Jouer de la frapcore dans des bars au public non-initié, c’est le rite de passage qu’ont bravé les Casual Gabberz depuis leurs débuts il y a cinq ans. Ces keumés supra gentils au son super méchant, tu en as évidemment entendu parler si tu fréquentes les milieux un peu sales (ou pas) de la capitale ; inutile de les fuir, ils font aujourd’hui la différence du paysage club parisien (bon, et d’ailleurs). Au-delà de la tendance gabber, par-delà la “blague” qu’elle a pu représenter pour certains (non, les gabber ne signent pas seulement le retour du bob), la planète Casual Gabberz a réussi un exploit encore inédit en son genre : faire se rencontrer plusieurs cultures, de réflexe opposées, pour n’en créer qu’une, puissante, impertinente et sauvage.

Avec la sortie d’une très attendue compile en février dernier, Inutile de Fuir, leurs récentes dates à la Gaîté Lyrique et Astropolis en guise de consécration et le développement à venir de leur propre label, il est clair que l’avenir leur sourit à coups de strass dentaire. A l’occasion de leur dernière teuf de l’année samedi 8 juillet au Batofar pour Casual Gabberz Allstarz + Guests, on a posé quelques questions à quatre de leurs membres : Paul, Aprile, Murder et Von Bikräv. Rencontre.

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Présentez-vous ou taisez-vous à jamais…

Paul : Paul, 5 ans dans Casual Gabberz et travaille dans la formation automobile

Murder : Claude, 33ans,  dont 5 dans Casual Gabberz, ostréiculteur

Aprile : 33 ans de vie, membre de Casual Gabberz depuis les balbutiements. Je m’occupe aussi des soirées Bye Bye Océan et du label expérimental Permalnk

Von Bikräv :  Vincent, 31 ans, profession parallèle, rejoint Casual il y a un.

Quand on vous demande ce qu’est Casual Gabberz vous répondez quoi ?

Paul : Un collectif de dj et producteurs et depuis peu un label.

Murder : Exact. A l’avenir on va surtout se pencher sur le coté label plutôt qu’orga de soirée d’ailleurs. Même si on a encore 2, 3 tours dans notre sac à jouer….

Aprile : Rien de plus à dire !

Von Bikräv :  Et puis c’est aussi des potes unis autours d’une musique qu’on kiffe.

Et quand il est 4h du matin et qu’on est pas très net, on répond quoi ?

Paul : C’est bim bim

Murder : Tu veux un scoop ?

Aprile : Sors ton blokos

Von Bikräv : Vif

Il vient d’où ce nom d’ailleurs ?

Paul : Il vient de Germain je crois…

Murder : Ouai c’est germain ! Notre génie disparu trop tôt ; moi jsuis fier d’avoir eu l’idée de rajouter le z” !

AprileSans vouloir faire le mec, il vient de moi en fait lol. On cherchait juste un nom qui s’encre bien OG dans le délire et qui définisse ce qu’on était, des gabbers du dimanche.

Un mot pour qualifier votre expérience d’organisateur de soirées jusqu’à aujourd’hui ?

Paul : La partie orga y’a rien de super fun. Ce qui fait kiffer c’est regarder les sourires des gens à 4 h du mat’ du fond de la scène.

Murder : Quand t’es orga t’as toujours un pied dans la teuf et un pied dehors. 

Aprile : On n’a pas souvent l’occasion de vraiment profiter des soirées qu’on organise mais sans verser dans le sentimentalisme, je crois que les Casual Gabberz ont été les soirées les plus satisfaisantes que j’ai organisées. Un vrai sentiment de réussite pour quelque chose qui vient carrément de la marge.

Von Bikräv : Pour m’y être mis un peu plus tard, je trouve ça aussi hyper stimulant ce côté à courir partout et monter une soirée de toute pièce !

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La toute première soirée Casual Gabberz vous vous en souvenez ? 

Murder :  C‘était au scopitone jcrois. Y’avait pas grand monde mais c’est là que les potos de Salut C’est Cool sont venus et qu’on s’est rencontrés pour la 1ère fois. J’crois avoir sorti un de mes plus beau flyer pour cette soirée. Après on a fini proprement vers 7 h. Super bon souvenir.

Aprile : Grave! Je me souviens du regard atterré des barmans et des réflexions assassines du patron horrible qui nous blâmait sur la musique et le nombre de clients” qu’on avait fait fuir. C’est ce qui nous a donné envie de continuer.

Paul : Je me souviens aussi de notre premier gros plateau à la Bellevilloise avec Dj Rob   un des pionnier du Gabber  on est fiers d’avoir réussi à faire se côtoyer Hooligans et jeunes gremlins sur-excités. C’était la bonne définition de Casual Gabberz.

Le truc dont vous êtes le plus fier avec Casual Gabberz ?

Murder : La compile Inutile de Fuir, c’est une grosse fierté ; et avoir joué entouré de Marc Acardipane et Manu Le Malin c’était énorme aussi !

Aprile : La même ! Et puis peut être d’avoir réussi à faire accepter et aimer cette musique à des gens au delà du côté blague ou tendance”. Et d’avoir par la même occasion, obtenu la bénédiction de divers DJ hardcore old school qui saluaient la démarche, voyant qu’on n’était clairement pas du mouvement à la base.

Paul : Moi je suis fier de la suite ! De tout ce qui va arriver ^^

Von Bikräv : Un peu pareil que les srhabs ! 

Votre plus grand fail ? (parce qu’il faut savoir assumer ses fails, haha)

Murder :  Nos deux premières années en temps qu’orga c’était bien des fails ; on mixait du hardcore dans des bars qui n’avaient pas trop l’habitude d’entendre ce genre de son. Du coup le staff nous détestait et y’avait pas grand monde…

Aprile : Ouais c’était dur un peu, moi perso ça ma toujours fait rire ! Après on a toujours été super nombreux dans le collectif (on a commencé à 8, on est 5 aujourd’hui). C’est pas toujours facile de s’organiser avec autant de monde.

