Paris a besoin de ses jeunes collectifs. Paris a surtout besoin que ses jeunes collectifs s’implantent et continuent de créer. Comme celui de La Klepto. Parce que faire une soirée n’est pas l’affaire la plus complexe à mener. Mais tenir. Durer. Évoluer. Continuer d’avancer malgré certaines embûches et autres épreuves nocturnes à braver. C’est ça qui fait la différence entre un collectif qui dure et un collectif qui n’aura même pas connu l’usure. La Klepto nait en 2013 sous l’impulsion de membres d’un autre collectif, La Culottée. Au fil des années, elle perce, elle bondit, elle disparaît, pour mieux rebondir et traverser les rues de la ville et de l’espace queer friendly avec sagesse et folie.

Nicol et Marion, on les croise un peu partout la nuit, mais surtout derrière les platines des fêtes les plus cooles de la capitale. Pas une simple sortie, pour eux la fête est religion. Et depuis 2013 c’est au sein du collectif La Klepto qu’ils continuent de se faire les armes pour défendre une fête multi-couleurs où performances et VJing gagnent leurs lettres de noblesse haut la main.

Alors haut les cœurs ! Ce soir c’est direction Le Chinois, tu sais cet endroit délicieusement random où tous les collectifs cools tentent de choper un créneau teuf, pour leur grand come-back tout en beauté. Au programme, un live techno torturé de Society of Silence. Puis beaucoup d’amour et de musique.

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Présentez-vous, ou taisez-vous à jamais.

Marion32 ans, cheffe de projet web en freelance, pour pouvoir me lever tard. Je suis entrée dans La Klepto à sa création en 2013, en tant que DJ résidente. 
Nicolas34 ans, je fais exclusivement de la musique, de la production et du DJing. J’étais aussi là depuis la création de La Klepto en tant que DJ résident, en 2013. 

Quand on vous demande ce qu’est La Klepto vous répondez quoi ?

Marion : Une fête décadente

NicolasUn collectif techno pluridisciplinaire avec perf, VJing, scéno et good vibes, le tout dans un lieu agréable. 

Et quand il est 4 h du matin, que vous êtes en soirée et pas forcément aptes à réfléchir, ça donne quoi ?

MarionBah, je m’en souviens pas…

NicolasMoi, j’embrasse un peu n’importe qui…

Les plus belles rencontres, en soirée, on les fait à quelle heure ?

MarionVers 3 h, avant que ça vrille justement !

NicolasVers 2 h du matin, quand les gens commencent à se laisser aller, au fumoir, sur la piste de danse… 

Un mot qui qualifie votre vécu dans le collectif jusqu’à aujourd’hui ?

Marion : Liberté…

Nicolas : Épique !

Nicolas : Pour le Chinois, on est partis sur une techno plus underground avec Society of Silence, sur un son plus brut qui colle bien au lieu”

Un moment marquant dans votre parcours de jeunes organisateurs de soirées ?

NicolasLa première soirée a eu lieu au Divan du Monde… J’ai rencontré toute la bande lors de ma première Culottée justement au Divan du Monde, et on a décidé de partir sur un projet plus techno. Ce qui nous plaisait, c’était d’avoir un guest qu’on adore, des performances, de la joie, des sourires… A l’époque peu de collectifs queers proposaient des perfs, on a vite été invités par d’autres clubs et tout s’est vite enchaîné. 

MarionJ’ai été invitée une première fois à faire un warm-up à La Villette, et en after on se disait qu’on voulait monter une soirée à la fois techno et queer, et ça s’est passé comme ça… Puis on m’a proposé d’être la résidente, alors que je n’avais jamais mixé avant ! 

Le truc dont vous êtes le plus fièr(e)s en matière de fête avec La Klepto ?

MarionLa teuf qu’on a organisée à La Ferme du Bonheur en octobre dernier. On avait l’habitude de faire des soirées en club la nuit et on s’est retrouvés à co-produire avec la Ferme une fête en journée et ça a très bien marché ! 

NicolasPour moi, c’est aussi la Ferme qui reste de loin le meilleur souvenir… et ça a même fini avec un feu d’artifice !

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Votre plus grand fail ?

MarionPour moi, c’est l’annulation de notre première date à la Ferme à cause de la pluie. On a bossé pendant 15 jours à fond à même pas dormir pour finalement même pas faire l’événement. 

