Le dub, ou ce style musical méconnu de beaucoup. Souvent confondu avec le dubstep ou avec le reggae, il est pourtant style musical pionnier, apparu en Jamaïque dans les années 70 et à l’origine de l’émergence des musiques électroniques contemporaines. Art du djing, notion de remix, utilisation d’effets de spatialisation, tout cela est né sur un dancehall de Kingston à la fin des années 60…

À l’occasion du Lamano Festival, entre dub, techno et reggae, du 29 juin au 1er juillet au Plan à Ris Orangis, nous avons demandé à Louis Bosquillon, l’un des fondateurs du festival, de nous expliquer le dub, en 10 tracks cultes !

The Paragons-heeboo

The Paragons

The Paragons – On the Beach (1967) 

En 1967, le DJ Rudy Redwood diffuse cette dubplate des Paragons, sans la partie vocale, ce qui est dû à une erreur dans la gravure du vinyle. Le public est très réceptif et demande à rejouer le morceau plusieurs fois. King Tubby, l’ingénieur du son qui a gravé cette dubplate, en parle alors à son producteur et décide de pousser plus loin le concept.

King Tubby – Natty Dub (1975) 

King Tubby commence à proposer aux groupes qu’il enregistre de créer des versions “dub” , instrumentales, de leur morceaux. Il re-découpe et réarrange les bandes musicales, applique des effets de manière à recréer un morceau différent : la notion de remix est née.

Lee Scratch Perry – Blackboard Jungle Dub (1973) 

Lee Scratch Perry est l’autre père spirituel du dub. Dans son Black Ark Studio, il pousse encore plus loin que King Tubby l’utilisation des effets. il va jusqu’à créer lui même ses propres machines pour repousser les limites du son.

Serge Gainsbourg – Aux Armes et Caetera (1979) 

La modernité des studios jamaïcains, leur maitrise unique des effets et du sound design impressionne bien au delà de l’île. Serge Gainsbourg y enregistre en 1979 son album Aux Armes et Caetera, qui permet l’importation du reggae en France.

Jah Shaka & Mad Professor – Creation Dub (1984) 

L’arrivée du dub en Europe

Le dub et la culture soundsystem s’exportent rapidement au Royaume-Uni grâce à une forte immigration jamaïcaine dans les années 50 à 70. Jah Shaka va effectuer de nombreux allers retours entre les deux pays, diffusant ainsi largement les nouveautés musicales jamaïcaines en Angleterre.

The Clash – Armagideon Dub (1979)

Le dub-rock

Le dub connaît un succès rapide et phénoménal en Angleterre et se mélange à d’autres styles. De nombreux groupes de rocks décident de “dubber” leur morceaux, notamment les Clash.

Iration Steppas – Kilimandjaro (1997)

La seconde vague dub

Dans les années 90 en Angleterre, le dub se marie à la musique électronique, avec l’inclusion de boite à rythme, de synthétiseurs et de séquenceurs, donnant naissance à un style dub plus radical et indépendant des samples. Un phénomène similaire se développe dans une forme musicale différente en Jamaïque avec l’émergence du Dancehall.

Basic Channel – Quadrant Dub (1994) 

Le dub minimaliste allemand

En Allemagne, le dub se mêle à la techno dans un format très minimaliste sous l’influence des pères fondateurs de la techno minimale allemande Mark Ernestus et Moritz von Oswald (Rhythm & Sound, Maurizio, Basic Channel…), très proches des artistes de Détroit, notamment Underground Resistance.

High Tone – Mother Dubber (2001) 

La première vague française, entre dub et rock.

Le dub se développe en France à partir de la fin des années 90, sous l’impulsion de quelques groupes comme High Tone ou Zenzile soutenus par des événements comme le Télérama Dub Festival.

Panda Dub – Danse Macabre (2015) 

La nouvelle vague du dub français.

Depuis la fin des années 2000 émerge une “seconde vague” du dub français, porté par une nouvelle génération. En France, Panda Dub, Mahom, Ondubground ou Weeding dub font partie de ses principaux représentants. La création électronique, souvent par MAO, est souvent au coeur du procédé. Cette nouvelle génération touche un public de plus en plus large, comme en témoigne l’explosion du nombre de festivals dub en France.