Jack France, c’est un phénomène. Un personnage décalé jusqu’à l’os. Une créature au cheveu hirsute. Une ombre de latex au sex-appel délicieusement morbide. Un mortel à l’obscurité harmonieuse. Un revenant au genre fluide et vivide. Un être du futur. Un animal gothique. Un masque où le corps n’est pas. Un esthète au goût de sang. Déjà une légende à lui tout seul, il nous arrivera vendredi de Londres pour investir la cave de la Shemale Trouble #8 d’un set 100% techno.

Les murs vont trembler, et vos petits cœurs aussi ! Parce que le père créateur des célèbres soirées Inferno ne fait jamais les choses à moitié. Pour l’occasion, nous avons posé quelques questions à cet être improbable et forcément très mystérieux en un lisse et sage RECTO. Nous avons également voulu interroger son deuxième Jack, via un VERSO diabolique. Jack France pour une interview Recto-Verso quelque peu retournée.

Tu mixes de la techno habillé en latex de la tête aux pieds.  Du coup, si tu devais renoncer à quelque chose ce serait quoi ? Le latex ou la techno ?

Recto : Le latex, c’est juste un look.

Verso : La techno, la musique, c’est juste de la musique. En plus, avec ce look en latex je peux envoyer n’importe qui à ma place. Le latex c’est pour rendre les moins moins faciles quand je me montre.

Pourquoi le latex ?

Recto : Pour suivre la devise de Princesse Julia : “un look, une vie”, puis c’est tombé sur le latex parce que c’était la chose la plus disponible en magasin.

Verso : J’avais liquidé une petite fortune dont j’avais hérité et je me suis retrouvé seul, à la rue, avec seulement 250 livres en poche. Du coup le latex c’était comme un acte de foi et de chamanisme punk rock.

Ton humeur générale, plutôt ombre ou lumière ?

Recto : Je n’ai pas d’humeur générale, ce qui a toujours déconcerté la profession psychiatrique. Dixit William Blake.

Verso : Je suis souvent tiraillé entre l’inertie et la peur. J’adore fumer de la beuh et planer, j’aime la romance, l’amour, le sexe. Je ne suis pas du genre à me mettre en couple. Il n’y a pas un job dont on ne m’aie viré. Une école dont on m’aie expulsé. Je suis un prince sans royaume, ce qui me rend quelque peu mal luné quand je n’obtiens pas ce que je veux.

Tu la vois comment la nuit à Paris ?

Recto : Plus ouverte. Ici, au Royaume-Uni, tout est une affaire de cliques et de scène très fermées.

Verso : Je n’ai fréquenté que des défilés à Paris, aucun club, du coup je n’en sais rien

La Shemale Trouble, c’est une des soirées les plus innovantes et avancées de la capitale, en matière d’abolition et d’acceptation du/des genre(s), tu es content d’y jouer ?

Recto : J’étais né pour jouer à cette soirée !

Verso : Ici, au Royaume-Uni, le débat sur le genre est aussi abominable qu’il est ennuyant et fastidieux. Une fois que j’aurais joué à cette soirée et que mon projet de performance en collaboration avec des artistes transgenres de couleur de Mexico et de Chicago aura pris forme, j’en aurai fini de tout ça. Je pourrai dire “Pétasse, suce la moi !” quand la police du genre viendra me chercher.

“La musique ? Une question de vie ou de mort”

Il vient d’où ce nom, Jack France au fait ?

Recto : C’est mon nom.

Verso : Les gens pensent que je l’ai créé exprès. Peut-être que j’aurais du m’appeler JR France, en référence à JT Leroy, en plus j’ai le même type de chapeau.

Tu aimes vivre à Londres ? Tu aimes quoi de cette ville ?

Recto : Les mêmes choses qu’y aimait Voltaire

Verso : C’est le seul endroit au monde qui puisse m’accepter comme je suis.

Il se passe encore quelque chose à Soho ?

Recto : Non, rien de détonnant, mais c’est un joyeux bordel qui me fait me sentir chez moi. Soho a gardé son côté glamour.

Verso : Soho est rempli de pauvres esclaves qui se prennent pour des riches et de riches qui se prennent pour des pauvres. Maintenant les SDF ont des tentes où dormir.

C’est quoi ta vérité universelle à toi ?

Recto : La vérité et la justesse dans le rythme, dans les fréquences pures et universelles, c’est ça qui nous rapprochera du divin.

Verso : Je suis déjà mort je ne fais que remplir les blancs. Les gens étaient au courant de ça dans le passé et c’est ce qui confortait l’équilibre entre Rois et paysans.

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Pourquoi on fait de la musique aujourd’hui ?

Recto : Ce n’est même plus une question de choix, c’est une question de vie ou de mort.

Verso : “Maman, maman, regarde ce que je suis en train de faire !”

Pourquoi on fait encore de la techno indus en 2017 ?

Recto : Prends… la soul high-tech. Tu peux vraiment prétendre faire de la soul high-tech ? Tu en es vraiment sûre ?

Verso : Putain je vais me mettre au Rock’n Roll, j’en ai rien à foutre de tout, je m’en sors pas trop mal niveau riff, puis j’ai déjà la coupe de cheveux !

Tu te vois où dans 10 ans ?

Recto : Vénéré tel un Dieu vivant

Verso : Mort. Et vénéré seulement par quelques mecs bizarres dans les tréfonds des Internets.