’étais Baby Spice parce que c’était la plus jeune et la plus blonde. Ensuite comme on aimait chanter on s’est inscrites à la chorale de l’école. Puis j’ai continué à être dans la chorale de la ville jusqu’à mes dix-huit ans même si j’avais une octave en trop dans ma gorge. En même temps je prenais des cours de guitare classique au conservatoire parce que je voulais être une rockeuse, mais c’était pas la bonne solution, alors j’ai essayé de faire un groupe. Je n’ai pas réussi parce que personne dans mon quartier n’écoutait de rock, personne n’avait d’instrument, et personne n’avait de garage parce qu’on habitait tous dans des cités, sauf les blancs qui écoutaient Kyo, eux ils habitaient dans des pavillons, et ils avaient certainement des guitares et des batteries mais j’étais pas trop crédible à leurs yeux, ils me regardaient de travers et ils me complexaient.

Puis au lycée j’ai décidé d’arrêter d’attendre les autres, d’attendre l’espace, j’ai piraté un logiciel de musique sur mon vieux PC et j’ai commencé à faire des trucs électroniques toute seule et à chanter par dessus.

Le nom Nana Benamer, il vient d’où ?

Il m’est venu à moitié sur un livret de famille, à moitié comme une envie de chier. Il signifie rien, tout comme Karlheinz Stockhausen.

L’univers Nana Benamer, en trois mots ?

Ça fait vlam, ça fait splatch et ça fait chtuck

Faire la fête, ça représente quoi pour toi ?

Faire la fête pour moi c’est soit aller en boîte et être enfin libérée de la présence asphyxiante de l’homme hétérosexuel, soit danser sur les sets de mes dj préférés et là devoir se coltiner de l’hétéro à tout va.

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Pourquoi les gens font autant la fête d’après toi ?

Je crois que les gens font autant la fête en 2018 parce qu’ils ont une vie de merde, un besoin irrépressible d’amnésie et que ce sont des lâches qui n’assument leur oisiveté et leur psychologie tordue qu’une ou deux fois par semaine seulement la nuit et au moins sous alcool dans des espaces clos.

Ton rôle, dans la nuit ?

L’attendeuse de taxi avec le manteau à moitié sur le dos et le brushing détruit.

Et sinon ?

A coté de ça je regarde des tutos maquillage, des défilés Chanel, je lis Marguerite Duras, je pense aux garçons. J’ai 27 ans. Mon plus grand rêve c’est de ne jamais avoir le cancer. Je n’aspire à rien en ce moment je déteste la vie, mais souvent ce qui me sort du lit, c’est le livreur DHL express, ou bien quand il fait beau, c’est le désir violent d’une viennoise au chocolat qui me vient du fond de l’estomac, j’adore vraiment aller dans les boulangeries au réveil sous le soleil.

Et ton envie, là, tout de suite ?

Une rhinoplastie à Neuilly-Sur-Seine