NicolasLa Nighthawks au Batofar, on n’a pas bien senti la date et le guest même si on l’adore ! nous a coûté très cher…

Marion : La fête c’est quoi pour moi ? Un gros sacrifice en matière de sommeil !”

Comment on construit un line-up chez La Klepto ? En fonction de quoi ?

MarionEn tout cas, c’est pas sur un critère financier ! Ce sont toujours des artistes qu’on aime, et qu’on aimerait bien voir et mettre en avant. On a booké Society of Silence parce que je les avais vus en live à la Colonie et j’avais vraiment apprécié leur techno sombre et hypnotique… 

NicolasAvec Marion, on s’occupe de la DA, il n’y a pas forcément de direction précise. Nos critères ? Un son rond, sombre, sexy, avec des prods qu’on affectionne. Pour le Chinois, on est partis sur une techno plus underground avec Society of Silence, sur un son plus brut qui colle bien au lieu. Parallèlement, pour les évents à la Ferme, on s’adoucit un peu dans la couleur musicale, ça correspond mieux au format journée de l’endroit. 

Un ou des collectifs en particulier dont vous vous sentez proches ?

MarionDes collectifs qui organisent des soirées dans des lieux atypiques… Ou qui proposent une programmation musicale risquée, un peu comme Polychrome, le Collectif Mu ou la Shemale

NicolasLa Joie, la Cockorico, la Culottée, et Microclimat… Le Cady Club et le Péripate aussi… Ou encore Sapin-Blossom, pour ne citer qu’eux, mais on affectionne particulièrement les gens qui sont dans la même démarche que nous et proposent des soirées sous des formes un peu différentes.

La fête ça représente quoi dans votre vie ?

MarionDu mercredi au dimanche? Et un gros sacrifice en matière de sommeil… 

NicolasToutes mes semaines, sauf les lundis et mardis… Plus globalement ma vie tourne autour de ça.

Votre track préf pour aller en soirée et à mettre à fond sur ses oreilles ?

MarionDes vieux sons rock pour contraster avec la musique clubbing qui va suivre… 

NicolasLe silence ! Ou de la musique classique… Mais vu qu’après c’est parti pour 6 heures de musique non-stop je préfère ça.

Le track à mettre dans ses écouteurs pour rentrer d’after ?

MarionPas mal de sons de James Holden, qui alterne ambient et des choses plus pêchues pour rester éveillée… Comme Idiot par exemple…

NicolasEleanor Rigby des Beattles ? De la musique calme pour redescendre tranquillement ! 

D’ailleurs, pourquoi on va en after ?

MarionPour ne pas se coucher, mais en vrai, on fait aussi de belles rencontres en after ! C’est un moment où on discute même si on est un peu raide !

NicolasC’est le moment où les gens sont le plus attentifs avec cette envie de continuer sans s’arrêter… Mais par contre, il faut savoir s’arrêter, et ça, c’est pas facile ! 

La plus belle fête de votre vie ?

MarionPour moi, c’était l’une des premières éditions du festival Ososphère à la Laiterie à Strasbourg. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à mixer, il y avait une programmation de qualité mais assez variée qui me permettait de définir mes goûts. C’était fou, c’était blindé et les gens étaient à fond même sur une musique pointue comme T. Raumschmiere en live…

NicolasLa dernière Dimuschi au lycée Carnot, c’était un collectif que j’aimais beaucoup, le lieu était dingue et la prog était très très cool. Mais le lieu, surtout ! Se retrouver à faire la teuf au lycée Carnot, c’était incroyable, même si les flics ont débarqué, ils avaient réussi à faire croire que c’était un anniversaire… Tout était réuni pour passer un bon moment ! 

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Jacob Khrist

Quand on organise des teufs c’est quoi le rêve ULTIME ?

MarionQue ça continue ! 

NicolasDe rester fidèles à qui on est au fil des années et de booker des artistes qui nous plaisent dans des lieux complètement atypiques en se renouvelant toujours. Par exemple, Richie Hawtin ou un live de Matthew Herbert sur une île déserte ou une usine désaffectée… 

Et c’est qui l’idole qu’on aimerait y voir ?

MarionTu veux dire, en after, après La Klepto? 

NicolasAller boire une bière avec Björk le lendemain matin, ce serait pas mal… 


photo cover : Sofia Lambrou