Comment vous travaillez en amont ? Qui décide de quoi ? Quelles sont les guidelines à respecter ? 

Murder : Moi j’m’occupe de l’aspect visuel après on a Aprile l‘allemand du groupe qui fait des timesheet ; après les autres on suit ce que raconte polo surtout !

Paul : “la fête pour moi c’est une expérience solitaire avec les autres”

Aprile : Ouais voilà ! C’est ça en gros, en vrai on est pas mal à la ramasse lol. C’est Paul qui est de loin le plus constant et assidu !

Von Bikräv : Et puis des fois on dit qu’on fait des réunions et au final on fait rien que boire des bières …

Un ou des collectifs en particulier dont vous êtes ou vous sentez proches ?

 Murder : Gabber Eleganza notre cousin italien, Wixapol S.A nos cousins polonais !

Paul : Pareil sans hésiter Gabber Eleganza et Wixapol S.A pour l’approche sur la musique dure. Sinon sur Paris on aime beaucoup ce que proposent Renaud et Lëster avec leurs soirées Coucou! 

Des artistes dont vous vous sentez proches ?

Murder : J‘ai full love pour les Grem Lean qu’on invite au bato ce weekend

Aprile : Estoc et Killbourne. Deux américaines qu’on a sorties sur la compile et qui font leur petit bout de chemin. Elles ont un vrai discourt, des prods et édits chanmés et des parcours perso incroyables !

Paul : On est aussi proche de Krampf, Voiron, Panteros666, AamourOcean, AZF, Minimum Syndicat des artistes hypers différents dont on apprécie le travail et des êtres humains en or <3

Von Bikräv : J’en place une aussi pour Boe Strummer et Aergab, mais c’est déjà des gremleans.

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La fête ça représente quoi dans votre vie ?

Murder : La fête en tant que telle, elle ne signifie rien pour moi. On est juste un groupe de personnes qui se retrouves dans le noir a sautiller sur eux-mêmes. En s’explosant le crâne sur des kicks et des mélodies qui nous donnerons le plus de sensations possibles. Quand tu regardes de loin c’est super étrange comme pratique nan ?

Aprile : Pour moi ça a été super fondateur. C’est ce qui m’a lancé dans le mix, l’orga de soirée, la création de labels. Aujourd’hui j’en ai un peu fait le tour mais j’ai un respect total pour ce qui se cache derrière ce truc faussement anodin.

Murder :  On va en after parce qu’on a peur de la lumière ; pourtant, inutile de la fuir. Le soleil se lèvera quoi qu’on fasse

Paul : Moi c’est la prod et le mix qui m’ont fait venir à la nuit/la fête”. Quand je suis à une soirée où je ne joue pas c’est souvent assez introspectif la fête pour moi c’est une expérience solitaire avec les autres.

Von Bikräv : Je sais pas trop si c’est la fête qui m’a amené à la musique de club ou l’inverse, mais dans les deux cas c’est hyper important pour moi.

Votre track préféré pour aller en soirée et à mettre à fond sur ses oreilles ?

Paul :

Murder :

Von Bikräv :


Pour la chantonner comme des vieux hooligans sur la route de la fête !

Et pour rentrer d’after ?

 Paul :

Murder : Je rentre jamais d’after. Je reste sur place et je prépare le p’tit déj. Donc le track pour préparer le p’tit déj c’est…

Aprile :

Von Bikräv : J’ai plus de batterie quand je rentre d’after …

D’ailleurs, pourquoi on va en after ?

Murder :  On va en after parce qu’on a peur de la lumière ; pourtant, inutile de la fuir. Le soleil se lèvera quoi qu’on fasse

Aprile : Pour ne jamais avoir à faire face à la réalité 

Paul : Parce que c’est inutile ?!

Von Bikräv : TMTC

La plus belle fête que vous ayez faite EVER ?

Murder : Une teuf organisée par les Pains O Chokolat au ParisParis avec un orchestre tzigane j’avais 20 ans

Aprile : Ça va sonner super cliché mais c’est absolument vrai. C’était en 2005, première vraie soirée club au Berghain. J’étais pas vraiment dans ce genre de délire avant. J’y suis arrivé vers minuit et reparti à 14 h. C’est là que tout a commencé lol

Paul : Soirée du label Peur Bleue dans les catacombes. Ils avaient organisé une déambulation /écoute de leur dernière sortie suivie d’une soirée Meilleure expérience sonore ever.

Von Bikräv : Ouwe Stijl is Botergeil, une fête early hardcore qu’on a faite à Amsterdam l’année dernière, on était en méga équipe, avec notamment Kevin El Amrani qui a filmé pas mal d’images du film Inutile de Fuir. 

Bon et pour finir, quand on organise des teufs c’est quoi le rêve ULTIME ?

Paul : Sortir les gens de leur routine, les emmener ailleurs, proposer un truc différent

Aprile : Que tout le monde soit heureux, qu’ils s’en souviennent pour toujours. Aussi, avoir ouvert d’autres perspectives au delà du simple fait de faire la fête.

C’est qui l’idole qu’on aimerait voir samedi à la Casual Gabberz Allstarz + Guests du Batofar ?

Aprile : Dieu!!

Paul : On a joué avec Marc Acardipane et Manu Le Malin la semaine dernière Dieu et dieu en quelque sorte je les aurais bien ramenés avec nous !

Von Bikräv : DJ Paul, DJ Paul et DJ Paul


Photos tirées du film Inutile de Fuir de Kévin Elamrani